Laurence Gavron : « Etre originaire d’une culture différente donne un regard distancié qui permet une autre vision des choses »

Entretien de Christopher Hogarth et Natalie Edwards avec Laurence Gavron, Dakar, août 2009

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Rencontre avec Laurence Gavron, auteure et cinéaste française basée à Dakar dont les deux derniers livres, Boy Dakar et Hivernage, sont très imprégnés de la capitale sénégalaise.

Vous êtes l’auteur de Boy Dakar. Combien de temps avez-vous vécu à Dakar ? Le roman est-il basé sur vos expériences et vos observations de Dakar ?
Je vis à Dakar depuis 7 ans, j’y venais de plus en plus fréquemment entre 1987 et 2001. Le livre est une fiction, un roman policier et sociologique, effectivement basé sur mon imagination et ma vie à Dakar, mes observations de la ville, de ses habitants, de leurs habitudes et croyances, etc.
Pourquoi écrivez-vous du Sénégal, et de Dakar en particulier ?
J’écris principalement depuis quelques années sur le Sénégal (et Dakar) car j’y vis bien sûr. Mais aussi, et c’est peut-être là l’intérêt de mon changement de vie, de pays, j’ai toujours été très « inspirée » par le Sénégal, par Dakar, les gens, la culture, les traditions et croyances, etc. Aussi bien pour mes livres que pour mes films, articles et photos. Je pense que le fait d’être originaire d’une culture différente, le fait de venir d’ailleurs, donne un regard distancié, acéré, qui permet une autre vision des choses, à la fois intérieure (car je connais très bien le pays) et extérieure, en raison du décalage dû à ma culture d’origine.
Est-il possible pour vous de définir vos inspirations littéraires ? Y-a-t il, par exemple, des écrivains (africains, européens…) qui vous ont inspirée ?
Je pense que mes inspirations littéraires sont doubles, d’une part la littérature occidentale, et pour le cas de mes romans policiers principalement les romans noirs américains comme ceux de David Goodis, James Cain, Dashiel Hammet…, et un peu français comme Jean Bernard Pouy, Jean Patrick Manchette, Simenon… et enfin les romans policiers sénégalais de mon ami Abasse Ndione.
Connaissez-vous des auteurs sénégalais, et participez-vous à des associations littéraires, comme l’AES (Association des écrivains sénégalais) ?
Je connais plusieurs auteurs sénégalais, comme Abasse Ndione, Boris Boubacar Diop, Ken Bugul, etc. que j’admire beaucoup. Je pense que la littérature sénégalaise est très riche, depuis des décennies, et très variée. Je me suis inscrite récemment à l’AES et je n’ai donc pas encore beaucoup participé à leurs activités, mais j’espère le faire bientôt.
Quels sont les défis à relever pour les nouveaux écrivains qui essaient de se faire publier aujourd’hui au Sénégal ?
Je pense que le grand problème, au Sénégal comme en Afrique en général, est le fait que les populations lisent peu, à la fois pour des raisons culturelles (le taux d’alphabétisation est encore élevé et comme un peu partout les gens regardent plus la télévision et consultent beaucoup internet…) et économiques (problèmes de survie). Le marché du livre est donc assez peu rentable, il existe peu d’éditeurs et ceux-ci n’ont que très peu de moyens. Il faudrait que les états, les écoles, les ONG, tous s’y mettent afin de répandre la lecture, les bibliothèques, les aides à l’édition, les concours de littérature, etc.
Votre roman Boy Dakar inclut des références à « Ken Bugul. » Est-ce une référence intertextuelle à l’auteur sénégalais du même nom ? Si oui, pourquoi avez-vous décidé de mentionner son nom dans votre œuvre ?
J’ai effectivement appelé mon héroïne Ken Bugul à la fois car je trouvais ce nom adapté au personnage, à son histoire, mais aussi parce que Ken Bugul, l’écrivain, est une grande amie à moi, une sœur, et c’était une sorte d’hommage que je voulais lui porter.
Vous êtes également cinéaste. Pouvez-vous nous donner quelques renseignements sur votre travail dans ce domaine ? Êtes-vous par ailleurs active dans d’autres domaines de la vie culturelle dakaroise ?
Oui, je suis si je puis dire avant tout cinéaste, c’est mon premier métier, je n’écris des romans que depuis quelques années. J’ai beaucoup travaillé, en France, autour du cinéma et de la cinéphilie, pour des films documentaires et des magazines de télévision. Depuis que je vis au Sénégal, j’y ai réalisé de nombreux films documentaires sur des musiciens, griots, cinéastes, etc. en un mot sur le patrimoine culturel sénégalais.
J’écris aussi régulièrement des articles dans la presse locale (Le Quotidien principalement) et sur un site internet, Wootico.com. J’ai aussi fait quelques expositions photos autour du Sénégal, des femmes, etc.
Quels sont vos projets à venir ? Un nouveau roman ? Une suite de Boy Dakar ?
J’ai publié un nouveau roman en septembre aux Éditions du Masque basées à Paris (1). Il s’intitule Hivernage et ce n’est pas la suite de Boy Dakar mais c’est un autre roman policier, un roman noir, avec le même commissaire que dans Boy Dakar. Le roman est situé entre Dakar et Louga, petite ville du nord du Sénégal.
J’ai aussi un projet de film documentaire sur une amie à moi, Française d’origine sénégalaise, qui est « bipolaire ».
J’ai enfin le projet d’un troisième livre avec le Commissaire Jules Faye, qui se situera entre New York et le Sénégal.
J’ai aussi un projet photos et de textes avec le grand écrivain Cheikh Hamidou Kane, sur les Peuls nomades d’Afrique.

1. Fondées en 1927 par Albert Pigasse, Les éditions du Masque, éditeur originel d’Agatha Christie, ont depuis toujours pour unique vocation de défendre la littérature policière. Les éditions du Masque sont un département des « http://www.editions-jclattes.fr », filiale du groupe « http://www.hachette.com ».Boy Dakar, Laurence Gavron, Ed. Le Masque, mars 2008 http://www.lemasque.com/typo3/index.php?&L=1

Hivernage, Laurence Gavron, Ed. Le Masque, sept 2009///Article N° : 8996

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Hivernage de Laurence Gavron




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