Beur, Blanc, Rouge

De Mahmoud Zemmouri (Algérie)

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Octobre 2001. Stade de France. Un match de football, historique, qui voit s’opposer l’équipe de France à celle d’Algérie. Ce soir-là, le cinéaste algérien Mahmoud Zemmouri est devant son écran de télévision tout comme des milliers de français, attendant impatiemment l’issue de cette rencontre. Soudain, c’est la débandade. Des dizaines, voire des centaines de supporters, envahissent le terrain, dégoûtés du score (3-1, en faveur de la France) et finissent par provoquer l’arrêt du match. En voyant cela, Zemmouri reste interloqué :  » Pourquoi ont-ils envahi le terrain ? Pourquoi sont-ils contre la France et pourquoi se reconnaissent-ils davantage dans leur pays d’origine que dans le pays qui les a vu naître ? « . Le scénario de Zemmouri est né de ce raffut.
Caricaturiste hors pair et pourfendeur de la médiocrité intégriste, Zemmouri revient après quelques années de silence avec cette fantaisie enlevée où le temps file à toute vitesse. Taquinant les travers de la démocratie, le cinéaste s’est toujours démarqué du cinéma algérien car trop farceur pour ses détracteurs. Zemmouri a certes bricolé des œuvres inégales mais toujours avec cette soif de poser des réflexions pertinentes et de provoquer un véritable débat. L’intégrisme dans 100% arabica ou bien l’intolérance dans le très beau Prends dix mille balles et casse-toi servent de canevas pour analyser une actualité mouvementée. Véritable sismographe de notre quotidien, Zemmouri réalise des films riches en diatribes sociétales qui savent en cerner les dangers.
Installé depuis plusieurs années à Paris, il suit cette fois la semaine mouvementée de Brahim, lui aussi Parisien, tchatcheur, chômeur, passionné de foot et criant à qui veut bien l’entendre que l’Algérie est son véritable et unique pays.
Son entourage ? Mouloud, l’ami de la première heure au regard mélancolique, cherchant une place au soleil dans ce pays frileux ; les parents désorientés face à un fils qui refuse d’être payé comme un smicard ; Wassila, la séduisante beurette qui a coupé le cordon avec sa famille pour s’investir dans ses études ; Gaby, le jeune français  » pure souche  » qui aimerait épouser une Maghrébine.
Utilisant le match France-Algérie comme pivot central, Zemmouri oriente son film vers une situation sans issue. Il installe délicatement le ras-le-bol de Brahim et surtout sa réponse finale. Qu’on lui refuse une vie correcte en raison de ses origines, Brahim s’en lave les mains. Mais de voir l’Algérie se faire écraser au football par l’ennemi, il ne peut le supporter. C’est là que son identité est mise à mal, et ça, chacun peut le comprendre sans devoir être maghrébin. .
Cela permet à Zemmouri de pointer du doigt sans lourdeur les contradictions de cette génération issue de l’immigration. Même si le registre utilisé est celui du burlesque, Beur, Blanc, Rouge sait aussi faire mal. Pourquoi Brahim l’Algérien ne s’est-il jamais donné la peine d’apprendre l’arabe ? Pourquoi Wassila est-elle obligée de quitter sa famille pour trouver un réel sens à sa vie ? Comment expliquer le désir de Gaby de se marier avec une musulmane vierge ? Et surtout, d’où vient ce fantasme d’une Algérie où l’herbe est plus verte ?
Derrière ces visages d’illuminés se profile la réalité d’une identité blessée par une société discriminatoire. Le désordre survenu au stade de France en octobre 2001, repris dans les dernières séquences du film, est le produit d’un pays qui renie son passé colonisateur pour rejeter ce microcosme. Zemmouri ajoute ainsi son rire pour prévenir une détérioration préfigurée en octobre 2005 par les émeutes de ces banlieues beur, blanc, rouge.

///Article N° : 4410

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© Zelig Films Distribution
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