Juifs noirs – Les racines de l’olivier, de Laurence Gavron

Phénomènes communautaires

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Présenté le 22 janvier 2016 à 18 h 30 à l’Institut français de Dakar, Juifs noirs – Les racines de l’olivier suit les traces d’un rabbin camerounais en formation en Israël puis de son animation d’une communauté juive au Cameroun, occasion d’explorer les questions identitaires et communautaires.

Laurence Gavron, qui demeure à Dakar, poursuit une impressionnante œuvre littéraire et documentaire. Elle s’intéresse volontiers aux personnalités et aux communautés, c’est-à-dire à ceux qui se réclament d’une différence et la cultivent. Dans ce dernier film, elle quitte le terrain sénégalais pour se rendre à Jérusalem, aux Etats-Unis, au Cameroun pour rendre compte de l’émergence et du développement des communautés juives noires. Certes, le phénomène n’est pas nouveau et l’on observe aujourd’hui des communautés juives aussi bien en Afrique du Sud, Ouganda, Ghana, Kenya, Zimbabwe, Nigeria qu’en Côte d’Ivoire, Gabon et Cameroun. On connaît surtout les difficultés rencontrées par les Falachas (qui préfèrent s’appeler Beta Israël, « la maison d’Israël »), minorité marginalisée à laquelle il était interdit de posséder des terres et qui était accusée d’avoir le « mauvais œil ». Une grande partie s’exila vers Israël dans les années 80 et 90 dans des conditions dramatiques, où on les appelle les Juifs éthiopiens, au nombre de 110 000, souvent victimes du racisme (cf. [critique n°3711 de Va, vis et deviens]).
Effectivement, certains Juifs excluent la possibilité pour des Noirs d’être juifs, comme on le voit en ouverture du film dans un extrait du Chat du rabbin, film d’animation de Joann Sfar d’après ses bandes dessinées où le personnage principal est le chat d’un rabbin d’Alger qui acquiert la parole après avoir mangé un perroquet et se met en tête de faire sa Bar-mitsva (célébration de la majorité religieuse). Laurence Gavron oriente dès lors son documentaire sur la question de savoir si le monde juif est prêt à accueillir ceux qui sont perçus comme différents, les Noirs, sachant que la communauté juive africaine-américaine, depuis le premier regroupement d’Harlem en 1919, compte également plus de 100 000 membres. Une petite incartade à Chicago évoque ses racines africaines à travers la traite négrière, mais aussi l’ouverture de cette communauté à tous les Juifs de la terre.
Peut-on ainsi être juif sans héritage mais par l’apprentissage ? Le reste du documentaire suit les pas de Serge Etélé, un rabbin en formation dans une yeshiva (école religieuse) à Jérusalem, qui revient au Cameroun pour développer sa communauté pour une pratique en accord avec les traditions africaines. Une femme rend compte des difficultés d’être minoritaire pour se marier ou travailler (les fêtes juives n’ont pas les mêmes dates que les chrétiennes). Etre un Noir n’est déjà pas aisé dans le monde, mais être un Juif noir est encore plus délicat…

///Article N° : 13424

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