Fiche Spectacle
Théâtre
THéâTRE
Entre-deux rêves de Pitagaba conté sur le trottoir de la radio (L’)
Kossi Efoui
Contributeur(s) : Françoise Lepoix

Français

avec
Jean-Quentin CHATELAIN, Parasol
Frédéric Leidgens, Parapluie
Anisia Uzeyman, La Mère
Bertrand Binet, Le Musicien, Capitaine Radio
Michaël Serejnikoff espace lumières
Bertrand Binet musique et chant
Anne Leray masques et accessoires
Mathieu Courel son

« Dans mon rêve, il y avait tellement de noms qui se changeaient, qui s’échangeaient, qui se trafiquaient qu’à la fin, comme dit le conteur, vint le temps de la moisson des crânes. Lorsqu’il fut question de dénombrement, on mêla les noms et les surnoms et on parla de fiction, si bien qu’à la fin, comme dit le conteur, je parle langue vivante avec la voix des morts, je parle langue vivante ».
Une écriture funambule qui se joue des mots et cultive la pirouette, telle est la définition que l’on pourrait donner du style dramatique qui caractérise l’auteur togolais Kossi Efoui. Son théâtre(…) s’empare avant tout des paroles, de ces mots suspendus entre les personnages et qui font apparaître des individualités instables et mouvantes, ces mots qui donnent l’illusion du vivant et ne cessent pourtant de convoquer la mort.

Pointillés
Le théâtre de Kossi Efoui est un théâtre du rendez-vous et de la parole qu’il suscite, engendre et justifie(…) Ses personnages vont au devant les uns des autres, mais leur dialogue s’élabore sur des équivoques, la parole glisse, échappe, les domine et finit par les dissoudre. (…) Et les voilà en pointillés.
Kossi Efoui aime à jouer avec les masques, ces masques sont d’abord les mots derrière lesquels se cachent, mais croient aussi prendre forme les personnages. (…) Réécrire est essentiel à sa démarche créatrice comme si l’oeuvre devait rester en devenir.

Points de suspension
L’écriture de Kossi Efoui est travaillée par l e conte mais celui-ci ne parvient jamais au rendez-vous. Il est détourné de sa route, s’égare, passe à côté (…)
Les personnages sont cloués par l’attente (…) mais l’enjeu n’est pas dans l’attente, plutôt dans le vagabondage qui nous entraîne en dehors de l’espace du rendez-vous. (…)
L’écriture s’inscrit dans un entre-deux qui est le théâtre même. « L’entre-deux rêves… » (…) une réalité que le personnage construit pour le spectateur, mais réalité derrière laquelle il doit courir car s’est une réalité « conté(e) sur le trottoir de la radio ».

Coups de poing
Kossi Efoui cisèle les dialogues comme des combats où les mots esquivent, piquent, sonnent, explosent l’interlocuteur. (…)
La rencontre théâtrale s’orchestre à la manière d’un combat (…)
Les coups sont ceux qui font tomber les masques, en font naître de nouveau : « J’ai gagné mon premier combat. J’ai ri de mon visage gonflé comme un masque de Carnaval. »
(…) La danse aérienne du boxeur ressemble à celle du funambule. La chute est le K.O. (…) Chaque coup est un mot qu’il assène, une victoire contre l’anéantissement. (…) ce pouvoir de parole qui nous laisse croire que l’on peut blouser la mort.
d’après Sylvie Chalaye, Kossi Efoui : rencontres et points de suspension
Théâtre/Public n°158 – Afrique Noire : écritures contemporaines