Cinéma/TV

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De Spike Lee

Une heure de trop

Ce n’est pas très malin d’appeler son film « la 25e heure » pour ensuite le faire durer deux heures et quart avec une horrible impression que malgré une intrigue et une sous intrigue et une sous sous intrigue assaisonnées de réflexions sur le temps qui passe et le temps qu’il reste, il ne se passe rien. Spike Lee avait magistralement exploité l’unité de lieu, de temps et d’action dans Do The Right Thing. 25th Hour en est par bien des aspects l’opposé, avec pour personnage principal un riche trentenaire aussi pâle que la came qu’il trafique. Il a beau s’essayer à…

Entretien d'Olivier Barlet avec Moussa Sene-Absa

Voilà un destin de femme qui s’affirme : c’est ça qu’il faut montrer aujourd’hui en Afrique ? Il faut être de son temps : s’impliquer mais aussi donner des éléments de réflexion. Donner un visage symbolique d’une femme : passé, présent, avenir, à travers un regard dans l’ici et maintenant, un miroir de nous-mêmes. Son histoire doit aider à comprendre son présent et mieux travailler l’avenir : une femme de 30 ans, divorcée, confrontée à la société, aux parents, à la rigidité des us et coutumes, au « qu’en dira-t-on ? » etc. Il faut en parler. Deux personnages principaux du film…

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Moussa Sene-Absa durant le tournage
Moussa Sene-Absa au Fespaco 2003 © Olivier Barlet




D'Idrissa Ouedraogo

Voilà un projet qu’Idrissa Ouedraogo tente depuis dix ans de réaliser sans en trouver le financement : l’épopée d’un héros de l’Histoire burkinabè, Boukari Koutou (dit Ouobgho), frère du naba Sanem, qui avait refusé le traité proposé par Binger en 1891 et poursuivi la guérilla contre les Français jusqu’en 1898. Il aurait fallu gros moyens, figurants, costumes, etc Avec La Colère des dieux, Idrissa renonce au grand projet pour traiter le thème de façon intimiste, à la mesure de ses moyens. Des Français, nous ne verrons qu’une main en fin de film, nous n’en entendrons qu’un mot. Le sujet n’est…

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De Pierre Yaméogo

Il y a une sorte d’amertume dans « Moi et mon Blanc » que le traitement du film finit par renforcer par toutes ses limites. Un étudiant africain en France employé dans un parking découvre de la drogue et de l’argent qu’il cache avec la complicité d’un autre employé, mais poursuivis par les dealers, tous deux se réfugient précipitamment à Ouagadougou. Cet argument dévoile vite un programme lourdement explicite : lister dans la partie française les préjugés auxquels est confronté Mamadi et rebondir dans la partie située au Burkina Faso sur les corruptions et compromissions nécessaires pour mettre à profit la thèse…

De Dumisani Phakathi Emmanuel

Initié par le programme New Directions financé par la télévision privée sud-africaine M-Net, Waiting for Valdez offre une tranche de vie stylisée remarquablement tournée en noir et blanc ou les représentations enfantines se télescopent avec la réalité en situation d’apartheid. Face à l’intégration de la cruauté ambiante par les enfants qui rejouent ensemble les scènes d’action des films du cinéma local, la grand-mère est emblématique de l’humanité qu’a su opposer et sauvegarder la communauté noire lorsqu’elle refusait de s’entretuer. L’image finale de sa danse sous le porche de sa maison vibre d’une telle densité humaine qu’elle résume à elle seule…

De Adama Roamba

En consacrant ce court métrage aux enfants soldats après s’être intéressé aux enfants des rues (Garba, Mouka), Adama Roamba part d’une louable intention mais rate son objectif par la faiblesse narrative de son essai. Composé d’éléments épars, le film ne trouve jamais sa cohérence si bien que tout tombe à plat, même les scènes poétiques comme le mariage des enfants ou pathétiques comme le récit du sergent-enfant sur l’assassinat de ses parents. Le jeu forcé des enfants (le jeune Thomas Ouedraogo, qui avait brillé de naturel dans Voyage à Ouaga de Camille Mouyeke, est ici coincé dans une gestuelle construite…

De Beny Malapa

Rap’biz est une ballade rappée à travers le monde du show bizz, sur les traces d’un rappeur en quête de maison de disques. Sur le mode de la bande dessinée, le film est rythmé, sympathique, très « copain-copain », aussi volontaire que sa musique, plutôt clip provocateur fait de bric et de broc, sans prétention si ce n’est d’exister et de démonter « la loi du show bizz ». Mais on est pas au top cinéma, c’est clair.

D'Anna Rocha Fernandes et Torsten Truscheit

Les rebelles non-violents dans les îles capverdiennes

« Rabelados » documente une communauté rebelle à la colonisation et aux missionnaires portugais qui poursuit aujourd’hui encore la revendication d’un mode de vie propre. Rythmée par les chants et percussions développées dans la communauté, la mémoire des souffrances anciennes de la répression fait place aux forces culturelles qu’entretient le clan, qui a développé des relations sexuelles plus libres, une philosophie écologique de la vie et le refus de l’esclavage du travail aux champs. Jouant sur la beauté des gens, des coulurs, des lumières et des paysages du Cap vert, l’image tend malheureusement à la carte postale au lieu de se faire…

De Jason Xenopoulos

Le propos de Promised Land aurait pu passionner : l’autopsie d’un groupe de fermiers afrikaaners en décomposition, peu à peu découverts par un homme revenant sur le lieu de sa naissance et déstabilisant ce milieu figé par la haine et l’enfermement sur soi. Mais le film s’enfonce de bout en bout dans une avalanche de lourds effets destinés à entretenir une ambiance proche du film d’horreur. Tout y passe : noir et blanc, sépias, filtres, détails éclairés dans la pénombre, musique pénétrante, plongées et très gros plans, jusqu’aux ralentis du massacre final. Parfaitement agaçant, ce systématisme fait du film un…

D'Alain Gomis

Avec Petite lumière, AlainGomis franchit encore un pas dans son écriture de l’entre-deux, un pas convaincant et magnifique. Le film débute par un jeu de lumière et d’ombre à la faveur d’une porte ouverte et fermée par une enfant. « Est-ce que c’est moi qui imagine le monde ? » On comprend que le propos sera question de perception et que celle-ci ne peut être univoque. Une série de visions impressives marquent sa progression, ponctuée par le rapport entre l’enfant qui cherche à comprendre le monde et ses parents. « Quand je ferme les yeux, est-ce que les gens sont encore là ? »…

De Moussa Sene-Absa

« Ecoute cette ode, belle femme » : dès le générique, un véritable plaisir de chants et de danses, Moussa Sene-Absa précise son propos : ce film sera un hommage à l’affirmation des femmes. Bien sûr, cela passera par un réquisitoire contre les hommes, personnifiés par des maris violents, potentats intolérants qui, à défaut de pouvoir réussir leur vie, frappés par le chômage s’adonnent à l’alcool et reportent leur colère sur leur famille. Madame Brouette en sait quelque chose, qui décide de quitter le sien pour se débrouiller seule avec sa fille, en vendant à la criée les fruits et légumes qu’elle…

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Madame Brouette
Madame Brouette
Madame Brouette
Madame Brouette
Madame Brouette




De Khaled W. Barsaoui

Réfugiés politiques ou paysans fuyant la misère suite aux répercussions sociales de l’unité italienne et aux bouleversements en Sicile en 1890, près de 900 000 Italiens s’exilent en Tunisie durant le 19ème siècle, formant une communauté soudée qui marquera la vie culturelle locale. La première imprimerie tunisienne sera ainsi créée par les Finzi, qui imprimeront un journal en italien… Le devenir d’une communauté étrangère et son apport au brassage culturel aurait pu être un beau sujet s’il était traité de façon moins classique, le commentaire et l’image prenant les allures de guide touristique. Tout le traitement concourt à confondre cet…

Invité par la programmation Côté Doc à tenir une leçon de cinéma, Abderrahmane Sissako a, pour la première fois, accepté de parler de lui à un auditoire attentif. Son itinéraire est une leçon sur le cinéma africain comme sur le cinéma moderne.

De David-Pierre Fila

David-Pierre Fila revient sur les traces de son premier film tourné chez les pygmées en août 1989, Le dernier des Babingas. L’extraction industrielle du bois a révolutionné leur environnement et ruiné la forêt. En août 2000, le bois est épuisé et la scierie ne fonctionne plus. Les pygmées sont encore là, mais décimés par les maladies et le sida. Fila repose sur eux son regard qui s’efforce avant tout d’écouter, à commencer par les bruits assourdissants de la forêt, mais surtout la vie quotidienne des ces hommes et femmes vivant dans des conditions précarisées. Sans dialogue explicatif, sans traduction des…

De Mohamed Ahed Bensouda

Le Silence violé part d’un postulat qui me paraît une erreur essentielle : il est important de dénoncer, même si l’on ne suggère pas de solution. Il prend ainsi une situation historique quelconque, l’attaque d’un village par des soldats qui massacrent et violent, vu du point de vue d’un homme dont la femme sera violée, et écrit en gros sur l’écran : « Ça s’est passé ! Ça se passe ! Ça se passera ! » La constatation posée, au cas où on était pas au courant, on est bien avancés ! Un cinéma qui se contente de dénoncer une généralité ne…

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© Mohamed Bensouda
© Mohamed Bensouda
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De Guy-Désiré Yameogo

« Le Pacte » joue sur un suspens entretenu jusqu’à la fin pour démonter les supercheries des féticheurs encore en vigueur aujourd’hui. Un homme d’affaire s’est engagé à un acte horrible pour que ses affaires marchent. La dureté de l’acte qu’il finira par commanditer pour échapper à la malédiction sur sa famille est là pour démontrer l’importance de se prémunir de telles croyances mais une contradiction traverse le film : le pouvoir magique du féticheur est affirmé autant que sa volonté de nuisance et confirme la crainte que l’on peut en avoir, ce qui ne facilite pas la démystification. « Le Pacte » affirme…

De Julien Renucci

Mettre en scène l’attirance pour la beauté noire sans la démystifier ne fait que consolider le cliché. Ritualiser la relation peut être une solution, à condition de ne pas tomber dans un esthétisme racoleur. Cette histoire de vengeance d’une vieille histoire coloniale à coup de séduction tombe ainsi dans la débauche d’effets visuels pour orchestrer un propos traversé par l’ambiguïté. Dénonciation du rapt colonial et revanche théâtralisée, « Le Diamant noir » met en scène le désir sans explorer la relation. Le rituel reste superficiel et le propos incohérent. ///Article N° : 2792

De Laurence Attali

Voici le troisième volet de la trilogie débutée avec « Même le vent » et poursuivie par « Baobab ». Et là encore, se dégage une idée simple : pour Laurence Attali, la relation à l’Afrique est une histoire d’amour. Puisant dans sa propre culture judaïque, elle construit son film autour de la tradition du Lévirat, qui n’est pas sans résonances en culture africaine. Le Deutéronome indique (chap 25, 5) : « Si deux frères demeurent ensemble et que l’un d’eux vient à mourir sans enfant, sa femme n’ira pas vers un étranger : elle ira vers son beau-frère et s’offrira à lui. S’il refuse,…

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Le Déchaussé
Le Déchaussé




De Thierry Michel

Après dix ans consacrés à l’Afrique, le documentariste Thierry Michel (Donka, radioscopie d’un hôpital africain ; Nostalgies post-coloniales ; Somalie, l’humanitaire s’en va en guerre ; Les derniers colons ; Zaïre, le cycle du serpent ; Mobutu, roi du Zaïre) se rend en Iran en cette période de choc des civilisations à la recherche d’un pays où cette confrontation se joue le plus nettement. L’Iran est là première République islamique de l’Histoire, bien avant l’Afghanistan. Des forces considérables s’y expriment, notamment dans la jeunesse, en faveur de la démocratie et même de la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Thierry Michel…

De Sekou Traoré

Tourné dans la région de Gorom-Gorom, à la lisière du désert, Gorel ou le mil promis décrit par l’humour la dépendance vis-à-vis de l’aide alimentaire. Magnifiquement interprété par Rasmané Ouedraogo, le paysan Gorel va de rencontres en épreuves pour finalement revenir bredouille. Savoureuse description des situations engendrées par la dépendance et peinture sociale d’une communauté, le film est ainsi une succession de saynètes sans grande trame narrative mais trouve sa cohérence dans son traitement humoristique et la permanence du personnage de Gorel à l’écran, ainsi qu’un rythme soutenu, beaucoup d’humour et une excellente prise de vue. La musique concourre à…

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