M comme Marronnage : éloge de l’indocilité

Si vous désirez vraiment savoir ce qu’est le marronnage, ne cherchez pas dans un dictionnaire. Contentez-vous d’ouvrir grand les yeux et les oreilles. Car les “nègres marrons” ne sont pas enterrés dans les livres d’histoire, ils continuent à vivre parmi nous ; à peine perceptibles puisqu’ils ne persistent dans l’être qu’en disparaissant. Dans M Marronnage, court-métrage sélectionné au Short Film Corner du dernier festival de Cannes, Patrice Le Namouric tente de capter la course furtive de ces fugitifs. Filmés au plus près, les corps des acteurs – par la virtuosité de leurs gestes et mouvements – s’épurent, s’effacent, se virtualisent. En l’espace de 18 minutes, ce “film-manifeste” développe une conception inédite du marronnage où les esclaves évadés, dans un monde totalitaire post-apocalyptique, se font ninjas et combattants de la liberté. Cette expérience cinématographique nous donne l’occasion de revenir sur la portée historique et utopique des évasions et sécessions d’esclaves.

Fuir, ce n’est pas du tout renoncer aux actions, rien de plus actif qu’une fuite. C’est aussi bien faire fuir, pas forcément les autres, mais faire fuir quelque chose, faire fuir un système comme on crève un tuyau. Gilles Deleuze, Dialogues.

L’appareil esclavagiste ne peut fonctionner qu’en capturant les corps qu’il asservit. S’échapper, c’est donc déclencher des courts-circuits : opposer le vide à toute prise. La désertion est déjà acte ...

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Les images de l'article
M8. Le marronnage n’est pas réaction mais riposte qui passe par des postures : des techniques corporelles, tout un savoir in-corporé.
© P. Le Namouric
M12. Le cri du nèg mawon : "Bwa pou nou alé !", "allons dans les bois" ; expression courante en créole qui désigne la fuite. *« Le recours aux forêts entretient avec la liberté des rapports plus étroits que tous les armements : en lui survit la volonté première de résistance »
© P. Le Namouric
M3. Sous la protection de la lune, les nègres marrons ont inventé des tactiques complexes de contre-capture.
© P. Le Namouric
M10. Fuir, c’est aussi s’infiltrer, s’écouler, devenir liquide pour passer entre les mailles du filet.
© P. Le Namouric
M5. Hululement de Roze qui a trouvé une arme de libération : Les Damnés de la terre… Marronner, c’est répondre à l’appel d’une nature non domestiquée : une pulsion de liberté qui habite autant les hommes que les loups.
© P. Le Namouric
M4. Cimendef use des sortilèges de la parole contée pour plonger son poursuivant sous hypnose. Marron d’origine malgache, fondateur au 18ème siècle d’une communauté libre à  l’intérieur d’un cirque volcanique de la Réunion.
© P. Le Namouric
M11. FWI, la marque de l’empire Karaïb. Rouge était le fer dont on marquait le bétail et les esclaves…
© P. Le Namouric
M2. Roze émerge furtivement d’une masse mouvante de bouteilles vides. Marronne du campement de la Montagne de Plomb, Guyane, 18ème siècle.
© P. Le Namouric
Le « M » de « Marronnage » se trace furtivement dans la nuit, d’un trait rouge sang où palpite la liberté.
M9. A l’origine, tout rythme est rythme d’une course : martèlement des pieds sur le sol…
© P. Le Namouric
M1. Mackandal émerge furtivement d’une eau croupie. Célèbre chef marron de Saint Domingue qui, au 18ème siècle, sema la terreur dans les plantations.
© P. Le Namouric
M7. « Des indociles… Zone sensible, secteur sud ! Urgence : code Mussard (François Mussard, célèbre chasseur d’esclaves de la Réunion, au 18ème siècle). Formatez-les immédiatement ! » hurlent des mégaphones nasillards.
© P. Le Namouric
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