Joël Salo :  » Être reconnu par ses pairs, c’est un signe ! « 

Entretien de Christophe Cassiau-Haurie avec Joël Salo

Alger, le 17 octobre 2009
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La bande dessinée burkinabè reste peu connue et peu diffusée. De par sa carrière, les prix qu’il a remportés et son renom, Joël Salo, par ailleurs peintre et caricaturiste, fait figure d’exception.

Quelle formation avez-vous suivi avant de vous lancer dans la bande dessinée ?
J’ai eu énormément de chance en terminal car j’avais été repéré pour mes talents de dessinateur. Après le Bac, j’ai obtenu une bourse de quatre ans (de 1991 à 1994) pour faire l’école des Arts plastiques de Ouagadougou en section peinture. Nous étions dix étudiants boursiers au départ. L’État avait créé cette école afin de former les futurs professeurs d’art plastique et de musique. J’y étais dès l’origine. En 1994-1995, l’école s’est ouverte à tout le monde jusqu’à devenir en 2008, le Conservatoire national des Arts et métiers avec comme disciplines la peinture, la BD, le décor et le dessin.
Une section BD dans une école d’arts en Afrique subsaharienne c’est un cas plutôt rare…
En effet. La section BD a ouvert ses portes en 2007. J’en suis l’un des professeurs et j’enseigne également en section peinture. Aujourd’hui, le CNAM compte 150 étudiants dont 30 en arts plastiques. Une sélection est effectuée pour ceux qui postulent en tant que boursiers, mais pour les autres l’accès est libre sous réserve d’avoir réussi le concours d’entrée.
Cette école permet-elle d’offrir de réels débouchés aux étudiants qui en sortent ?
Je ne peux parler que de mon cas. À ma sortie en 1995 j’ai été nommé conservateur de musée. J’ai ainsi travaillé au musée de Kaya, à 100 kilomètres de Ouagadougou où je suis resté trois ans. J’avais auparavant fait des stages à l’INA (Institut National des Arts) de Dakar et à l’INA de Bamako. Ma titularisation avait été précédée par une formation pratique au CRDS de Saint Louis du Sénégal (Centre de recherche et de documentation). En bref, un cursus sérieux et solide tout de même.
Vos diverses affectations à l’issue de votre formation peuvent sembler étonnantes ?
Et encore, ce n’est rien, puisque j’ai été nommé par la suite à la direction du patrimoine culturel de 1998 à 2007. Mais de 2000 à 2007, j’ai continué à travailler mes BD et ma peinture. Depuis ma sortie de l’école jusqu’en 2006, j’ai remporté 14 prix nationaux pour des affiches, des BD, des peintures, ce qui m’a permis d’avoir l’un des plus grands palmarès nationaux de la Semaine nationale de la culture qui a lieu à la biennale de Bobo-Dioulasso. Puis, en 2007, je suis allé par mes propres moyens aux États-Unis.
J’ai d’abord commencé par New York, puis je me suis rendu dans l’Ohio, à Kent City pour un semestre. J’avais des contacts avec l’Université de Kent, en particulier le journal de l’Université. Mon neveu y étudiait. J’ai donc travaillé comme  » cartoonist  » au Daily Kent Stater, je m’occupais plus particulièrement de la politique étrangère ou américaine. Ça se passait bien. Mais je ne voulais pas rester aux États Unis. J’ai continué via internet jusqu’à la fin de l’année 2008 avant d’abandonner, faute de temps.
Exercez-vous un autre métier parallèlement à vos activités artistiques ?
Je poursuis ma carrière au Burkina en tant qu’enseignant au CNAM depuis mars 2008 et je suis par ailleurs publicitaire.
Parallèlement aux divers travaux alimentaires qui me permettent de vivre, j’essaye de trouver du temps pour me consacrer à mes activités artistiques. En 2002, j’ai publié, Wambi, une histoire humoristique, avec le soutien du ministère burkinabé de la Culture. La même année, j’ai illustré un ouvrage d’Omar Nikiéma, L’enfant qui voulait voir dieu, chez Edicef – France. J’ai aussi participé à un concours sur les enfants soldats pour l’Unicef. L’année suivante, j’ai participé à Matite africana avec une planche sur Norbert Zongo – le journaliste burkinabé assassiné en 1998 – puis en 2004, Poko n’ira pas à l’école, une publication pour l’Unicef. Enfin, en 2006, j’ai participé à un album collectif sur Senghor, pour lequel j’ai dessiné une histoire sur un scénario de Sophie Kam.
Compte tenu de votre expérience, vous avez finalement peu publié d’albums…
Je suis surtout peintre et je voyage souvent, en particulier pour des expositions. J’ai donc peu de temps pour me consacrer à un travail d’auteur de BD qui nécessite concentration et engagement sur une année, voire deux. Et puis, comme beaucoup, je suis confronté au problème du manque d’infrastructures et d’éditeurs. De 2004 à 2008, j’ai également été caricaturiste, en particulier pour Bendre, un hebdomadaire de l’opposition. Tout cela m’a permis de recevoir quatre prix nationaux de caricature, dont le prix Norbert Zongo lors de la première édition du Festival international de la liberté de la presse de Ouagadougou. Tout cela occupe… Et puis il n’y a pas que les publications, les festivals et expositions sont également un moyen de montrer son travail. En 2007, une année décidément faste pour moi, j’avais participé à Kent City au Mainstreet festival où j’avais été élu meilleur « cartoonist », il y avait eu aussi la même année, des expositions de BD à Dakar, à Lucerne en Suisse, à Nouakchott et à Stuttgart. L’année précédente, j’avais été retenu à Angoulême pour l’exposition « Vues d’Afrique ». Au moment où je vous parle, je suis pour la troisième fois en un an à Alger dans le cadre du FIDBA. Donc, je ne pense pas que l’on puisse juger ce que je fais à mes publications. Être reconnu par ses pairs, c’est aussi un signe !
Quels sont vos projets ?
Tout d’abord, j’aimerais faire une BD sur un sujet qui me touche, à savoir les manœuvres politiques de l’Afrique, en particulier, celles des chefs d’État qui font n’importe quoi. Et puis, je rêve de créer un musée sur la caricature politique en Afrique, c’est un projet qui me tient à cœur. Enfin, j’ai une exposition de peinture prévue courant 2010 à New York, à l’Agora Gallery.
Si vous deviez choisir parmi vos diverses activités, vous définiriez-vous comme peintre, caricaturiste ou auteur de BD ?
Je n’arrive pas à choisir. Je suis un peu de tout cela à la fois, en fonction de ma sensibilité du moment, de mes aspirations… Ce que je sais, c’est que ma peinture influence ma technique de BD, en particulier, au niveau de mon utilisation des couleurs, car, je fais tout à la main. Avec l’ordinateur, je ne me sens pas travailler… Pour moi, une BD, c’est une toile sur laquelle je travaille avec des petits pinceaux. Sur mes BD en couleurs, on voit que je suis aussi peintre. Je ne fais pas du réalisme, car j’y suis moins créatif, j’ai l’impression que c’est moins personnel.
Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de la BD au Burkina Faso ?
Oui ! Je suis souvent critique vis-à-vis des pouvoirs publics, mais il faut aussi être honnête, quand les choses se passent de façon positive. Or, nous avons actuellement un ministre, Philippe Sawadogo, qui s’occupe énormément de la culture en général et des plasticiens en particulier. Ça peut paraître obséquieux de dire cela mais c’est un fait.

Depuis octobre 2009 :
Joël Salo a participé au Festival de la caricature de Yaoundé (FESCARY), durant l’été 2010. En décembre de la même année est sorti un recueil de ses dessins satiriques : Reflets du monde, dont une version en anglais est également prévue.///Article N° : 10251

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