Les acteurs de Min Yé ont monté les marches du palais du festival de Cannes

Rencontre avec Sokona Gakou, Alou Badra Sissoko et Assane Kouyaté

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« Une fois que l’on monte sur ce tapis-là, on espère y monter chaque année ! Si Dieu le veut bien », s’exclame Alou Badra Sissoko qui interprète dans le film Aba, celui qui perturbe le ménage. Journaliste/reporter caméra-photo, cela fait onze ans que Salif Samaké trouve une seconde vie dans le cinéma : il a joué dans une douzaine de films, notamment Kabala d’Assane Kouyaté. « Je tiens les deux métiers des deux bras, parce que je les adore », dit-il.
Sokona Gakou, qui anime l’émission Grand Sumu sur Africable, après avoir été présentatrice dans les télévisions sénégalaise, libérienne et malienne. Min yé est son premier rôle au cinéma. Elle a découvert le film avec les spectateurs du festival de Cannes : « J’ai aimé l’accueil que le film a reçu, parce que tous ceux qui étaient venus étaient très enthousiastes, ils étaient très contents. À la fin, le film a été très applaudi. »
« Des fois je m’étonnais de mon personnage », ajoute-t-elle, se demandant si c’était bien elle sur l’écran. « Cissé voulait une femme hystérique qui s’en prend à tout le monde à tout bout de champ, parce qu’elle est perdue dans ses sentiments ». A-t-elle peur que le film ternisse son image ? « Non, dit-elle. La journaliste et présentatrice de télé que je suis aura une autre dimension avec le film ! » Elle interprète une femme moderne, pleine de contradictions : « Mimi veut vivre son indépendance, elle veut revendiquer des droits, et en même temps, elle marche sur beaucoup de choses et de gens pour le faire. »
Ses impressions cannoises ? « J’hallucine, parce que c’est la première fois que je viens à Cannes et je trouve que c’est différent, tout ce qui se passe là. Je suis très émue, j’aime beaucoup. J’aime tout ce qui se passe en ce moment ! »
Assane Kouyaté, lui, connaît bien Cannes : il y avait présenté son film Kabala à la Semaine de la critique en 2002. Et c’est bien un cinéaste qu’il interprète dans Min yé. Lorsque Souleymane Cissé lui a demandé de jouer le rôle, il a d’abord refusé, pensant qu’il y avait une pléiade de bons acteurs qui pouvaient le faire au Mali. Mais Cissé l’avait vu interpréter le premier rôle dans Patrick et Thérèse, son film de fin d’études au VGIK, la célèbre école de cinéma de Moscou où ils se sont tous les deux formés au cinéma.
« Je me suis mis dans la peau du personnage, dit-il. Je me retrouvais dans le rôle d’Issa parce que la vie familiale à Bamako, c’est un peu cela. » Ce que confirme Salif Samaké : « Un rôle comme celui-là n’a pas été difficile, parce que c’est un quotidien que nous voyons tous les jours autour de nous au Mali, parmi les voisins, les amis ! »
Dans sa direction d’acteurs, l’exigence, le besoin d’absolu, la rigueur de Souleymane Cissé sont légendaires. « J’ai goûté à tout cela », remarque Assane Kouyaté, « c’est un perfectionniste impénitent. Il ne lâche pas, il sait ce qu’il veut. » « C’est un professionnel exigeant, renchérit Sokona Gakou. Il exige la qualité, il faut qu’il soit satisfait. C’est lui qui sait ce qu’il veut, où il veut aller avec ses prises. Tant qu’il n’a pas ce qu’il veut, vous tournez ! » Mais cela n’exclut pas le respect des collaborateurs : « j’ai été très étonnée, d’abord par sa personnalité, ajoute-t-elle. C’est quelqu’un qui se met au même niveau que tout le monde. Pendant tout le tournage, on avait un père très affectueux qui était là, mais il tenait tellement à la réussite de son projet que nous étions obligés de nous dépasser, sans le vouloir. » Cela passe par la douceur : « Il le fait de façon très tempérée, très affectueuse et passionnée en même temps », dit-elle, ce que confirme Assane Kouyaté : « Ce n’est ni un tyran, ni un despote ! »
Tournant sans répéter, il compte sur la spontanéité de ses acteurs, « que les gens s’expriment, donnent le rôle comme ils le sentent », précise Sokona Gakou. C’est stimulant : « Ce tournage m’a beaucoup fertilisé dans mon travail, dit Alou Badra Sissoko. J’ai perfectionné mon rôle d’acteur pour les films à venir ! »

propos recueillis par Olivier Barlet
Cannes, mai 2009///Article N° : 8679

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Les images de l'article
Assane Kouyaté, Sokona Gakou et Alou Badra Sissoko © Olivier Barlet




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