» Le cinéma de demain sera numérique ou ne sera pas « 

Entretien d'Yvette Mbogo avec Mérimé Padja, directeur du festival Yaoundé-tout-court

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Sans subvention véritable, Mérimé Padja a fait d’un coup d’essai un coup de maître. La première édition du festival Yaoundé tout court, consacré à de jeunes réalisateurs, s’est tenue en septembre 2003 au Centre culturel français François Villon à Yaoundé et a fait salle comble.

Pourquoi un festival de courts-métrages pour de jeunes réalisateurs ?
Le court-métrage est la porte d’entrée dans le monde du cinéma. Ces oeuvres sont marginalisées parce qu’il n’y a pas suffisamment d’espace pour la diffusion.  » Yaoundé tout court  » est une vitrine qui donne aux nombreux jeunes réalisateurs l’opportunité de présenter leurs films au public. Or, il se trouve que la plupart de ces jeunes commencent par la vidéo, de plus en plus accessible, et notamment par le numérique qui gagne du terrain.
Quels sont les enjeux de votre festival ?
C’est d’abord de se faire plaisir et de rassembler un maximum de gens, leur montrer autant d’images que possible qui touchent à nos propres réalités. Le festival est le miroir de notre société. On vient se regarder à l’écran, ce dont on n’a pas l’habitude. Sur nos écrans, petits ou grands, ce sont les images des  » autres  » qu’on voit tous les jours, comme si nous n’existions pas. C’est tout cela qui explique la popularité de ce festival dès sa première édition.
Quels sont les critères de choix des films ?
Le critère principal est la qualité, autant sur le plan artistique que sur le plan technique. Nous avons une commission de sélection de films, constituée de professionnels et de cinéphiles. Les films sont retenus avec l’aval de tous.
Le support numérique va-t-il se généraliser ?
Le cinéma de demain sera numérique ou ne sera pas. Aujourd’hui, celui qui veut vraiment faire du cinéma en Afrique est obligé de passer par le numérique. Un grand nom du cinéma africain comme Idrissa Ouédraogo a même monté une maison de production vidéo. Pour un film en 35 mm, les bailleurs de fonds exigent des sujets à leurs goûts pour financer les projets et tout cela limite l’artiste dans son génie créateur. Or, avec le numérique, on a son matériel à sa disposition et on travaille à sa guise.
A votre avis, pourquoi les nouveaux formats comme la vidéo et le numérique n’arrivent-ils pas à décoller au Cameroun, alors que nous avons un organe important de diffusion comme la Cameroon Radio and Televison (CRTV) ?
Il y a peu de choses qui arrivent à décoller dans notre pays. Vous parlez de la CRTV qui a de vieilles habitudes et qui continue de travailler avec le Beta. La CRTV appartient à une certaine catégorie de structure pensant encore tirer les ficelles de la diffusion au Cameroun. Tout ce qu’on peut faire, c’est de s’intéresser aux nouveaux professionnels, leur faire comprendre la nécessité de travailler avec le numérique qui ne leur coûte pas cher. Le numérique n’a pas besoin d’une promotion particulière ; il se promeut lui-même.
Avec la prolifération des nouveaux supports vidéo et numérique, pensez-vous que la production cinématographique camerounaise a la chance de connaître un nouvel essor ?
Evidemment, nous y sommes de plain-pied. Les Camerounais n’ont plus d’excuse ; ils sont désormais au même niveau ou presque que les jeunes Européens. Quand un nouveau logiciel de montage sort en Europe, il est tout de suite disponible au Cameroun. Les jeunes Camerounais de Douala, de Yaoundé ou de Nkongsamba ont accès à ces caméras au même titre qu’un jeune Français. Le numérique a démocratisé l’audiovisuel qui jusqu’ici était mystifié au Cameroun.
L’organisation de votre événement a-t-elle été facile ?
Pas du tout. Un festival organisé sans sponsor, sans partenaire financier rencontre évidemment des difficultés énormes. Mais nous étions animés par la passion, le désintérêt, le dynamisme. Je pense que la leçon qu’on peut tirer d’un exemple comme le nôtre est que les pays du Sud peuvent faire de grandes choses sans avoir besoin de compter sur de grands budgets.
Pensez-vous qu’à l’allure où le numérique tend à s’installer au Cameroun on puisse avoir des salles adaptées pour ce type de diffusion ?
Au Cameroun, on n’a pas de choix, on est obligé de s’aligner. Avec le temps, on pourra avoir des salles modestes de 300 à 400 places. Je pense que les grandes salles de 1000 places comme le cinéma Abbia sont appelées à mourir, à moins d’être converties à autre chose. L’avenir de la diffusion tel que je le vois est dans la vulgarisation de petites salles de 200 à 300 places. Ce qu’on appelle ici les  » vidéo-club  » se transformeront en salles de cinéma.

///Article N° : 3526

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