Un outil culturel pour la jeunesse

Entretien de Sylvie Chalaye avec Florisse Adjanohoun (Limoges 1999)

Limoges, septembre 1999
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Le conte en Afrique semble être un genre à la fois littéraire et théâtral important. Comment expliquez-vous cet intérêt pour le conte ?
L’intérêt pour le conte vient d’abord de l’oralité : il n’y a pas longtemps, on soutenait encore que l’Afrique était dépourvue de culture, et tout ce qui nous restait était la littérature orale dont le conte constitue l’un des fleurons et surtout le réceptacle de ce que, de générations en générations, nous nous sommes transmis. A cela il convient d’ajouter la facilité apparente et la souplesse du conte. Le conte est un extraordinaire outil de communication.
Pensez-vous que les spectacles de contes s’adressent en particulier à la jeunesse ?
C’est tout public. Le conte est universel.
Peut-on dire que, grâce au conte, l’Afrique s’intéresse un peu à sa jeunesse par rapport à l’Europe où l’on a énormément de mal à produire un théâtre pour la jeunesse.
Il faut dire qu’à Cotonou avant de s’intéresser au conte, on faisait beaucoup de théâtre classique, et on ne se reconnaissait pas bien dans ce théâtre qui venait d’ailleurs. Autant dire qu’on ne s’y retrouvait pas. En fait, ce qu’on a fait n’a rien de révolutionnaire ; cela existait déjà. On n’a fait que théâtraliser ce qui sommeillait là depuis longtemps. Et le conte est en effet un instrument important pour capter l’intérêt des plus jeunes.
Voulez-vous dire qu’il y a à la fois le contenu éducatif mais aussi ce qu’il représente symboliquement par rapport à la tradition africaine ?
Tout à fait. Par exemple pour Atakoun, j’ai essayé de l’écrire avec une sensibilité africaine, plus précisément béninoise, sans perdre de vue que le conte, en tant que forme littéraire et outil de communication, préexiste à toute autre considération.
Il y a dans la dramaturgie d’Atakoun, le fait que ce n’est pas un récit à une voix mais à quatre voix. En outre on a l’impression que le conte se découvre, s’écrit tout le temps, comme si, sans préparation préalable, les acteurs eux-mêmes cherchaient l’histoire. Est-ce une volonté esthétique ou le fait de la tradition béninoise ?
En fait, la tradition béninoise, c’est tout simplement raconter une histoire autour d’un feu, un jour de clair de lune. J’ai trouvé cela assez banal et j’ai voulu justement sortir de ce cadre traditionnel afin d’intéresser, au-delà du public béninois, d’autres publics issus d’autres cultures. Je me suis donc posé la question de la théâtralisation du conte et je me suis dit qu’il fallait supprimer le conteur et mettre à sa place des comédiens qui joueraient simplement une histoire où la musique et la danse se mêlent, et où l’on retrouve plusieurs cultures africaines.
Parce que les quatre comédiens ne sont pas issus de la même culture ?
Non. Nous sommes Béninois mais il y a des Yoruba, des Fon et des Batonou. Nous sommes d’une certaine manière un petit noyau représentatif du Bénin.
Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’une théâtralisation de l’histoire mais d’une dramatisation de la parole qui a un statut mouvant.
Tout à fait. A une veillée de conte, le conteur à lui aussi ses intonations, ses inflexions et surtout, même à son insu, il incarne les différents personnages. Je me suis dit qu’il fallait aller plus loin et parler non plus avec sa voix, mais avec son corps.
Il y a enfin une chose très forte dans ce conte, c’est toutes les métamorphoses qui confèrent au spectacle une dimension cinématographique. Ces métamorphoses sont-elles propres à la tradition du conte africain ?
En fait, il s’agit souvent du fruit de mon imagination, mais les métamorphoses sont légions dans les contes africains. Ces métamorphoses ont surtout une fonction dramaturgique, elles forment d’une certaine manière le décor virtuel de la pièce qui, comme on a pu le voir, se joue sans décor. Il s’agit avant tout de créer un univers qui fasse oublier au spectateur l’absence de décor concret et lui donne la sensation qu’il regarde un film.

Atakoun
conte théâtralisé de Florisse Adjanohoun
par le Théâtre Wassangari
Espace Noriac
direction : Marcel Orou Fico (Bénin)
mise en scène : Urbain Adjadi (Bénin) ///Article N° : 1067

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