Cinéma/TV

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Créteil, avril 1998

La Sénégalaise Isseu Niang et la Nigerienne Zalika Souley étaient avec Safi Faye les grandes invitées du festival du film de femmes de Créteil. On connaît Isseu Niang pour ses rôles marquants dans Le Mandat et Guelwaar d’Ousmane Sembène, Diègue-Bi, Lambaye et Fann Océan de Mahama Johnson Traoré, Le Certificat d’indulgence de Moussa Bathily, Jom d’Ababacar Samb Makharam et récemment Mossane de Safi Faye et Tableau Ferraille de Moussa Sene Absa. Zalika Souley est la star du cinéma nigérien. Elle a tourné avec Oumarou Ganda dans Le Wazzou polygame, Saïtane, l’Exilé, mais aussi avec Mustapha Alassane, Mustapha Diop, Djingareye Maïga……

Paris, juin 1997

Dans le film du Tchadien Mahamat Saleh Haroun qui vous est consacré, vous insistez sur les flash backs quotidiens que vous avez sur votre propre enfance. Pourquoi ? Pour essayer d’être simple, ce qui n’est pas facile, je dirais que l’arbre sans ses racines n’existe pas. L’être humain est ainsi : nous sommes des arbres. Chez les Malinkés, la nature a plus que sa place : elle a un caractère indispensable et sacré. Malinké veut ainsi dire la nature au sens large. Mon fils Dani s’appelle ainsi car son nom signifie  » la semence « … Il m’est arrivé qu’on me demande quels étaient les moments…

Paris, 1997

L’apport du théâtre Les premiers films ivoiriens de Désiré Ecaré, Henri Duparc ou Timite Bassori étaient des films citadins. Ils ne nous ramenaient pas au village, à la différence des films d’Afrique de l’Ouest venus plus tard. Ces histoires nous amenaient du rêve et du fantastique, et nous parlaient des problèmes d’après les indépendances dont nous n’étions pas toujours conscients. Nous aimions l’atmosphère des films, ce qui restait en nous malgré ce que nous ne comprenions pas : nous rigolions et étions joyeux de nous identifier à autre chose. Nos idoles, Douta Seck, Bachir, Toto Bissainthe que nous écoutions le dimanche…

Namur octobre 2001

Pourquoi être ainsi basé à Montréal ? Parce que c’est un environnement empreint d’humilité sur le plan de la créativité : on rencontre acteurs, scénaristes, producteurs et distributeurs qui mènent leur simplicité en avant. Les rapports sont plus évidents : les gens disent ce qu’ils pensent et on ne perd pas de temps pour développer un projet ou établir une collaboration. C’est un stress en moins si on compare à l’Afrique ou l’Europe. Est-ce que ce sont des qualités européennes ? Je crois que c’est le côté carré positif de l’Amérique du Nord qui se répercute dans le cinéma comme…

Namur, octobre 1999

Quel est votre parcours ? J’ai passé la majeure partie de ma vie en France. Je ne suis venu au théâtre et au cinéma qu’il y a une quinzaine d’années. J’ai abandonné l’enseignement que j’avais abordé après une licence d’arts plastiques pour me concentrer à la mosaïque. Je fais des fresques monumentales. En dehors de la figuration, ma carrière a débuté au cinéma avec Le Cri du cœur d’Idrissa Ouedraogo. Je joue facilement les rôles de vieil africain qui sait parler français ! Puis vinrent Po di Sangui, Black Dju, Keïta, Saraka Bô (ou mes toiles décoraient le bureau du commissaire), des…

Documentaire de Maria Anna Tappeiner et Reinhard Wulf

Cela commence par une animation au fusain de Kentridge et la fascination prend tout de suite. Et ce film vise juste car il ne démarre pas par le contexte mais par l’homme, ce qui nous permet de comprendre, peu à peu, au fur et à mesure d’une démarche artistique expliquée à tâtons et coups de crayons, que cet art n’est pas un slogan mais part des tripes, de questions de fond que Kentridge doit résoudre et qui le conduisent naturellement à condamner le système de l’apartheid. Car ces animations au fusain – tout comme les pièces mises en scènes avec…

De Djingarey Maïga

Un vrai bijou. Pourtant, ce film manque tellement de moyens qu’il ne répond en rien aux critères d’un cinéma international. Mais c’est peut-être là que se situe sa qualité. L’histoire est simple mais prenante, autour d’une famille dont la pauvreté est telle qu’elle ne peut assumer l’argent demandé par l’institutrice pour maintenir la plus jeune à l’école, ou celui demandé par le médecin pour sauver leur fille battue à mort par son mari. Une colère sourde traverse le film, face à la mauvaise gouvernance, face aux corruptions et copinages de toutes sortes. Cette colère construit un vrai discours politique, parfois…

De Malick Sy

On leur rase la tête et on leur coupe le prépuce : les jeunes circoncis devront passer trois mois dans le djoudjou, la case des circoncis, avant de retrouver leur mère. Mais ils ne seront plus les mêmes : ils auront appris à être homme. Systématiquement frappés et soumis à l’épreuve, ils auront appris l’endurance mais surtout ce qu’est le mal pour pouvoir affronter le monde et lui apporter plus d’humanisme. Comme à son habitude, Malick Sy, ancien journaliste, avance par investigation : il cherche à percer le mystère d’une initiation qui se donne comme secrète alors même que ses…

Documentaire de Balufu Bakupa-Kanyinda

Comment évoquer la mémoire d’une figure disparue sans tomber dans le piège du mythe ? Sur quelle vérité historique se fonder ? Et cette vérité existe-t-elle ? Balufu Bakupa-Kanyinda cite d’entrée Sankara pour répondre à ces questions :  » Je crois qu’il y a trois façons d’être : tel que les autres vous perçoivent, tel que l’on se perçoit, et la vérité qui est entre ces deux visions d’un même individu « . C’est sur cette vision qu’il construit son film : sur un défilé de photos d’époque, des proches font le portrait par touches de l’homme avant que Sankara ne s’exprime par lui-même. Des journalistes, Marie-Roger Biloa, Guy…

De Balufu Baku

Le Damier est incontestablement l’une des fictions les plus intéressantes présentées au dernier Fespaco. Sa mise en scène est originale, son scénario s’impose de lui-même, son humour est décapant. Pour meubler une nuit d’insomnie, le président-fondateur-à-vie joue aux dames avec un homme de la rue, champion de sa cité. La force du film est de ne rien devoir montrer puisque tout est dit : le jeu de dames où la coutume veut qu’on s’invective vertement devient un espace de dialogue symbolisant les rapports entre le peuple et le pouvoir. Point besoin de montrer la misère puisque le champion déclare qu’il ne…

De Chantal Akerman

Une vision du sud des Etats-Unis, au moment du lynchage d’un Noir par trois jeunes Blancs. Sans vraiment enquêter sur le meurtre, elle le prend comme paysage mental et physique d’une réflexion en longs travelings faisant par exemple défiler la route où il a été traîné, à la fois banale et terriblement présente. Les lieux, mais aussi la parole des gens et le gospel des funérailles : cette imbrication pudique de niveaux différents tend à montrer que la mémoire du présent se confond avec celle du passé et qu’au fond, dans le Sud, les plaies sont encore vives et le passé…

De Léandre-Alain Baker

« Vous connaissez Tchicaya U Tam’si ? » Posée dans les rues de Brazzaville, la réponse devrait être évidente. Et pourtant : bien peu connaissent le plus grand poète congolais. Aucun ne l’a lu… Et pourtant, ses mots ont tant à dire aux hommes d’aujourd’hui… « Quand on est seul, on est fou ou poète : j’étais poète ». Comment filmer la littérature ? La dire ou l’évoquer ? Dans son précédent film sur Sony Labou Tansi, Léandre-Alain Baker avait multiplié les interviews, les alignant par bribes à l’américaine. Cette fois, heureusement, il prend le temps de souffler. Cette fois, il donne envie de…

De Naceur Ktari

Un metteur en scène dépressif, Slah, sort d’hôpital psychiatrique et veut monter « Le Barrage », du célèbre auteur Mahmoud Messadi. Marié à Amel, il fait la connaissance d’Aïcha qui l’ouvre à une nouvelle dimension. Sa femme se résout à se confronter à la réalité et inviter Aïcha chez eux. Une relation complexe s’instaure. On retrouve dans le film de Naceur Ktari cette obsession qui traverse tant de films maghrébins et notamment tunisiens d’hommes paumés dans une société sans espoir et pour qui les femmes représentent le seul salut. « J’ai envie de pleurer mais n’y arrive pas », dit Slah. Le film souffre…

De John Singleton

« C’est la première fois que je voyais à l’écran quelqu’un qui me ressemblait, qui parlait comme moi, qui s’habillait comme j’aurais aimé m’habiller et qui était un héros. » Samuel L. Jackson résume ainsi la fascination qu’ont pu exercer sur les jeunes Noirs américains les premiers films de la blaxploitation des années 70. Après le succès inattendu de Sweet Sweetback’s Baadassss Song de Melvin van Peebles en 1971, Shaft avait sauvé la MGM de la faillite. On retrouve en chair et en os, au détour d’un verre au fameux Lenox Lounge de Harlem, son réalisateur, le photographe Gordon Parks, ainsi que…

De Sidiki Sijiri Bakaba

Deux handicapés prennent un taxi en otage pour lui faire exécuter les casses qu’ils ne peuvent faire eux-mêmes : l’idée est d’enfer. A travers une intrigue policière plongeant dans le monde obscur des malfrats abidjanais, c’est au respect des handicapés que cet amusant téléfilm cherche à contribuer. Il rappellera pour finir que Franklin Roosevelt se déplaçait en chaise roulante et a mis l’Amérique sur pieds. Le commissaire Blazo est donc sur la piste des malfaiteurs qui ne reculent devant rien avec leur chauffeur de taxi qui finit par y prendre goût. Face à la succession de braquages, l’acteur-réalisateur Sidiki Bakaba,…

De Regina Fanta Nacro (2000, 6 mn)

De jeunes Arabes draguent lourdement deux filles dans un bus quelque part en France. La tension monte jusqu’à un dénouement qui ferme le bec à Faudel, interprète d’un des jeunes. Il n’est pas inintéressant de voir une Africaine noire mettre en scène des Arabes et surtout inverser la donne en prenant pour sujet les comportements tout aussi racistes des jeunes machos. On retrouve dans ce court bien enlevé le désir de brouiller les cartes identitaires de cette jeune génération de cinéastes vivant en Europe, notamment sur un sujet si souvent traité en termes aussi stéréotypés et victimisants que le racisme.…

De Hubert Koundé (France)

...ou les contraintes s'attirent

Un jardin public, un Noir sur un banc. Il range son saxo et sort un bouquin. Une femme asiatique vient s’asseoir de l’autre côté du banc, qui sort le même livre, lit le même passage. La coïncidence est trop belle. Mais rien n’y fera. Aucun ne saisira les occasions lancées de s’aborder, se parler. « Rien ne sert de lutter contre sa nature », dit le livre. La caméra leur tourne autour ou fixe le parallèle. Jeu de miroir autour d’une rencontre programmée qui ne se fera que par voie détournée, tant « il faut avoir des envies pour demeurer en vie ». Simple…

De Yamina Benguigui (2000, 6 mn)

Un goûter d’anniversaire dans une famille très bourgeoise. Les enfants sont rassemblés et une belle fée doit venir animer l’après-midi. Mais l’arrivée d’une fée maghrébine gêne et provoque des réactions typiques du rapport au monde arabe. Blessée, elle en oubliera sa baguette magique, pas nous… Sur une idée simple, Yamina Benguigui tisse en finesse la toile des comportements racistes quotidiens et suggère la blessure qu’ils provoquent. Les hésitations, les regards, les silences prennent toute leur importance et ouvrent à une compréhension d’autant plus physique du racisme que la fée est supposée élever les enfants dans le jeu et le rêve.…

D'Ali Essafi

Sacré démystification : les sans noms, les inconnus du grand écran, ces figurants qui par centaines s’élancent dans les combats ou crient la victoire des stars des films historiques ne sont autres que de simples paysans marocains recrutés sur place et qui sempiternellement répètent le même anonymat. A Ouarzazate, à la frontière du désert, les péplums trouvent les paysages qui leur faut et des figurants bon marchés, économie oblige. Ils sont légion à vouloir gagner quelques dirhams à endosser l’habit des soldats romains ou des croisés. Mais la rudesse du système ne leur échappe pas : considérés comme des numéros…

Documentaire de Marie Binet

Impasses, non-dits, secret : la blanche Marie découvre ce que sa mère lui cachait, son origine martiniquaise, son ascendance noire. Elle fait son enquête, va sur les traces d’une famille qui se révèle tentaculaire et pleine de chaleureuses surprises. Au fond, ce destin particulier illustre une France qui rejette bêtement le métissage de son origine, bêtement parce que la qualité du film est là, dans la richesse relationnelle que ce métissage comporte, dans les rires simples et l’accueil, dans le plaisir de reconnaître sa fratrie au-delà des apparences. Marie veut comprendre, et ira même rencontrer Ina Césaire et Raphaël Confiant…

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