Le Franc

De Djibril Diop Mambéty

Le courage des gens francs
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Les deux derniers films du Sénégalais Djibril Diop Mambéty sortent groupés le 6 octobre dans les salles françaises. Nous avons déjà publié une analyse admirative de La Petite vendeuse de soleil dans Africultures 18. Le Franc, son précédent film, n’en est pas moins une merveille.

Marigo, qui ressemble beaucoup à Mambety, n’a plus son instrument : sa logeuse lui a confisqué car il ne payait pas son loyer. Un billet de loterie gagnant serait le moyen de le récupérer, mais il l’a collé sur sa porte. Sa dérive à travers Dakar, trimbalant sa porte pour le décoller, le conduit vers la mer. Le mirage du billet gagnant, dans un monde qui ne respecte ni l’homme ni son environnement, ne peut qu’être un vertige vers autre chose et se perdre dans les eaux. Face au pouvoir de l’argent,  » l’homme franc  » n’a pour dernier recours que la dérision, le rêve et la sérénité.
Le Franc est un labyrinthe de visages, de regards, d’objets, d’images paradoxales et métaphoriques. Un désordre que le spectateur cherche à décoder : ce travail est la condition d’une vision libre, la construction d’un nouvel ordre dont l’équilibre n’est pas la simple représentation de la réalité mais une nouvelle compréhension. Chacun relie à sa façon les éléments du puzzle défilant sur les images. Parce que ce langage cinématographique est un artifice et jamais une fin en soi, parce qu’il puise ses  » histoires de petites gens  » dans l’expérience quotidienne des  » gens francs « , ce corps à corps avec l’image s’apparente à une auto-dérision tragi-comique dont la poésie touche au cœur et force à l’émotion.

///Article N° : 1025

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