Namur 1998 : un festival tous azimuts

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Passer quelques jours à Namur permet de remplir son panier : richesse de programmation, nombre de cinéastes invités, initiatives multiples tendant à décentraliser les projections et organiser des rencontres avec le jeune public, exposition du peintre Zulu etc. Nous en avons retenu deux : l’exposition des photos d’acteurs africains de Boubacar Touré Mandemory proposée par le bureau de liaison du cinéma de l’Espace francophone et Casting Sud que nous a présenté sa responsable, l’actrice burkinabè Georgette Paré (cf. entretien) ; la leçon de cinéma donnée cette année par Raoul Peck, occasion de revenir sur son dernier film Corps plongés.
Spécialement présenté à Namur, Sida d’ici et de là-bas du belge Pierre-Yves Vandeweerd, propose un portrait croisé de deux femmes séropositives, l’une belge, l’autre congolaise. Elles s’écrivent pendant un an avant de se rencontrer à Kinshasa. Même maladie mais environnements différents : à la fois semblables et différentes, ces femmes se retrouvent finalement dans une grande émotion. Ce n’est pas seulement leur maladie qui les rapproche, mais aussi leur engagement dans des associations d’action et d’information sur le virus, avec en commun d’oser dire sa vérité :  » Je suis dangereuse !  » explique Aline aux enfants d’une école de Kinshasa. En commun aussi, la solitude. Le dépouillement d’Aline tranche par contre avec le luxe de médicaments d’Isabelle, et les va-et-vient du montage offrent une éclairante comparaison. Un témoignage sensible et personnel. On aurait cependant apprécié de la part d’un réalisateur qui s’intéresse à l’Afrique une remise en cause du  » cadrage à droite  » très visible dans le film : interrogées sur fond noir, chacune des deux femmes apparaît cadrée dans un côté de l’image comme pour un face à face, la Blanche à gauche, la Noire à droite. Quand les réalisateurs européens voudront-ils bien inverser cette caractéristique de l’image coloniale qui cadre systématiquement le Noir (comme le mauvais, le brigand, le méchant) à droite de l’image de manière mécanique, sans se poser de question ? Vieux schéma issu de la représentation biblique plaçant les bons à la droite du Seigneur, donc à gauche de l’image, et les autres de l’autre côté ! (cf. Africultures n°3, notre dossier consacré à l’image de l’Autre). Un autre film présenté à Namur, Le Ciné-colonial de Moktar Ladjimi, en donne de savoureux exemples.
Nous reviendrons en détails sur TGV (Moussa Touré, Sénégal) qui obtient le prix du jury et sur Tourbillon (Pierre Yameogo, Burkina Faso) qui emporte une mention spéciale, ainsi que sur Pièces d’identité (Ngangura Mweze, RDC) présenté en grandes pompes. Le festival de Namur n’accorde pas une place privilégiée aux cinémas d’Afrique : il leur laisse occuper leur place, au même titre que les autres cinématographies francophones – et réjouit ainsi par la netteté avec laquelle il affirme le métissage des cultures francophones.

///Article N° : 548

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