Les Fruits de l’Archipel (1)

« La pensée archipélique convient à l’allure de nos mondes. Elle en emprunte l’ambigu, le fragile, le dérivé. Elle consent à la pratique du détour, qui n’est pas fuite ni renoncement. Elle reconnaît la portée des imaginaires de la Trace, qu’elle ratifie. Est-ce là renoncer à se gouverner ? Non, c’est s’accorder à ce qui du monde s’est diffusé en archipels précisément, ces sortes de diversités dans l’étendue, qui pourtant rallient des rives et marient des horizons. Nous nous apercevons de ce qu’il y avait de continental, d’épais et qui pesait sur nous, dans les somptueuses pensées de système qui jusqu’à ce jour ont régi l’Histoire des humanités, et qui ne sont plus adéquates à nos éclatements, à nos histoires ni à nos non moins somptueuses errances. La pensée de l’archipel, des archipels, nous ouvre ces mers«  Édouard Glissant

Quelle meilleure introduction à notre propos que cette dénonciation de la pensée de système, de l’unique, au détriment du tiers, du métissage et de toute cette richesse qu’Édouard Glissant magnifie dans l’idée de digenèse et de créolisation (2)? Où, mieux que dans ce foisonnement incontournable du multiple, de l’universel, dans ce « chaos-monde », pourrait-on transgresser les monothéismes et la fragmentation des connaissances ? Notre monde est ainsi fait qu’il délie, focalise, avorte toute verbalisation créatrice dès lors qu’elle empiète sur le terreau d’un isthme qui n’est pas le sien. Ains...

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