Migrations et Mondialité

Entretien de Landry-Wilfrid Miampika avec Édouard Glissant

Paris, le 29 juin 2002

Poète, romancier et philosophe martiniquais, Édouard Glissant propose une compréhension vivifiante des enjeux de la mondialisation culturelle. A travers cette réflexion sur la migration, l’exil, l’errance – comme préalables nécessaires pour appréhender la créolisation dans une mondialité opposée à la mondialisation -, Édouard Glissant suggère des voies de résistance à l’uniformisation actuelle des valeurs culturelles en accordant une prépondérance aux imaginaires artistiques et littéraires.

Qu’évoque pour vous le mot migration ? D’abord des expériences personnelles, c’est-à-dire les migrations des Antillais vers la France. Cette immigration est très spéciale parce que depuis 1946, les Antillais sont des citoyens français qui sont même appelés à travailler dans les services officiels français comme douaniers à Orly ou à Roissy, comme femmes de salle dans les hôpitaux ou comme employés à la poste. Ils sont, par conséquent, des immigrés favorisés par rapport aux autres immigrés de France, qu’ils soient Portugais, Sénégalais ou Africains en général. Bien sûr, les conditions réelles, si elles sont un peu meilleures, sont à peu près semblables parce que les Antillais, un peu comme les autres, sont regroupés dans des banlieues comme Sarcelles ou Créteil. Ils connaissent, à peu près, les mêmes conditions quoi qu’ils soient relativement protégés par le statut de citoyen français. Mais les conditions de déracinement sont à pe...

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