Four Little Girls

De Spike Lee

Quatre petites filles en quête de mémoire
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Avec son premier long-métrage documentaire, Spike Lee apporte sa pierre dans l’édifice d’une mémoire historique du monde noir.

Birmingam, Alabama, Etats-Unis, le 15 septembre 1963. Une bombe explose dans une église. Quatre petites filles qui suivaient l’école du dimanche sont écrasées par une plaque de béton. 1996, des églises noires sont incendiées dans le Sud des Etats-Unis. Comme une boucle infernale, le racisme continue de faire ses ravages. Avec Four Little Girls, qui fait le lien entre ces deux époques, c’est de mémoire qu’il s’agit. Non de la mémoire froide d’un récit journalistique, mais d’une mémoire corporelle, inscrite dans la chaire : celle des mères, des pères qui ont perdu leurs enfants innocents ; celle des frères, des soeurs, des amis qui portent encore la trace de ces absences. A l’image de cette sœur qui pleure de ne plus se souvenir des détails après 35 ans, de constater que la mémoire se perd et que pourtant la blessure est encore là, brûlante et déchirante. La mémoire du monde noir n’est pas de l’ordre du souvenir : elle est corporelle, elle n’est pas l’Histoire mais des histoires, faites de résistance, de blessures, d’avancées arrachées de vive lutte, sans cesse remises en cause. Les homme politiques de l’époque que nous donne à voir le film, comme le sinistre sénateur Georges Wallace, rappellent trop les voix xénophobes contemporaines…
Ces quatre petites filles ne sont pas mortes pour rien : ce dimanche de 63 marquera une date dans la lutte contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis, déclenchant une indignation médiatique internationale, ouvrant une nouvelle époque de résistance. Mais elles n’auront pas droit à un monument. A la même époque, à Dakar, le couple de La Noire de… d’Ousmane Sembène foulait du pied le monument colonial aux anciens combattants, marquant de leur insouciance l’absence de monument aux victimes noires. Par la grâce du cinéma, Spike Lee érige un monument à ces quatre enfants, et bien plus à cette mémoire d’un peuple qui justement aurait besoin de connaître sa propre Histoire pour exister en tant que peuple.
On lui pardonnera la redondance du film : l’occasion est si rare. C’est fort de sa réputation et de sa capacité à gagner de l’argent que Spike Lee a pu faire ce monument. Diffusé sept fois sur HBO, une des chaînes cablées les plus regardées aux States, Four Little Girls a pu atteindre à cœur des millions de spectateurs. On est loin de Malcolm X : ces quatre fillettes ne sont pas des héros ; elles sont à l’image des exclus, des sans-voix, des pourchassés de tous poils et toutes peaux. Elles sont la mémoire d’un peuple, la mémoire des opprimés, la mémoire du monde.

///Article N° : 504

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