Un Bebey qui devient grand… comme son père

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C’est l’histoire fabuleuse d’un enfant qui découvre le monde entre deux rives. L’Afrique et l’Europe. Il naît dans les vapeurs faussement speed du 13ème arrondissement parisien mais ne rate pas une seule occasion pour aller rendre visite à la terre bénie de ses ancêtres. Son père, Francis Bebey, l’initie aux rythmes subtils de la tradition camerounaise et le laisse ensuite s’enivrer de sons étrangers dans l’univers éclectique de la capitale française. Piano, formation classique dès l’âge de six ans, dix ans de conservatoire. Saxophone et découverte de la musique noire américaine à travers les opus de Duke Ellington, Nina Simone et autres Stevie Wonder.
Reconnu comme étant un petit génie de l’accompagnement, on le retrouve aux côtés de quelques grands noms de la variété française (Charlélie Couture, Jean-Michel Jarre, Julien Clerc…). Fatigué d’être considéré dans certaines formations comme le nègre de service, chargé de ranimer uniquement les peaux de percus sur scène, il met son talent de multi-instrumentiste au service de « jazz d’échappement », un sextette expérimental, qu’il monte avec succès, en compagnie de son frère et de Mbappé Etienne (un bassiste émérite de sa génération). Suivent d’autres collaborations, avec Salif Keïta notamment. Des références typées, façon Dibango ou Sheep (Archie le jazzman). Puis l’envie de marquer fortement son territoire, en forgeant sa propre identité et en s’appuyant sur un parcours qui n’a pas toujours été simple, l’amène à bosser sur un concept original. Celui de « Paris Africans ».
En deux mots, cela signifie: revendiquer sans concession son africanité profonde, sans omettre de signaler au passage son cosmopolitisme de parigot convaincu. Cela donnera naissance par la suite à son actuelle formation et à l’album paru en 97 (tous deux du même nom). Avec tout un discours basé essentiellement sur une ouverture au monde, qui refuse toute forme de discrimination. On y retrouve l’éclectisme supposée des lieux de son enfance, avec à ses côtés le guitariste Claude Py, le bassiste Ngando, le batteur Tchangou et l’accordéoniste Sucetti. Au menu: compositions originales et relectures personnalisées de Fela Kuti, Jimmy Hendrix et autres Coleman. Mélange des genres et roots inspiration sur fond de modernité absolue. Une musique pimentée et colorée à apprécier, sans oublier de s’interroger sur ce que nous représentons sur cette terre. Un hommage à l’Afrique et à l’Europe via Paris. Et surtout… de quoi enrichir les discours sans fin sur l’intégration et sur le dialogue entre les peuples.

L’album « Paris Africans » est sorti chez Buda Musique. ///Article N° : 146

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