Le devenir incertain de l’AITV

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L’Agence internationale d’images de télévision (AITV), filiale de France Télévisions dédiée à la couverture de l’actualité internationale et africaine devrait bientôt être cédée. Faute de repreneur, cette agence de presse œuvrant depuis 25 ans pourrait disparaître.

« L’AITV ? Je ne sais pas de quoi il s’agit ». Au standard de France Télévisions, certains semblent ignorer jusqu’à l’existence de l’Agence internationale d’images de télévision (AITV). Filiale basée à Paris et dédiée à l’actualité internationale et plus particulièrement africaine, l’AITV fait pourtant partie intégrante du groupe… du moins pour l’instant. Car depuis le 13 septembre 2013, la nouvelle circule : France Télévisions voudrait céder cette rédaction. Aucune annonce officielle n’a été faite, mais à cette date, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et la CGT se sont fendus d’un communiqué de presse et les « AG » ont commencé à s’organiser. La veille, Thierry Tuillier, directeur de l’information à France Télévisions s’était déplacé dans cette rédaction de 28 journalistes pour faire part de cette décision. Ce dernier aurait justifié son projet « par la baisse annoncée pour 2014 du montant du contrat liant France Télévisions à Canal France international (CFI) », selon les syndicats. CFI, principal client de l’AITV, achète ses reportages pour les diffuser sur 77 chaînes du continent africain. L’AITV fonctionne en effet sur le principe de l’agence de presse et alimente également les journaux de TV5, France ô et France 24. Là encore, CFI n’a pas officialisé la baisse du montant de ce contrat qui s’élevait en 2013 à 1,7 million d’euros. Une annonce qui ne saurait tarder. Étienne Fiatte, le directeur général de CFI a choisi de s’exprimer exclusivement dans les colonnes du magazine Jeune Afrique.
Un choix qui affectera l’Afrique
Cette baisse de revenus intervient alors que France Télévisions affiche sa volonté de diminuer ses dépenses dans un contexte de baisse de sa dotation publique et de ses recettes publicitaires. « Notre contrat avec CFI nous rapporte 1,7 million d’euros et celui passé avec France 24, 300 000 euros. Les salaires et les frais techniques nous coûtent dans les 4 à 5 millions. En prenant ces chiffres, évidemment nous sommes déficitaires », explique Didier Givodan, délégué SNJ et journaliste à l’AITV. Mais pour lui, la fourniture de reportages pour TV5 et France ô devrait également être valorisée et prise en compte dans ce calcul. « À l’instar des autres activités du groupe, l’AITV n’a pas à être à l’équilibre. Simplement, il y a des économies à faire et ce choix s’est porté sur nous car il affectera essentiellement des correspondants africains et des antennes du continent », estime Didier Givodan. Forte de son réseau de 30 journalistes en Afrique dont près de 95 % sont des correspondants locaux, l’AITV permet en effet d’assurer un réel suivi de l’actualité africaine et internationale avec la réalisation de sept sujets par jour en français et en anglais. Cette logistique développée au cours des 25 dernières années, permet ainsi l’alimentation d’un réseau panafricain. « Aujourd’hui quiconque connaît le continent africain, sait que les images ne circulent pas facilement entre les différents pays », rappelle Didier Givodan.
Remise en cause du principe d’agence
Outre l’argument budgétaire, ce serait justement cette logique d’agence qui serait remise en cause par le groupe. « L’optique est aujourd’hui de renforcer les journaux télé et les magazines. La structure d’une agence n’a plus sa place au sein du groupe. Le traitement de l’actualité africaine et internationale n’est en revanche pas remis en cause », estime une source qui connaît bien ce dossier à France Télévisions. « L’idéal serait que l’AITV trouve un repreneur », indique cette même source. Dans le cas contraire, les salariés auront soit la possibilité d’accéder au plan de départs volontaires qui ouvrira fin 2013. Soit ils seront affectés dans d’autres rédactions du groupe.
« Pour nous, ce n’est pas à la direction de France Télévisions de décider si la mission d’agence relève du service public ou non mais bien à l’État », prévient Didier Givodan. « Nous n’avons pas choisi de faire parti de France Télévisions », ajoute Gabrielle Lorne, déléguée CGT. L’AITV n’est en effet rattachée au groupe France Télévisions que depuis la loi de réforme de l’audiovisuel de 2004. Date à laquelle Réseau France outre-mer (RFO), ancien organisme de tutelle de l’AITV, avait été intégré au groupe France Télévisions. En 2008, au moment de la création de France médias monde (anciennement audiovisuel extérieure de la France) regroupant France 24, RFI et TV5 Monde, l’AITV est néanmoins restée intégrée à France télévision.
Aujourd’hui, bien décidés à ne pas laisser leur service « disparaître en catimini », le SNJ et la CGT ont d’ores et déjà saisi les instances paritaires. Le comité d’hygiène et de sécurité se réunira mercredi 25 septembre et un comité d’établissement aura lieu le lendemain. En attendant, [une pétition en ligne], déjà signée par des grands artistes, comme Youssou Ndour…

///Article N° : 11808

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