MHD, chronique d’un succès accéléré

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En une année, Mohamed Sylla, alias MHD, est passé du rappeur de quartier à la figure médiatique, avec un album chez Universal et une tournée européenne à la clé. Il est issu de l' »Afro Trap », un rap renouvelé avec des sonorités et des danses afro et risque de peser lourd sur la scène hexagonale des prochains mois.

Août 2015. Une impro rap sur le « Shekini » de P-Square, icône hip-hop du Continent, est postée sur le web. Un délire de vacances, entre potes, signé Mohamed Sylla, jeune rappeur de la cité Rouge, dans le 19ème (Paris). Il la nomme Afro trap.
Avril 2016. Un matin, encore trop tôt sûrement, Mohamed Sylla, alias MHD, reçoit une journaliste pour une interview. Rengaine depuis un mois. Rompu, fatigué, lassé peut-être, le jeune homme se plie au jeu. On lui devine des nuits courtes, des journées pressées entre les enregistrements en studio et les tournages de clip. Adel Kadaar, son producteur, discret orfèvre, qui ne communique pas avec les médias, confirme. Le rappeur de 21 ans prépare alors un premier album à sortir chez Universal, avec Angélique Kidjo et Fally Ipupa en featuring. Son portrait recouvre une page sur le site du journal Le Monde, et il est l’invité du Petit journal, prime-time français à succès. Il partage une scène de Guinée avec Black M et fait danser les joueurs du PSG. L’ascension vertigineuse de MHD s’explique en nombre de vues, en tweet, en likes. En gimmicks et danses, qui font mouche, également. Depuis 8 mois, ses vidéos Afro trap/ partie 1 à 6, rassemblent jusqu’au 10 million de partages, chacune. Les majors, palpant le succès d’un artiste à son écho sur la toile, courtisent le jeune homme.
Habitué peut-être à des questions-types à la djeuns’, à des interviews façon QCM, Mohamed raconte, sans se presser, ses références en musique. Avec une assurance certaine, il explique le succès de son cocktail Afro Trap en termes de connexions africaines. Né en France, de parents sénégalais et guinéens, le garçon s’est abreuvé de sons ivoiriens et congolais, tendance azonto et coupé-décalé. Ceux qui tournent sur le net, font danser les jeunes du Continent et d’ici et agitent les bars à chichas : Davido, P-Squar, Wizkid. La trap américaine ? Sans façon. Trop cliché, répond-t-il.
Les influences africaines ne sont pas nouvelles dans ce milieu. Mais, chez MHD, rapper sur une base afro semble être de l’ordre du réflexe, du naturel. Et, avec les instru, s’introduit aussi de nouveaux modes d’expression corporelle dans ses clips. Ainsi, à l’image de ce « fait le mouv' », la danse s’immisce dans un rap dégagé des codes sombres et minimalistes de la trap dominante. Dans sa « cité rouge » du nord de Paris, les rappeurs, les amis, les « petits », en survêts, dansent, en puissance. On est loin du rappeur statique, chaîne au cou et harem de filles plantureuses, en trame de fond. Entre un rap dit « conscient », qui ne séduit plus les très jeunes, et une trap à l’américaine, qui peine à se renouveler, le paysage du rap français gagne à saisir cette fraicheur Afro trap pour réconcilier les publics.
Si le phénomène était principalement lié à un buzz du personnage MHD, alors il filerait bien vite. Mais plus qu’un effet de mode, l’Afro trap correspond peut-être à une tendance générationnelle. Une jeunesse diasporique, qui réinvesti dans ses racines africaines, au travers d’une musique diffusée depuis le Continent. C’est ainsi que Binetou Sylla, directrice du label Syllart Records, s’efforce de décrire le mouvement, elle, qui suit discrètement, mais régulièrement, les groupes se revendiquant de l' »afro-hip hop ». Le Belge C.T Koité ou le groupe de Sevran 13 Block en sont des exemples. Sauront-ils s’affranchir du phénomène MHD pour s’imposer à leur tour? L’Afro trap, s’il semble d’abord désigner la fusion de deux éléments en un genre musical, a d’abord été déposé comme label par le producteur de MHD. Une stratégie de com déclinée plein feu dans le premier titre de son album, « Roger Milla ». La tenue complète de Mohamed et de ses deux danseurs est customisée et légendée « Afro trap. Since 2015 ». Universal lance ainsi son produit…
Album, scènes. Ces prochains mois, MHD est attendu au tournant et sa démarche artistique sera réellement questionnée. En tournée européenne à partir de jeudi, il devra faire ses preuves sur scène, tant son rap semble être taillé pour la rue. Reste aussi à savoir si la jeune pousse ne sera pas avalée toute crue par le biz, qui lui court après.

MHD, de MHD, Universal, en sortie le 15 avril
En concert à la Maroquinerie, Paris, le 15 avril à 20h///Article N° : 13568

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