Politique culturelle : s’ouvrir aux coopérations

Entretien de Bibish Mumbu avec Yoka Lye Mudaba

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L’Etat pourrait soutenir la culture : les institutions existent mais les moyens manquent. L’ouverture à l’extérieur est à l’ordre du jour. Yoka Lye Mudaba est conseiller auprès du ministre de la Culture, écrivain et professeur à l’Institut National des Arts, INA.

En tant que conseiller du ministre de la Culture, Mme Marthe Ngalula, avez-vous pu déceler et définir les attentes et aspirations des artistes congolais ? En quoi se résument-elles ?
Ce sont les artistes eux mêmes qui les définissent, et non le ministère. Pour bien faire, ce sont eux qui indiquent les voies de leurs créations et les objectifs qu’ils veulent donner à leurs productions ainsi qu’à leurs stratégies. Le rôle du ministère est celui d’incitation à la création, à la promotion, à la concertation. Son rôle n’est pas de travailler à la place des artistes.
Vous aviez également été conseiller du ministre précédent, Juliana Lumumba. Ayant eu le temps d’évoluer dans ce ministère assez longtemps, quelle serait votre démarche de développement pour le culturel en RDC ?
Il faut décentraliser les pôles de création, de créativité, d’autant que nous avons vécu 40 ans un régime de centralisation poussé et de pensée unique. Il faudrait que chaque province, territoire, district et village ait les meilleures conditions ainsi que les meilleurs équipements pour la création et la promotion culturelle. A cet objectif de décentralisation géographique, il faudrait adjoindre aussi un nouvel état d’esprit, donner et démocratiser la parole, en un mot promouvoir la culture de proximité. Il faudrait que la culture aille au plus près des gens au lieu de voir des gens courir derrière une culture inaccessible. Il faudrait organiser ce qui se fait déjà sur le terrain en arts du spectacle, en arts plastiques ou en arts anciens, créer des coopératives ou des villages d’artistes, créer des conditions de rencontre pour les peuples de différentes cultures. C’est un premier axe.
Un deuxième axe, conséquent au premier, c’est qu’il faudrait créer des infrastructures, des espaces, des lieux, avoir des équipements à suffisance, on n’en a pas. Il faudrait aussi que nos actions soient visibles à l’échelle nationale comme internationale. Il y a très peu de manifestations mobilisatrices en Afrique centrale, notamment chez nous en RDC, alors que paradoxalement nous sommes un des pays les plus créatifs qui soit.
Et enfin, je pense qu’il nous faut produire une pensée puissante, nous n’en avons pas. Une philosophie puissante d’action au sens de la démocratie de la culture, de la culture démocratique, de la politique culturelle, de la culture politique etc. Nous avons besoin de grands penseurs.
Le ministère a-t-il une politique de création et d’action culturelle sur le territoire kinois ? Cette action se mène-t-elle en partenariat avec les différentes communes ou les centres culturels étrangers ou encore les différents espaces culturels locaux ?
Le pays dispose d’un outil important sur lequel il peut s’appuyer pour promouvoir sa culture : l’appareil administratif, c’est à dire les institutions, les organismes étatiques.
Un « Fond de promotion culturel » qui est le nerf de la guerre si je puis dire, existe ! Sa mission, comme l’indique sa raison sociale, est d’être le partenaire privilégié des professionnels de la culture de terrain en vue de rendre plus actives les initiatives que prônent ici et là les opérateurs culturels. C’est l’institution centrale du ministère en matière de promotion. Il est vrai cependant qu’il ne joue pas encore totalement son rôle, il lui faut un appui institutionnel efficace. C’est ce que madame la ministre a fait en réactualisant les textes fondateurs de base du « Fond de promotion culturel », en mettant en place une nouvelle équipe beaucoup plus dynamique et beaucoup plus avisée qui comprend que l’action du Fond c’est de fédérer toute initiative promotrice de la culture et de l’art dans Kinshasa et dans tout le pays. Les synergies ne peuvent pas s’opérer uniquement à l’intérieur du pays mais également à l’extérieur.
Nous sommes un des rares pays où les initiatives privées sont extrêmement puissantes et variées. Le rôle du ministère devrait en être facilité car il y a tellement de choses qui se font et nos artistes sont très jaloux de leur indépendance. C’est pourquoi d’ailleurs à la Conférence Nationale Souveraine, il avait été recommandé qu’à la longue, le « Fond de promotion culturel » devienne une sorte de banque de crédit culturelle. C’est ce qui nous manque. Et par rapport aux synergies à l’extérieur, notre pays ne profite pas suffisamment des possibilités de partenariat avec la coopération bilatérale et encore moins multilatérale. Il y a très peu de créneaux qui existent à l’Unesco, à l’Agence de la Francophonie et plus près de nous au Ciciba ou peut être à l’OUA. C’est pourquoi une des préoccupations de madame la ministre est justement de renforcer cette coopération bilatérale et multilatérale. Il est vrai que nous avons été victimes de l’embargo depuis une dizaine d’années de la part de nos amis mais les choses sont plus ouvertes maintenant et donc tout est permis !

///Article N° : 2702

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