Mwezi WaQ. primé : la reconnaissance de la profession

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Les membres du jury de l’Académie Charles Cros ont décerné un « Coup de cœur Musique du monde catégorie mémoire vivante » au premier album de Mwezi WaQ. le 23 mars 2012 dernier au Babel Med à Marseille. Enregistré à Moroni au Studio Chebli, mixé à Paris par Baco Mourchid au Hiriz Studio (à l’exception de deux titres), l’album Chants de lune et d’espérance rend hommage au patrimoine musical de l’archipel des Comores, tout en le réinventant.

Sorti chez Buda Musique, édité par RFI, distribué par Universal et soutenu par Washko Ink., l’album se réclame d’un ancrage populaire, empruntant à la fois au sacré et au profane pour satisfaire aux besoins d’une festa comorienne d’un genre nouveau. Les chansons y parlent d’un pays encore debout malgré les tutelles foireuses et les temps d’incertitude. 13 titres taillés à même la lave de cette terre insulaire où les influences, multiples, réservent de très belles étrangetés, à commencer par ce titre en ouverture, ramené du temps des hwimbia misi (chant de pêcheur à la ligne) grâce à une archive sonore jusque-là oubliée du commun des mortels. Un album qui reste décontracté, passionné, passionnel, piquant, fiévreux par moments, et foncièrement acoustique. Avec une maturité et une poésie qui surprennent…
La dizaine de musiciens qui se sont retrouvés autour de ce projet, initié au Muzdalifa House en 2011, avait le projet de « s’emparer du legs » pour lui redonner un second « souffle », en faisant leurs les interrogations d’un pays en crise. D’où le titre de ce premier Mwezi WaQ., « chant de lune et d’espérance ». Pour la petite histoire, sachez que Mwezi WaQ. est un collectif à géométrie variable, rassemblant des musiciens aussi différents et aussi inspirés que Soubi, virtuose incontesté du ndzendze, devenu joueur de gambusi, Kosty, néotransfuge du twaarab et brillant guitariste pop, ou encore Baco, oiseau des quatre mondes, parti de Mayotte pour défendre le zangoma style dans le vaste tumulte de la sono mondiale.
Il y a là aussi Nkenke, un des principaux acteurs du folk des années Boul, Nico, percussionniste féru de reggae et de mouvances roots, Fouad Mwepvambi Tadjiri, également guitariste, tous deux issus de la jeune garde montante de la scène moronienne, Balandra, gadzaïste aux impros percutants, et Hacen Djeghbal, un complice de Baco. Tous se retrouvent aux côtés de Soeuf Elbadawi, auteur et comédien, passé au chant «  par accident » dit-il. « C’est un projet longtemps suggéré à des camarades, musiciens. J’espérais juste en être, en les accompagnant, pouvoir écrire deux ou trois chansons, chanter un couplet par plaisir, sans plus. Mais le scénario ne s’est pas déroulé comme prévu ».
Réaliser ce premier Mwezi WaQ. relève néanmoins de la même dynamique ayant nourri les trois précédents albums produits par Soeuf Elbadawi pour le compte du label parisien Buda Musique : « Une histoire d’amitié et de découverte, en réalité ». « Musiques traditionnelles des Comores », « Zaïnaba chants de femmes des Comores », « Ali.amani chants soufis des Comores », albums sortis respectivement en 1998, 2004 et 2008, trouvent un écho inattendu en ces « chants de lune et d’espérance », qui repensent l’héritage musical de l’archipel dans une approche contemporaine, stimulante, assez maline. « Une musique qui parle au Comorien d’aujourd’hui et qui contribue à élargir le cercle. Nous nous adressons aussi au monde alentour ».
Au car(ni)val des défenseurs d’une époque marquée par le mimétisme et le conformisme, Mwezi WaQ. oppose une manière d’échapper au figé ancestral, en ne s’appuyant sur le legs que pour mieux se projeter dans l’ailleurs. Un ailleurs, certes, improbable, mais rendu jouissif par une certaine fraîcheur dans l’interprétation. Les musiciens embarqués dans Mwezi WaQ. perturbent par ailleurs des genres et des formes établies, et donnent à entendre, surtout, un matin de tous les possibles, dans un pays où l’horizon, d’ordinaire, semble en tous points fermé.

Chant de lune et d‘espérance, Mwezi WaQ. (Buda Musique/ Universal)///Article N° : 11440

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Les images de l'article
Pochette du disque
Nkenke lhomme des années Boul © Soeuf Elbadawi/ Washko ink.
Soubi, virtuose au ndzendze © Soeuf Elbadawi/ Washko ink.
Soeuf Elbadawi © Mourchid Abdillah/ Washko ink.
Baco du Zangoma Style © Soeuf Elbadawi/ Washko ink.
Le guitariste néo-twaarabu Kosty © Soeuf Elbadawi/ Washko ink.




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