La Chiva Colombiana

D'Edimo et Kabuika

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Quand, avec la complicité d’une jeune maison d’édition française, la BD africaine nous transporte en Colombie pour nous offrir un album qui devrait faire date, on ne peut que se réjouir de le voir en librairie…

En Colombie, vers 2010, une lutte féroce oppose encore les narcotrafiquants et les groupes paramilitaires aux troupes de l’armée régulière qui parviennent à regagner peu à peu le terrain perdu au cours des années précédentes. C’est dans ce contexte de violence qu’une bande de jeunes délinquants, composée de Blancs, de Métis et de Noirs, se débrouille en vivant de rapines et de vols à la tire dans un village situé à proximité de Buenaventura. Dans les faubourgs crasseux de cette grande ville portuaire de la côte pacifique, la population, fortement touchée par le chômage, est constituée en majorité de Palenkés, les descendants d’esclaves encore victimes du racisme qui perdure à leur égard au sein d’une population blanche, retombée elle aussi dans la pauvreté et rongée par la peur qu’une balle perdue ne mette un terme brutal à sa déchéance sociale.
Ces jovenes delincuentes, dirigés par Ortiz, descendent régulièrement en ville pour se défouler et faire leurs frasques. Des narcotrafiquants les repèrent et finissent par convaincre certains d’entre eux, dont Lucia, la fille de la bande, que le seul vrai moyen de s’enrichir est de se lancer dans le deal de la drogue, ce que refusera Ortiz qui perdra alors ses prérogatives de « chef » et se fera éjecter violemment du groupe… Réfugié chez un ami dans un quartier chaud de la ville, au fil du temps et des épreuves, ses différentes rencontres le conduiront progressivement à modifier sa façon de voir le monde qui l’entoure, alors que l’enfer sera réservé à ses anciens camarades…
Le dessin atypique de Fati Kabuika, dont la mise en couleur est surprenante, ainsi que le découpage des planches qui semblent avoir été réalisées dans l’urgence, conviennent parfaitement au récit conçu et orchestré à distance par Edimo. L’album nous transporte dans un univers où la pitié n’est certes pas de mise mais où, pourtant, la chaleur humaine et l’amitié sont présentes tout au long du récit, comme dans un parcours initiatique…
Un seul regret, le texte des dialogues aurait mérité un meilleur lettrage.
Cet album, extrêmement original par sa facture, est une première dans le genre, comme le fut Missy du Congolais Hallain Paluku(1), dans un autre style, mais tout aussi surprenant : deux OVNI à l’avant-garde de la BD africaine, mais à six ans d’intervalle… Il est grandement temps que des éditeurs s’intéressent à la publication et à la promotion de tels ouvrages, trop méconnus des lecteurs d’Europe et d’Afrique…

1. Hallain Paluku,  » Missy « , scénario de Benoit Rivière. Édition La Boite à Bulles/Champs Libres, 2006.Lire également [l’entretien d’Alain Brézault avec Edimo], à l’occasion de la parution de l’album.///Article N° : 10690

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Les images de l'article
Portrait de Fati Kabuika © Edimo/Kabuika/Les Enfants Rouges
Portrait de Christophe Ngalle Edimo © Edimo/Kabuika/Les Enfants Rouges




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