La Rencontre Audiovisuelle de Douala (RADO) : concertation et actions en faveur du secteur audiovisuel dans la sous-région d’Afrique Centrale et des Grands Lacs

Entretien de Claire Diao avec Rémi Atangana Abega

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Du 24 au 28 novembre 2009 s’est tenue à Douala la première édition des Rencontres Audiovisuelles de Douala, une manifestation destinée aux professionnels de l’audiovisuel de la sous-région d’Afrique Centrale et des Grands Lacs. Rémi Atangana Abéga, cinéaste et président de ces Rencontres issues du Festival Africain de Télévision (FESTEL) de Yaoundé revient sur les évolutions de cette manifestation et sur les engagements de ce nouveau rendez-vous des professionnels de l’audiovisuel.

Qu’est ce que la RADO ?
La Rencontre Audiovisuelle de Douala est un forum professionnel consacré aux producteurs et diffuseurs de la sous-région d’Afrique Centrale et des Grands Lacs. La RADO est issu de la réforme du FESTEL (Festival Africain de Télévision). La manifestation qui s’installe à Douala aura une périodicité annuelle, afin de mieux développer les activités du Marché des Programmes de Télévision (MAPTEL).
D’où vous est venue cette idée ?
L’idée vient de l’observation pertinente des dysfonctionnements des paysages audiovisuels en Afrique. Des difficultés liées à la programmation dans des chaînes de télévision publiques et privées, des problèmes de financement de la production locale, des insuffisances criardes dans la promotion des œuvres identitaires, etc.… Il fallait trouver une formule pour réunir les principaux opérateurs et lancer une concertation et des actions.
Depuis quand cette manifestation existe-t-elle ?
En tant que FESTEL, ce rendez-vous a été créé au Cameroun en 1998 et était installé dans la ville de Yaoundé. En fait, les deux concepts sont très différents car le FESTEL a été conçu comme un festival donc une fête pour la télévision africaine alors que la Rencontre Audiovisuelle de Douala (RADO) se veut être un forum d’échanges techniques et professionnels, mais aussi un marché des programmes télévisuels.
Vous êtes passé du Festival (FESTEL) aux Rencontres (RADO). Qu’est ce qui, sous la forme de festival, n’a pas fonctionné ou ne vous a pas semblé satisfaisant ?
Le festival a semblé nous confiner dans le folklore des manifestations du même genre. Or, le secteur de l’audiovisuel rencontre beaucoup de problèmes aujourd’hui en Afrique. Je pense qu’il faut changer de cap et prendre à bras-le-corps ce combat. C’est après que les fêtes de la télévision auront plus de sens.
Pourquoi s’implanter à Douala ?
Parce que Douala est la première porte d’entrée et de sortie du Cameroun, c’est donc un véritable carrefour qui va faciliter les déplacements des participants aux prochaines éditions. En outre, Douala est la capitale économique du pays et un important pôle d’où foisonnent les médias de toute nature et les télévisions.
Avez-vous reçu le soutien d’institutions et de personnalités du milieu audiovisuel ?
Bien entendu ! La Rencontre Audiovisuelle de Douala a été placée sous le patronage du ministère de la Culture du Cameroun, avec le partenariat du ministère de la Communication et de l’Organisation internationale de la Francophonie. Il a bénéficié du soutien de la chaîne de télévision camerounaise CRTV et du Centre culturel français de Douala, entre autres, la ville de Douala n’étant pas en reste. Mais, dès l’année prochaine, nous comptons frapper aux portes des sponsors.
À quels sponsors pensez-vous ?
Nous pensons davantage aux amis de l’audiovisuel africain à travers le monde. Ainsi qu’aux équipements et aux marques qui véhiculent l’audiovisuel sur le continent…
Quel public visez-vous avec ces Rencontres ?
Les principales cibles de la RADO sont avant tout des professionnels exerçant dans les secteurs de la production et de la diffusion. Notons que la RADO 2009 était consacrée à la sous-région Afrique Centrale et à la zone des Grands lacs.
Selon vous, quelle est la situation actuelle des programmes audiovisuels dans la région des Grands Lacs ?
Je la trouve très médiocre ! Je sais qu’il est très difficile de faire mieux dans un contexte comme le nôtre où l’orientation et le fonctionnement du paysage audiovisuel sont décalés, avec des normes élastiques et une régulation latente. Je suis convaincu que des expériences que l’on peut adapter ici ont été faites ailleurs pour dynamiser le secteur audiovisuel. C’est pourquoi, au-delà des quotas établis par les textes en matière de programmation des productions locales dans nos médias, nous devons maintenant nous pencher sur les moyens et les mécanismes de fonctionnement de tout le « paysage » audiovisuel, notamment en ce qui concerne la publicité et les appuis connexes.
Outre la situation de l’audiovisuel dans la région des Grands Lacs, quelle est, selon vous, sa spécificité par rapport aux autres régions d’Afrique ?
Ce n’est un secret pour personne et, feu Sembène Ousmane l’avait déjà dit, « L’Afrique centrale est le ventre mou de la culture« . Moi je pourrais ajouter, en parlant des spécificités de l’Afrique Centrale et des Grands lacs, que c’est une zone qui a tout mais qui refuse de respecter les normes et de collaborer !
Y a-t-il un enjeu linguistique sur ce territoire ?
Non ! À vrai dire cela me semble être un problème dérisoire. La majorité des peuples de cette région sont d’origine bantu. Dans ce qui est appelé l’Afrique Centrale, quatre pays parlent pratiquement la même langue. Alors, je dis simplement que les expressions culturelles ne connaissent pas de barrières linguistiques.
Quels types de programmes participent au MAPTEL ?
En tant que Marché des Programmes Télévisuels, le MAPTEL s’ouvre à tous les genres et catégories d’œuvres destinées à l’exploitation télévisuelle. Le prochain MAPTEL qui s’organise pour la RADO 2010 a l’ambition d’être florissant.
Pourriez-vous être plus précis ?
Nous pouvons bien sûr aller dans le détail des productions qui ont été enregistrées à la RADO 2009 mais ce n’était pas l’enjeu. L’enjeu était de rapprocher les producteurs et les diffuseurs de notre zone. Et cet objectif-là réduisait déjà les participations, à la fois des professionnels et des œuvres. Cependant le RADO 2009 a enregistré 63 programmes télévisuels de toutes catégories.
La RADO 2009 a-t-elle donné lieu à des achats de programmes audiovisuels ?
Les achats de programmes doivent être sanctionnés par des contrats suivis de transactions financières. Nous avons assisté à des négociations et même à des offres dont la plupart ont été faites publiquement et avec des montants à la clé.
Que souhaitez-vous impulser avec la BIMAC ?
Vous faites allusion à la Banque d’Images de l’Afrique centrale (BIMAC), lancée à Douala le 25 novembre 2009. C’est une structure technique à vocation économique et commerciale ; un trait d’union entre producteurs et diffuseurs. Nous souhaitons que la BIMAC soulage les producteurs en faisant la promotion et la distribution des œuvres audiovisuelles d’une part, et, d’autre part, accompagne les télévisions par la formalisation des offres des programmes télévisuels, et facilite les mécanismes d’acquisition des droits d’exploitation.
Comment pensez-vous soutenir la promotion et la vente des œuvres audiovisuelles d’un point de vue commercial, juridique et médiatique ?
Le fonctionnement de la BIMAC sera équilibré par des ressources issues de ses activités propres mais aussi par des subventions et soutiens divers, définis par ses statuts.
Comptez-vous embaucher des personnes qui s’occuperont de la BIMAC ou cette banque ne sera-t-elle effective qu’annuellement au moment de la RADO ?
La BIMAC doit se doter d’un personnel spécialement adapté à ses missions. Un appel à candidature sera lancé à la mi-février 2010.
La journée du 28 novembre 2009 était dédiée aux jeunes. Quels sont les enjeux de leur formation et de leurs débouchés professionnels ?
La formation des jeunes et leur insertion professionnelle constituent à notre sens l’avenir de l’audiovisuel en Afrique. Dans ce cadre, la RADO 2009 a consacré la journée du 28 novembre 2009 à la première SERAV (Session des Relais Audiovisuels) qui est, dans notre organisation, un haut lieu d’échanges et d’orientations professionnelles. La trentaine de jeunes professionnels, amateurs et étudiants ayant pris part à la première SERAV nous ont donné entière satisfaction. Ces jeunes ont d’ailleurs été encadrés par des personnes de notoriété, à savoir : l’écrivain Gaston KELMAN, Président, assisté de trois professionnels dont le réalisateur Dieudonné Mweze NGANGURA (Films Sud Bruxelles), la productrice Mireille MUMBA (Directrice des programmes STV) et le diffuseur Dieudonné MBALLA MBALLA (Chef d’unité de formation et enseignant au CFPA/CRTV).
Concernant cette journée consacrée aux jeunes, pouvez-vous nous dire s’il existe des formations audiovisuelles au Cameroun ?
Le Cameroun regorge d’écoles et de centres de formation audiovisuelle reconnus. Le CFPA de la CRTV forme déjà depuis 15 ans pour la sous-région et bien au-delà. D’autres formations existent dans les universités.
Quels ont été les conseils et/ ou échanges entre professionnels reconnus et jeunes étudiants ?
Les maîtres mots entendus comme conseils aux jeunes ayant pris part à la Rencontre de Douala restent : la formation, le professionnalisme et la spécialisation.
La RADO s’est déroulé durant cinq jours. Combien de personnes ont participé à ces rencontres ?
La participation à la RADO 2009 a été satisfaisante, tant du point de vue de la qualité que du nombre de participants. En effet, 105 professionnels issus de l’Afrique Centrale et de toutes obédiences ont pris part à ce rendez-vous, parmi lesquels M. Camille MOUYEKE, Secrétaire Régional de la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI) Afrique Centrale, M. Dieudonné MWENZE NGANGURA (Étalon d’or de Yennenga 99) et M. Gaston KELMAN, invité spécial qui présidait le comité technique. Notons que la RADO 2009, qui s’est déroulée à l’hôtel SAWA de Douala a aussi été honorée par la présence de l’écrivaine Calixte Beyala.
Quel bilan tirez-vous de cette édition ?
Le bilan de la RADO 2009 nous apparaît satisfaisant ! Pour une fois, les professionnels ont eu l’opportunité de passer de la parole aux actes. Ils ont relu et amendé les propositions de textes destinés aux ministres pour la création d’un Fonds CEMAC d’aide à l’audiovisuel, approuvé l’initiative et réorienté la structure et le fonctionnement de la BIMAC, désigné des personnalités pour le suivi des résolutions prises à Douala du 24 au 28 novembre 2009 (1). Franchement, il y a de quoi être fier de notre organisation !

1. Pour le suivi des résolutions, quatre personnes ont été désignées: M. Camille Mouyeke, SG FEPACI Afrique centrale, M. Gaston Kelman, Président du Comité technique, Mme Marie Noëlle TCHOMTANG, Diplomate, MINREX et M. Rémi ATANGANA ABEGA, PCO FESTEL/RADO.Cinéaste producteur, Rémi Atangana Abéga est président du Comité d’organisation du 7ème FESTEL, baptisé Rencontre Audiovisuelle de Douala’‘RADO »///Article N° : 9143

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