Rachid Taha et Moi

Commentaire à chaud d'un concert du charismatique Rachid Taha (19 janvier 2008, Espace Jules Verne, Brétigny sur Orge, 91).

Print Friendly, PDF & Email

Rachid Taha dans mon esprit c’était Carte de Séjour, et « Douce France », que j’écoutais lorsque j’étais ado. J’entendais son nom ensuite de loin en loin, sans vraiment suivre sa musique. En 1998, des amis algériens m’avaient parlé de « Diwan », son album hommage aux classiques du répertoire oriental. Il aura pourtant fallu attendre encore dix ans avant que je ne découvre cet artiste sur scène, et que je mesure enfin toute l’étendue de son talent.
Retour à Brétigny donc, lorsque Rachid Taha débarque, petit bonhomme tranquille avec son chapeau vissé sur le crâne. Le spectacle peut commencer. Ses fans aussi sont présents, qui scandaient son nom déjà depuis un bon moment : des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes… toutes origines confondues. Première surprise pour moi : j’ai beau être une habituée des salles de concerts, il m’a rarement été donné d’observer une telle diversité dans le public ! Deuxième surprise : Rachid commence par nous présenter ses musiciens. Je comprendrai pourquoi par la suite : ils sont tous meilleurs les uns que les autres, et donnent l’impression de former une grande famille. N’ayant pas emporté mon calepin avec moi ce soir-là, je n’ai malheureusement retenu que deux noms : Hakim Hamadouche, génial joueur de mandoluth à la voix envoûtante, et Rachid Belgacem, excellent percussionniste. Que les autres me pardonnent…ils étaient tous très bons et ont participé pour une grande part au succès de la soirée.
Vingt et une heures : alors que nous sommes confortablement calés dans nos fauteuils, Rachid nous harangue, du haut de ses 1 m 60 : « Allez, debout, vous n’êtes pas devant la télé là »… aussitôt dit, aussitôt fait, tout le monde se lève, et se met à taper dans ses mains, certains commencent même à danser… le ton est donné. Pendant deux heures, les morceaux vont s’enchaîner, tous plus entraînants les uns que les autres, ponctués par les « Rachid, on t’aime » du public, les petites digressions de l’artiste, qui dénonce encore et toujours les injustices, le racisme, la bêtise…ou qui se moque gentiment de ses fans qui ne cessent de le prendre en photo avec leurs téléphones portables : « Et, oh ! Vous arrêtez avec vos portables…. Allô Oran, je suis à un concert de Rachid Taha, attends, attends, je t’envoie sa photo…. ! ». Dans la salle le public se marre. C’est aussi pour ça qu’on l’aime je crois, sa franchise, sa fraîcheur…. À une époque où tout un chacun a peur de déplaire, Rachid Taha semble se moquer de ce que l’on pense de lui. Il a des choses à dire et ne se gêne pas pour le faire, clamant haut et fort ce que bon nombre d’entre nous pensent tout bas (« Vous avez fait attention, Carla Bruni, ses initiales, C.B., comme Carte Bancaire »…). Touchant aussi Rachid, lorsqu’il chante « Écoute moi camarade » et finit à genoux, tel un oisillon tombé du nid… on aimerait alors pouvoir le rejoindre sur scène et le serrer dans nos bras. C’est parfois comme ça qu’il m’apparaît ce soir-là : un homme blessé, blessé par la vie, blessé par les hommes, mais qui se relève, encore et toujours. Qui est là, généreux, sensible, avec à bientôt 50 ans la même rage au cœur qu’il avait à 20 ans. Le concert se finit en apothéose, alors que certains de ses fans le rejoignent sur scène pour danser avec lui : « Regardez ces femmes comme elles sont belles….viens mon frère, viens dans mes bras ». Suivront un premier, un deuxième rappel…. Rachid revient avec une magnifique veste rouge « ayant appartenu à Elvis Presley…que même Johnny Hallyday voulait lui racheter… ». On sort de la salle gonflée à bloc, ravis d’avoir vécu un tel moment, le sourire aux lèvres et des étoiles plein les yeux. « Avec moi, plus besoin de médecin » disait Rachid quelques minutes plus tôt…Merci Monsieur Taha.

Extraits de son dernier album, « Diwan 2 », en écoute sur son site officiel: http://rachidtaha.artistes.universalmusic.fr
Prochain concert : samedi 02 février 2008 à l’Espace Lino Ventura (Garges les Gonesses, 95)///Article N° : 7284

  • 28
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire