Songs for Madagascar, de César Paes

Le geste de création

En sortie le 21 juin 2017 sur les écrans français, le beau film de César Paes est un bon moyen de prolonger la fête de la musique et de plonger dans les fondamentaux du geste de création.

Il y a dans ce film comme une nécessité : chercher ensemble la beauté. Voici des musiciens de différentes régions malgaches qui répètent et se produisent ensemble, ce qui n’est pas rien dans la Grande île où les tensions sont fortes. Et voici un cinéaste qui les accompagne sur la durée (depuis la création du groupe en 2008), si bien que sa caméra opère des liens entre leur musique et le sens qu’elle prend pour ceux qui en vibrent, à commencer par les paysans qui se battent pour défendre leur environnement.

La beauté est si présente que l’émotion déborde. Elle est dans l’écoute et l’humour, dans les sons et les voix qui puisent dans leurs racines traditionnelles leur puissance d’expression, mais aussi dans la subtilité des textes, la liberté des paroles, la radicalité de l’engagement. On retrouve dans ce groupe, les Madagascar All Stars, Dama du groupe Malaheo, groupe mythique sur lequel César Paes avait déjà coréalisé en 2005 un magnifique documentaire avec le grand du cinéma malgache, Raymond Rajaonarivelo. Entre les deux démarches, et donc entre les deux films, la continuité est évidence : le social se mêle aux chansons d’amour, la mélancolie explose dans la détermination et l’on sent pointer derrière l’immense douceur l’enthousiasme de la soif de changement. Ce sont des militants qui occupent l’écran, qui luttent autant et en écho pour la biodiversité que pour la défense de la diversité culturelle malgache. Leurs chansons ne sont cependant ni discours ni slogans. Leur sensibilité est totale, autant que leur ancrage.

C’est ainsi qu’ils passent les frontières. Ces musiciens jouent aussi à l’étranger, souvent connus bien au-delà de la diaspora malgache. On les retrouve à Berlin où leurs paroles résonnent à l’unisson : « Est-ce la terre qui est fatiguée ? Ou ses habitants épuisés ? » Toujours, cet appel à réagir malgré la difficulté, à ne pas désespérer. Les biographies des musiciens, simplement racontées face caméra, sont des exemples de parcours d’hommes debouts. On comprend que pour eux, la musique est une manière de vivre. Ils ne sont pas les seuls à marcher dans ce roadmovie musical : César Paes montre volontiers les déplacements, les gens qui montent les marches de Tananarive, ceux qui portent leurs charges, ceux qui cultivent à la main, ceux qui oeuvrent à la reforestation malgré les incendies, cette énergie tranquille d’un peuple en marche mais qui doit avouer : « On ne peut plus se taire, on doit appeler à l’aide ! ».

Les causes du désarroi ne sont pas que malgaches : « C’est l’obsession de l’argent qui remplace la sagesse de nos parents ». Un monde est là, qui nous concerne. Un monde qui voudrait simplement pouvoir aimer, enfanter, vivre de son travail. Un monde face au reste du monde, en phase avec tous ceux pour qui l’homme et l’écologie vont de paire. C’est en discussion avec ceux qui marchent que ces musiciens trouvent les rythmes et les mots qui portent au-delà de tout discours. Nous les verrons peu sur scène : le focus du film est leur geste de création, une musique en devenir, composant un paysage, une topographie de la dignité.

Sans tambours ni trompettes, mais à l’écoute de merveilleux musiciens, ce film nous aide simplement à ouvrir notre esprit.

 

Lire notre entretien avec César Paes sur le film : entretien n°14154

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2 commentaires

  1. « Songs for Madagascar » ! Pourquoi un titre en anglais, alors que César Paes, le réalisateur de ce film, est Brésilien, qu’il vit à Paris et que Madagascar fait partie de la Francophonie ?

  2. francois rene le

    ce titre en anglais ne me génepas du tout- etant donné que l anglais est devenu universel – mais quand l opportunité m est offerte je …..MITENY GASY AO…….. veloma a tous

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