Conakry Kas

De Manthia Diawara

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Comme il le fait dans son dernier livre En quête d’Afrique (Présence Africaine), Manthia Diawara, qui dirige la revue Black renaissance et enseigne la littérature et le cinéma à l’université de New York, revient sur sa fascination pour une Guinée qui avait su dire non aux propositions françaises en 1954, Sékou Touré déclarant alors : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ». Il explore les ambiguïtés du régime de triste renom en rencontrant Harry Belafonte qui avait été actif dans les Ballets africains et fut expulsé.
Comme il l’avait fait dans Bamako Sigi Kan, dans le cadre de cette série sur les villes africaines qu’il initie mais voudrait voir continuée par d’autres réalisateurs, il fait le voyage de ses origines (qui sont tant maliennes que guinéennes, ses parents ayant vécu à Conakry avant d’en être expulsés eux aussi) et s’y rend en janvier 2003 en cherchant comment « se réconcilier avec la Guinée ». Comme dans son film précédent, il se met à l’écoute des problèmes des jeunes, discute sur les questions de globalisation. Toujours attentif aux éléments africains-américains de sa nouvelle patrie, il rencontre la femme de Stokely Carmichael, leader du mouvement Black Power, qui s’était réfugié à Conakry.
L’arrivée de Dany Glover change la donne : la présence de l’acteur américain fait du tournage un événement et facilite la tâche de Diawara. A son propre questionnement, se superpose l’émotion de Glover qui retrouve ses racines en écoutant par exemple les rythmes d’une école de percussions.
Fidèle à sa problématique centrale, Diawara explore la relation entre politique et culture, cherche les voies d’une sortie de l’afropessimisme, revient pour cela à Sekou Touré cité par Fanon… Questionnement en cercle qui ne trouvera pas de réponse dans le film comme il n’en a pas dans la vie mais auquel la démarche artistique transfère une particulière présence : ici encore, l’image-mouvement au rythme saccadé de l’opérateur Arthur Jafa sur les scènes de vie urbaine (moins systématiques que dans Bamako) autant que la beauté des cadrages dans les moments de rencontre souligne la singularité de la démarche au ton très personnel de Diawara et l’élève au rang d’une interrogation universelle.

///Article N° : 3347

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