Abdelkader Djemaï : Gare du Nord, Camping, le Nez sur la vitre

Une trilogie publiée en Algérie par les éditions Barzakh

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Après Mohammed Dib et Sadek Aïssat, c’est à Abdelkader Djemaï que les éditions Barzakh consacrent une trilogie réunissant trois courts romans écrits entre 2002 et 2004 : Gare du Nord, Camping et Le Nez sur la vitre.

Ces trois romans, dont l’auteur souligne lui-même les affinités électives (1), et qui puisent leurs racines dans l’entre-deux de l’immigration, n’avaient jamais été publiés en Algérie. Ce manque est donc réparé, et l’on imagine le plaisir des lecteurs à retrouver l’écriture fine et dense d’un auteur qui, un peu de mots, sait si bien aller jusqu’à l’os, dire les joies et les tragédies intimes des êtres ordinaires. Ces êtres de peu de mots auxquels il sait justement et pudiquement donner voix. Ceux qui les connaissent retrouveront ainsi presque comme des vieux copains les silhouettes de Bonbon, Bartholo et Zalamite, les chibani de Gare du Nord mais aussi la douleur muette du père du Nez sur la vitre ou l’atmosphère plus enjouée de Camping, avec ses souvenirs et odeurs de grandes vacances.
A ces trois textes s’ajoute une nouvelle inédite : l' »Histoire d’une photo », dont le « tu » – déjà présent dans Un moment d’oubli – vient interpeller le lecteur pour l’embarquer dans un texte épuré où, en quelques phrases, l’auteur cisèle le drame. Le poids de l’histoire qui rejaillit dans un objet, au détour d’une rencontre fortuite, d’un détail…
Enfin, et comme dernier cadeau fait par cette édition élégante, trois entretiens qui permettent de goûter – ou retrouver – les paroles d’un auteur qui sait si bien parler de littérature, sans fioritures ni grands mots, mais avec des images justes, qui font mouche. Les paroles d’un écrivain qui est avant tout un artisan :
« Je fais des livres comme on fait des chaises, des tabourets, des tables, c’est-à-dire que je les fais avec mes mains. J’écris une phrase comme on taille une branche avec un couteau. Les livres, selon moi, cela se fait d’abord avec les mains. Bien sûr que ça se fait aussi avec la tête, mais je douterais des livres qui ne se font qu’avec la tête. Il me semble que ça se fait aussi avec le cœur, la peau, avec ses tripes, avec ses faiblesses, avec de la sueur ; en se blessant avec le couteau. » (2)
Des entretiens qui permettent aussi de revenir sur la vie et sur l’œuvre (dépassant les « bornes » de la trilogie) donnant envie de cheminer un peu plus longtemps en la compagnie de « cet écrivain discret à l’œuvre importante ».

1. Voir l’entretien « Ce que je veux faire, c’est l’homme qui marche de Giacometti », en fin d’ouvrage.
2. Citation extraite d’un entretien donné lors d’une rencontre avec l’auteur à Villelongue d’Aude en août 2003.
///Article N° : 9995

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Abdelkader Djemaï © DR
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