Télévision et cinéma au Cameroun

Entretien d'Olivier Barlet avec Rémi Atangana

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Vous dirigez avec beaucoup d’énergie un festival consacré à la télévision : pourquoi privilégier la télévision plutôt que le cinéma ?
C’est vrai qu’on pourrait envisager d’élargir des manifestations cinématographiques en assurant la promotion des productions spécifiques, je pense notamment aux documentaires et aux courts métrages. Cependant, la libéralisation progressive des médias audiovisuels en Afrique a favorisé l’émergence de nombreuses chaînes de télévision d’obédience privée, qui, au contraire des télévisions publiques, se rapprochent un peu plus des populations. La réalité de cette proximité implique que le public reste accroché à la télévision. D’où le choix du Festival Africain de Télévision – FESTEL, de promouvoir la qualité et la quantité des programmes qui y sont diffusés, en vue de tendre vers une plus grande satisfaction des téléspectateurs. Il me semble important de souligner que la télévision est la destination finale des productions cinématographiques.
Disposez-vous de soutiens réguliers ?
Pas vraiment ! Nos soutiens sont à conquérir, en ce sens que le financement de la culture est un sujet de grandes préoccupations dans mon pays et notre festival en souffre. Mais, il faut faire la part des choses et classer les soutiens par catégories, à savoir : le soutien public, le soutien institutionnel, le mécénat et sponsoring. Or le FESTEL est né comme une manifestation élitiste avant la libéralisation effective des médias en 1998, il n’a pu bénéficier de soutien public qu’en 2002. Par ailleurs, certaines institutions d’appui ont axé leurs soutiens audiovisuels à l’unique manifestation cinématographique. En même temps, d’autres ont considéré que le FESTEL venait faire doublon au niveau du Cameroun, refusant ainsi de faire la différence entre la télévision et le cinéma. Et d’aucuns attendent tout simplement que les choses rayonnent pour venir s’y greffer. C’est surtout dans ce sens que notre festival a été privé des possibilités de se développer rapidement. Nous n’allons pas baisser les bras.
Le Cameroun a historiquement joué un rôle moteur dans les échanges de programmes entre télévisions africaines mais cela semble de l’histoire ancienne ?
C’est la période des années 1980 – 1990. La télévision camerounaise était jeune et ambitieuse, et le Fonds de développement de l’industrie cinématographique FODIC vivait ses derniers jours. Ce fut la période faste du cinéma et de l’audiovisuel au Cameroun. De nombreuses œuvres ont été réalisées à cette époque pour préparer l’arrivée de la télévision. J’ajouterais que celle-ci a coïncidé avec le plein épanouissement de l’URTNA qui était le cadre privilégié d’échange des programmes interafricains. L’engouement semble essoufflé aujourd’hui, et les causes sont identifiables – la faiblesse de la production des télévisions publiques en Afrique et le manque d’argent. Quant aux perspectives, il faut attendre le déclenchement d’une volonté politique susceptible d’instaurer une véritable régulation des paysages audiovisuels du Continent, avec des possibilités réelles de financement et des quotas sur la publicité, telle me semble être la meilleure manière de sortir nos télévisions de l’ornière.
Dans quelle mesure le public camerounais est-il réceptif à des produits culturels d’autres pays africains aux cultures différentes ?
Le public camerounais est très réceptif, même si on lui reconnaît une certaine froideur, c’est un public de plus en plus exigeant, qui aime le beau et donc la qualité. Toutes les cultures ne peuvent que prendre angle avec un tel public. Cela est sans doute plus facile lorsqu’il s’agit des cultures africaines, dont on sait qu’elles abondent de similitudes. La percée au Cameroun des productions ghanéennes et nigérianes constitue à cet égard un exemple patent.
Quelles sont les difficultés et chances rencontrées dans l’organisation de votre festival ?
Les seules difficultés rencontrées dans l’organisation du FESTEL sont relatives aux financements. Quant aux chances, je dois dire qu’elles sont infimes. Mais il faut reconnaître que nous avons beaucoup de chance de continuer à faire exister et à tenir ce festival.
Les dates du festival ont dû être reportées à plusieurs reprises : pourquoi ?
Ces reports ont été causés par des questions budgétaires que j’ai évoquées plus haut. On a aussi bravé des pesanteurs engendrées par l’environnement économique et social. Aujourd’hui, nous sommes obligés de travailler doublement pour relever la crédibilité et la visibilité de la manifestation.
La presse joue-t-elle un rôle important pour la télévision ?
Le rôle de la presse me semble être très important dans le développement de l’audiovisuel africain. Il s’agit d’éveiller les consciences, éclairer le public et promouvoir le contenu des télévisions. Nous pensons à cet égard que les journalistes africains ne mesurent pas très bien les enjeux, et font parfois montre d’une formation insuffisante. Le rayonnement des images d’Afrique ne pourra se faire que sur la base d’une critique valorisante de nos productions, c’est pourquoi il convient de multiplier les rencontres interprofessionnelles de concertation et d’échange, et d’orienter à ces fins la formation des journalistes.
Le paysage télévisuel camerounais ne s’est-il pas largement diversifié ces dernières années avec l’apparition de télévisions privées ?
Je pense que les Camerounais sont très fiers de la diversité des chaînes de télévisions qu’ils vivent au quotidien. Plus d’une demi-douzaine sont parfaitement opérationnelles, et lors du dernier FESTEL tenu à Yaoundé du 16 au 22 juillet 2005, cinq d’entre elles avaient pris part aux manifestations. Malheureusement, ces médias connaissent des difficultés qui sont ressenties dans leur programmation. Nous pensons qu’il est devenu opportun de rationaliser le fonctionnement du paysage audiovisuel camerounais, tant il est avéré que la prolifération des appareils d’occasion qui coûtent environ 30 000CFA (45 euros) sur la place, et le piratage des images favorisent l’acquisition des téléviseurs jusqu’aux familles dites démunies.
Les salles de cinéma ont pratiquement disparu du paysage camerounais. La télévision constitue-t-elle une alternative pour la diffusion d’oeuvres exigeantes visant à la réflexion ou à l’éducation culturelle ?
La disparition drastique des salles de cinéma est une situation regrettable en Afrique, et plus particulièrement au Cameroun où elle atteint les 99 %. Cependant, il n’est pas loisible d’envisager que la télévision remplace le cinéma. Je pense qu’il faut promouvoir en Afrique une exploitation des petites salles de cinéma équipées en support numérique. Car il ne faut pas perdre de vue, que l’ambiance d’un visionnage à domicile ne peut atteindre celle d’une projection grand public qui confère au cinéma son caractère de spectacle. Bien entendu, les idées, commentaires et les réflexions sont d’abord facteurs du brassage des spectateurs.
Le voisin nigérian est très vorace sur le marché de la vidéo et l’on voit des films nigérians régulièrement diffusés sur des canaux privés de télévision au Cameroun. Qu’en pensez-vous ?
C’est vrai que les films nigérians ont envahi le marché camerounais. On les retrouve en abondance chez les vendeurs de DVD et de VCD, mais aussi sur les écrans des télévisions privées. Je dirais que c’est une bonne chose, compte tenu de la capacité de production de ce pays. Toutefois, cette situation suscite quelques interrogations. D’abord, sur la licité des oeuvres qui rentrent dans ces deux circuits commerciaux, et d’autre part sur les conditions d’acquisition des différents droits liés à leur exploitation au Cameroun. Je pense à ce niveau qu’il faut tout faire pour éviter que ces produits ne viennent aliéner les pratiques professionnelles, et perturber la production camerounaise qui tente de sortir de sa léthargie.
Dites-nous pour terminer, Rémi Atangana, quel est l’avenir du Festival Africain de Télévision, le FESTEL ?
Le FESTEL a un avenir radieux, puis qu’il a achevé cette année sa phase de conception, de matérialisation et d’évaluation. Le projet FESTEL est donc mûr et parfaitement structuré, la mobilisation des partenaires techniques et financiers est en marche. La 5ème Edition du FESTEL aura lieu à Yaoundé, du 02 au 08 décembre 2006 – La compétitivité des programmes TV en Afrique – sera le thème central du festival.

///Article N° : 4413

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