The Mandé Variations

De Toumani Diabaté

Chef-d'œuvre historique
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Chaque disque du koraïste Toumani Diabaté est une révélation, qui d’année en année confirme l’ascension de cet immense artiste à travers l’évolution de la musique mandingue, et africaine en général.
D’abord, cela fait plaisir de voir un musicien africain qui joue d’un instrument africain et qui gagne peu à peu, dans le monde entier, un respect naguère réservé aux virtuoses des instruments occidentaux ou orientaux. Certes il y a longtemps – à partir de la fin du XVIII° siècle – que la harpe kora des griots mandingues a séduit les mélomanes et les musicologues. Le père de Toumani, Sidiki Diabaté, y a beaucoup contribué. On se souvient encore des concerts auxquels il participa, il y a trente ans, au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris.
C’est au même endroit que son fils a choisi de présenter le répertoire de ce nouveau disque magnifique.(*)
Toumani Diabaté avait été le premier, il y a vingt ans, à publier un album de kora en solo : l’inoubliable « Kaira ». Depuis, il a multiplié les expériences musicales, avec des musiciens de flamenco (« Songhaï »), en duo avec son cousin Ballaké Cissoko (« Nouvelles cordes anciennes »), avec le bluesman Taj Mahal, avec Björk, et surtout avec son magnifique big band « Symmetric Orchestra ».
Riche de tant de digressions, le voici qui retourne à lui-même, à ce monologue passionné qu’est son dialogue avec son instrument.
Le résultat est absolument extraordinaire et le titre, « Mandé Variations », clin d’œil crâneur à des œuvres majeures comme les « Goldberg Variations » de Bach, ne semble pas du tout injustifié.
De l’héritage de ses ancêtres griots, Toumani a conservé l’élégance rythmique, une certaine solennité et une virtuosité parfois un peu arrogante. Il sait garder tout cela et en même temps s’en échapper le temps de quelques mesures, pour y revenir aussitôt. On a ainsi la sensation inédite d’écouter une musique fulgurante, vraiment inouïe et intemporelle, qui, en quelques secondes traverse les siècles, abolit toutes les frontières, va-et-vient d’une culture à l’autre, mais en retournant régulièrement à son point de départ, qui n’est jamais très éloigné : ce point d’ancrage mystérieux, si ancien et si proche en même temps, qui fait que la musique mandingue, classique ou moderne, semblera aussi familière à un gamin de Bamako qu’à un vieux mélomane européen amoureux de Bach ou de Debussy.

(*) Concerts à Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, les 25 et 26/4 ; à Bruxelles (Ancienne Belgique) le 11/5 ; à Anvers (Centre des Cultures du Monde) le 15/5 ; au Théâtre Antique de Vienne (France, 38) le 2/7.The Mandé Variations, de Toumani Diabaté (World Circuit)///Article N° : 7544

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