Juste après la fin du tournage de « La Colère des Dieux », Idrissa Ouedraogo opte pour un cinéma de proximité adapté aux moyens de l’Afrique et apte à concurrencer l’invasion par satellites d’images télévisuelles où l’Afrique est absente.
On retrouve dans Un soir de juillet la belle sensualité développée par la réalisatrice d’Avril et de Satin rouge : une attention pour les gestes et les corps respectant profondément ses personnages et sur laquelle peut se bâtir un langage. C’est après avoir fixé les va-et-vient des mains, les tentatives, les écoutes, les reculs, que la caméra pourra cadrer en gros plan le beau visage de la vieille chargée de préparer la jeune mariée pour la cérémonie. C’est après l’avoir suggéré par quelques remarques toutes en douceur que la connivence peut s’installer entre les deux femmes, et que l’impossible devient…
Nouveaux films destinés au public afro-américain aux Etats-Unis
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Africultures | Critique
Barbershop, Brown Sugar, For Real et Snipes sont quatre films fort différents qui ont quelque chose en commun : leurs protagonistes sont des Afro-américains qui pour trois d’entre eux travaillent dans la musique, le quatrième n’étant autre que Ice Cube qui s’il est coiffeur dans Barbershop ne l’est pas dans la vie. Pour être plus précis, il ne s’agit pas de n’importe quelle musique mais de hip-hop, cette musique à qui on prédisait une mort précoce il y a maintenant vingt ans. Loin de mourir, c’est en partie grâce à la musique elle-même, à la popularité des rappeurs qui tiennent les…
Tout est affaire d’ambiance dans Tèt Grené. Et de cassure. Aux marges de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Il y a ceux que la vie a déjà cassé : le père devenu alcoolique, sa fille qui dérive mentalement et sa relation avec le ténébreux qui ne travaille plus pour s’occuper d’elle Et il y a le tout jeune qui risque bien de faire comme les adultes, un pied dans les trafics et dans les drogues. Sally, une Dominicaine qui doit se ranger après avoir affronté un trafiquant, débarque dans leur monde déjanté et apporte détermination et positivité. On croit un moment que…
Entretien d'Olivier Barlet avec Daniel Sanou Kollo
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Africultures | Entretien
Cela fait quinze ans que vous portez ce scénario Oui, il a évolué et mûri avec beaucoup de difficultés. J’ai eu des déconvenues avec des producteurs. C’est finalement ma rencontre avec Les Films du Mogho, dirigés par Toussaint Tiendrébéogo qui a permis de concrétiser le projet qui, aujourd’hui, arrive à point nommé. C’était initialement un film historique qui devait retracer l’histoire d’un ancien combattant depuis sa libération de l’armée française. Les anciens tirailleurs qui y ont fait 15 ans vivent aujourd’hui avec une pension de retraite qu’ils touchent chaque trimestre. Le montant de leur pension équivaut à peine au tiers…
Tasuma s’attache à un personnage attachant et là réside à la fois sa force et son pouvoir de conviction. Sogo Sanon, ancien combattant engagé de force dans l’armée française pour servir en Indochine et en Algérie puis libéré après l’indépendance en 1963, est un homme hors du commun. Anticonformiste et pacifiste, il n’est pas un idéologue à pancartes mais un être sensible, fidèle à son parcours malgré la dureté et atteint dans sa dignité par l’injustice faite aux anciens « tirailleurs » dans l’inégalité de traitement par rapport à leurs collègues français. Surtout, il a une détermination utile, s’investissant pour le bien…
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Florence Santos da Silva | Reportage/festivals
Idrissa Ouédraogo, l’un des réalisateurs africains les plus prolixes, a choisi sa province natale, le Yatenga au Burkina Faso, comme décor de son prochain long métrage. Récit d’une rencontre, au 17ème jour de tournage.
Avec un évidente sympathie pour leur sujet mais sans complaisance aucune, c’est-à-dire avec un regard de simples témoins, Laurence Gavron et Hamidou Dix explorent les facettes tant publiques que privées d’un personnage multiple qui a marqué toute la musique sénégalaise jusqu’aux rappeurs. On le verra ainsi chanter avec Didier Awadi de Positive Black Soul qui lui rend allégeance : « C’est un guide avec une philosophie de la musique ». Mais aussi avec Youssou N’Dour en concert. Le xalam du griot rejoint le mbalax en un même appel aux valeurs de conciliation sociale. El Hadj Ndiaga Mbaye chante l’abnégation et la foi,…
Ce qui passionne dans That’s my face, c’est le parallèle établi à partir du vécu entre la remise en cause identitaire et la démarche spirituelle. Le réalisateur parle à la première personne : il entrelace des images personnelles en super 8, des souvenirs et des impressions pour développer une introspection où les croyances de son enfance (parents méthodistes) et de son appartenance africaine (orishas) cessent de se faire concurrence et donc prennent véritablement sens quand elles apparaissent comme les facettes d’une diversité acceptée. C’est ainsi lorsque le réalisateur « réalise » que la diversité des images qu’il peut « réaliser » sont à l’image…
« Tire la chasse et oublie ! » Cette phrase lâchée après une descente de flics volontairement ravageuse dans les locaux de Radio Favela résume la philosophie de ce film vivifiant : plutôt que de s’enfermer sur une position victimaire, aller de l’avant, résister et agir. Le racisme existe au Brésil, comme le rappelle une séance dans une école sur le thème de l’esclavage et le soupçon systématique envers le Noir dès qu’il y a une bagarre. » Uma onda no ar » est un appel à réagir, à se prendre en mains, à passer à l’action, même avec des moyens dérisoires. Ces…
Situé à la fin de l’époque coloniale, « O Gotejar da Luz » (le ruissellement de la lumière) pose la question de l’appartenance à une terre d’enfance, le Mozambique, que le héros ne se console pas d’avoir quittée. Le problème est qu’il ne se pose aucunement comme la fin d’une époque et que, dans un habillage de nostalgie assénée à coups de violons et d’éclairages en demi-teintes, il restaure dans son traitement le vieux rapport colonial sans le remettre en cause. Il y a dans le fado portugais la nostalgie d’un empire perdu. Même si le film fait sentir à travers la…
« Le Pacte de Bamakof » suggère une idée simple qu’il est pourtant essentiel de rappeler sans cesse : les gens du peuple ne sont pas dupes, leur conscience est aiguë, leur réflexion sur le monde permanente. Manthia Diawara les rencontre dans les rues de son enfance et leur connivence ouvre à ce constat : un pays se cherche, qui pense la démocratie et la citoyenneté. Les artistes le savent et le reflètent. Si pacte il y a, c’est entre ces gens de la rue et les artistes, c’est leur volonté commune de faire de cette ville un espace de qualité, de…
Je n’étais jamais allé à Amiens, bloqué à cette période par les urgences des bouclages d’Africultures. Ce n’était pas par ostracisme : l’époque est maintenant lointaine où certains cinéastes boycottaient un festival aussi lié à la cellule cinéma du ministère de la Coopération. Le travail effectué à Amiens envers les cinémas du Sud est remarquable : programmation découverte, notamment de vidéo malgré la difficulté de déplacer les foules pour ce genre d’exercice ; bourse au développement du scénario ; rencontre annuelle sur les questions juridiques et les droits d’auteur : une réflexion et une information essentielles pour les cinéastes confrontés…
Les petits livres de poche de la collection Adoras édités par les Nouvelles Editions Ivoiriennes (NEI) se vendent comme des petits pains dans toute l’Afrique francophone. Calqués sur le modèle de la collection Harlequin, ces romans à l’eau de rose sont essentiellement lus par des femmes jeunes. Elles y trouvent une image positive d’une femme qui travaille et réussit et mène de façon autonome sa vie amoureuse. Une femme qui agit à égalité avec les hommes. Mais quand elle se laisse aller à l’amour passionnel, elle s’y fait berner nud de l’histoire – et retrouve finalement la voie…
Rendre compte des exactions humaines est un terrain mouvant. Comment éviter le voyeurisme d’une fascination pour la violence sans soutenir le silence souhaité par les chefs de guerre ? Ibéa Atondi et Karim Miské évitent ici avec brio ces écueils. Tout d’abord en remplaçant les scènes violentes qu’ils auraient pu trouver dans des images d’archives par la prédation des insectes : abeilles, fourmis dépeçant un scarabée, etc évoquent la sombre réalité mieux que la réalité elle-même. De la même façon que Samba Félix Ndiaye a préféré filmer un abattoir que les corps laissés sans sépulture du génocide rwandais. Le symbole…
Le prêtre convoqué hors de l’Eglise (puisqu’il s’agit de polygamie en milieu catholique) prévient les deux femmes et l’homme dont la vie s’unit par le mariage : « Vous êtes appelés à conjuguer ce verbe : supporter » C’est bien à une comédie dramatique qu’il nous est donné d’assister et elle laisse en définitive au spectateur une profonde tristesse. Coutume et fausses-apparences concourent à l’unisson à faire considérer cette alliance explosive comme une bonne chose. Mais si l’homme est a priori gagnant, il doit en fait partager les frustrations de chacune de ses épouses. Car le coup est dur pour Elise, la…
Deux hommes et un enfant crèvent de soif dans le désert. Les hommes tuent la gazelle pour donner les dernières gouttes à l’enfant. Lorsque les secours arrivent, il vit encore près du cadavre de son père et de son oncle. 20 ans après, Alifa, cet enfant de nomades, deviendra chasseur puis guerrier s’opposant au colonisateur français. Depardon n’eut pas les moyens de tourner le grand récit épique de ce destin singulier inspiré du récit, « Sahara, un homme sans l’Occident », écrit par un officier de l’armée coloniale française, Diego Brosset (Editions L’Harmattan). Il dût se contenter de moyens simples dans un…
Voilà un film qui ne tombe jamais dans la démonstration. Des coups de folie viennent donner une légèreté à l’ensemble comme ce cheval qui accompagne la course d’Omrane en pleine ville. Comment pensez-vous ces moments de respiration dans le montage ? En fait, je reste convaincu que, contrairement à ce que prétendent les Américains dans leur boutade qu’un film est « premièrement une histoire, deuxièmement une histoire, troisièmement une histoire », et même si l’histoire est importante, le cinéma c’est d’abord la forme. S’il n’y a pas une structure formelle et un discours cinématographique, on est pas dans le cinéma. C’est là…
Intervention lors du colloque du festival de Carthage par Olivier Barlet, critique à Africultures, Afrique-Asie et Continental, directeur de la collection de cinéma Images plurielles et rédacteur en chef d’Africultures (France)
Colloque au festival international du film de Carthage 2002
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Olivier Barlet | Document
Notes personnelles prises durant le colloque (et qui n’engagent pas les organisateurs). Les actes complets seront publiés par le festival de Carthage. L’intervention d’Olivier Barlet fait l’objet d’un article séparé dans cette base de données (n°2694).