Cinéma/TV

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Présenté dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, La Mas Dulce nous plonge dans les serres d’Espagne, où des ouvrières marocaines récoltent les fraises de l’Europe. À travers ce récit, Laïla Marrakchi filme des femmes prises dans un système d’exploitation, mais qui trouvent malgré tout des espaces de résistance et de solidarité. Interview réalisée par Hicham Rami.

Il ne se destinait pas au cinéma. Lycéen et rappeur à Bangui, Bradley Fiomona Dembeasset n’avait jamais joué dans un film avant Congo Boy — le voilà sur la Croisette pour le premier long métrage de Rafiki Fariala, sélectionné à Un Certain Regard. Il incarne Robert comme s’il racontait sa propre histoire. Une interview réalisée par Hicham Rami

À distance des grandes machines et des auteurs surmédiatisés, les films venus d’Afrique et de ses diasporas ont apporté au festival de Cannes 2026 (12-23 mai) autre chose qu’une simple « diversité » de vitrine : une façon singulière de raconter la justice et ses impasses, l’exil sans retour, la foi mise à l’épreuve, la ville mondialisée vue d’en bas et l’accès aux images comme enjeu politique. Ces œuvres venues des marges institutionnelles ont renouvelé les formes, déplacé les évidences et rappelé que l’avenir du cinéma se joue d’abord là où l’on invente encore des manières de voir. Cannes n’a pas « raté »…

La Harlem Renaissance, entre archives et présent

David Greaves, le fils du réalisateur William Greaves, et sa petite-fille, Liani Greaves, ont terminé le film sur lequel le documentariste avait travaillé de 1972 à sa mort, en 2014. Il a été présenté à la Quinzaine des cinéastes au festival de Cannes 2026. Once Upon a Time in Harlem est ainsi réalisé à partir d’images 16 mm tournées dans les années 1970 et d’une rencontre filmée aujourd’hui avec de nombreux historiens et témoins. En confrontant ces deux régimes de parole, le film montre que la Harlem Renaissance ne relève pas d’un récit figé mais d’un phénomène collectif dont les causes restent…

Le bal des illusions à Lagos

Libre adaptation tournée en 35mm du roman Mrs Dalloway de Virginia Woolf transposé dans les salons de Lagos, Clarissa suit une femme de la haute société préparant une réception où se croisent amis, famille et anciens amours, jusqu’à ce qu’un retour du passé fasse vaciller sa façade de respectabilité. En reprenant la structure d’une journée unique et la figure de Clarissa, les frères Esiri font de cette fête un véritable bal des illusions, où une élite nigériane s’accroche à ses codes hérités de l’ancien empire pour ne pas voir la violence et les fractures du pays qui l’entoure. Clarissa est…

L’épreuve du trouble

Avec ce second long métrage présenté dans la section Cannes première au festival de mai 2026, Gessica Généus prolonge et radicalise le geste de Freda : faire éclater les oppositions, engager le corps, et affirmer un droit à la complexité haïtienne. Cette analyse prolonge notre entretien avec la réalisatrice. Une rue. Une église et un bordel se font face à face. Le dispositif semble limpide. Il ne l’est pas. Marie Madeleine commence là pour mieux s’en défaire. Gessica Généus ne filme pas une opposition morale. Elle en montre la fragilité. Les frontières tiennent à peine. Les corps les traversent. Les…

Le prix des fruits rouges

En Andalousie, des saisonnières marocaines cueillent les fraises qui garnissent les étals européens, prisonnières d’un système où contrat de travail, contrôle migratoire et violences de genre se confondent. Avec Les Fraises, présenté dans la section « Un certain regard » au festival de Cannes 2026, Laïla Marrakchi quitte les salons de la bourgeoisie casablancaise et les séries télévisées pour filmer au plus près des corps féminins jetés dans la machine agro‑industrielle, et faire de la sororité, fragile mais tenace, la seule brèche possible dans l’ordre économique qui les broie. « Les Fraises » frappe par la clarté de son geste : retourner…

Faire peuple après le génocide

Avec une impressionnante maturité issue d’une réflexion sur une dizaine d’années, Marie-Clémentine Dusabejambo explore l’après‑coup du génocide de 1994, certes ancien mais dont les traces sont encore vives : remparts de silence maternels, récits dissonants, fantômes de 1973 et enfant‑ »pays à venir » dessinent un peuple en reconstruction, où ce qui sépare devient aussi matière à réparation. Ben’imana a reçu deux prix au Festival de Cannes 2026 : la Caméra d’or et le prix FIPRESCI de la critique internationale, tous deux pour un premier long métrage présenté dans la section « Un Certain Regard ». Lire également notre entretien avec la réalisatrice.  Ben’imana…

L’espoir coûte que coûte

Bingo pour Rafiki Fariala. Son premier long métrage de fiction est non seulement sélectionné à la prestigieuse section « Un certain regard » du festival de Cannes 2026 mais le film rencontre un indéniable succès critique tandis que Bradley Fiomona, son acteur principal, est honoré du prix du meilleur acteur. Le film est en effet une réussite. Pourquoi ? Rafiki Fariala filme son quotidien dans Nous, étudiants ! et son histoire de réfugié congolais en Centrafrique dans Congo Boy. Son personnage, Robert, tient ensemble plusieurs vies à la fois : élève en terminale, chef de famille de substitution, aspirant musicien. Ce n’est pas le…

Présenté dans la section Cannes première au festival de Cannes 2026, Marie Madeleine est le deuxième long métrage de Gessica Geneus après Freda (qui avait déjà été à Cannes en dans la section Un certain regard et avait reçu l’étalon d’argent au Fespaco 2021). Il est centré sur ce personnage de femme libre qui vit dans la prostitution, confrontée à Joseph, un photographe attaché à une église dirigée par un pasteur radical. Alors que Joseph vacille dans sa foi, Marie Madeleine l’entraîne vers un monde dans lequel désir et quête de liberté ouvrent un espace où tout peut être réinventé.…

Sélectionné dans la section « Un certain regard » au festival de Cannes 2026, où il a obtenu le prix Fipresci et est le premier film d’Afrique à avoir obtenu le prix de la Caméra d’or, Ben’imana se déroule en 2012 et met en scène un « gacaca » dans un village où les douleurs du génocide sont encore très présentes. Alors que Vénéranda affirme pardonner, et donc ne pas vouloir poursuivre les tueurs, sa sœur Suzanne tient à ce que les choses soient dites, de même que sa fille Tina qui ne connaît pas son père. De fil en…

Sélectionné dans la section officielle « Un certain regard », « Congo boy » a rencontré un énorme succès et fait l’événement au festival de Cannes 2026. Le musicien rappeur devenu également cinéaste Rafiki Fariala y raconte sa propre histoire : né à l’Est de la République démocratique du Congo, il a dû fuir la guerre avec ses parents. Ils se sont installés en Centrafrique à Bangui et c’est là qu’il a grandi. Mais il a toujours été considéré comme un étranger. Comme l’indique le titre du film, il revendique d’être un jeune comme les autres, avec pour seule différence d’être né au Congo.…

Une jeunesse entre deux rives

En sortie tardive le 27 mai 2026 dans les salles françaises alors qu’il a obtenu le prix du jury national aux JCC 2024, Le Pont, sous ses airs de grand clip déjanté, dresse un portrait lucide d’une jeunesse tunisienne prise entre survie quotidienne, rêves de réussite rapide et fossé social grandissant. Cela commence par le tournage bricolé d’un clip de rap où tout sonne un peu faux : Tita le rappeur peu inspiré, Foued le vidéaste de service et Safa l’instagrameuse engagée à la va-vite donnent le ton d’un amateurisme tendre, jamais méchant mais franchement bancal. Cette entrée en matière…

De la dignité ouvrière

En sortie France le 6 mai 2026 après de nombreux festivals et notamment la Berlinale, le premier long métrage de l’Egyptien Mohamed Rashad dévoile un univers ouvrier et marginal inhabituel au cinéma. Il s’appuie sur cette dimension documentaire pour articuler remarquablement un récit sensible et prenant. Nous voici donc à Alexandrie, dans un quartier pauvre marginalisé. Hossam, 23 ans, et Maro, 12 ans, sont deux frères qui vivent au chevet de leur mère alitée et se trouvent embauchés dans l’usine de sidérurgie où leur père vient de mourir d’un accident. Hossam est affecté à la machine passablement délabrée de son…

Une affaire d’amour

En sortie dans les salles françaises le 22 avril 2026 après avoir été en compétition officielle de la Berlinale 2026, le troisième long métrage de Leyla Bouzid aborde de front la répression de l’homosexualité et la violence à cet égard de l’ordre social et juridique tunisien. Elle y aborde une nouvelle fois la manière dont le fait politique et social influe sur l’intime. Un film sensible et nécessaire. A voix basse ? Est-ce en raison du deuil de son oncle que Lilia (la très intense Eya Bouteraa) doit baisser la voix, ou bien à cause des secrets ? Elle vit en France…

Une spiritualité émancipatrice

Présenté en compétition à la Berlinale et en sortie France le 26 avril 2026, le nouveau film de Mahamat-Saleh Haroun se démarque de ses précédentes œuvres par un appel marqué à l’imaginaire, signe d’un positionnement spirituel plus affirmé, en phase avec les romans de Ben Okri qui conçoit la spiritualité comme une dimension essentielle de l’être humain, nourrie par les traditions africaines mais ouverte à une vision universelle et créatrice qui dépasse les religions instituées. Soumsoum nous emmène en cinémascope dans le plateau de l’Ennedi, au Nord-Est du Tchad : un massif saharien aux rocs entremêlés formant des paysages exceptionnels qui,…

Face à la dignité

Sorti le 8 avril 2026 dans les salles françaises, le dernier film de Claire Denis propose une libre adaptation de la pièce « Combats de nègres et de chiens » de Bernard-Marie Koltès (1979). Un film qui ne nous lâche pas après l’avoir vu ! « Combats de nègres et de chiens ne parle pas, en tout cas, de l’Afrique et des Noirs – je ne suis pas un auteur africain -, elle ne raconte ni le colonialisme ni la question raciale. Elle parle simplement d’un lieu du monde. (…) Ma pièce parle peut-être un peu de la France et des Blancs : une chose…

Entretien avec Intagrist El Ansari à propos de « Ressacs »

A l’occasion de la sortie en salles en France de Ressacs prévue le 6 mai 2026 (cf. critique du film), nous publions cet entretien réalisé alors qu’IntagristEl Ansari le présentait au festival des films d’Afrique en pays d’Apt en novembre 2025. Sortir un documentaire, c’est toujours un pari. Qu’est-ce que cela va permettre ? Un pari audacieux qui n’est jamais gagné à l’avance, mais c’est déjà aussi une chance car un film africain, de surcroit un documentaire de création qui sort en salles, c’est quasiment exceptionnel, voire improbable. En ce sens, il faut remercier et saluer le courage de la Compagnie…

Le trouble de la mémoire

En sortie France le 25 mars 2026, My Fathers’Shadow du Nigérian basé à Londres Akinola Davis Jr., connu pour ses courts métrages, avait obtenu une mention spéciale de la Caméra d’or qui récompense les premiers longs métrages au festival de Cannes 2025 où il avait marqué la section officielle Un certain regard. Un film d’atmosphère, d’une grande beauté plastique et sonore. Critique. Un film nigérian en sélection officielle à Cannes, c’était un événement. D’autant plus important que le film est assez fascinant et d’une grande beauté. Il est donc heureux de pouvoir le voir en salles. Coécrit et coproduit avec…

Parmi les quelques films d’Afrique ou sur l’Afrique du festival Cinémas du Réel du 21 au 28 mars 2026 à Paris se détache Dao d’Alain Gomis, présenté en avant-première française (il sort le 24 avril) et qui a fait sa première mondiale le 14 février à la Berlinale (cf. notre critique du film). On trouvera ici des éléments critiques sur les autres films, longs et courts.   La politique en direct Il est clair qu’Abdou Lahat Fall épouse le combat du collectif qu’il filme dans Aujourd’hui, l’indépendance (Independance Tey) (83’), présenté dans la section Front(s) Populaire(s). A quoi bon le…

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