Courts métrages et documentaires : l’émergence de l’intime

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Dans le foisonnement des fictions, quelles tendances, quel météore ? On the Edge, du Nigérian Newton Aduaka, assurément. Cet hommage à Fela à effectivement des allures d’afrobeat : jouant autant sur les flash back que sur les passages de la couleur au noir et blanc, ce 28’nous confie le drame de Lorna, une jeune droguée, et les efforts de Court, son partenaire qui cherche à l’en sortir. Une vibrante histoire de frères et de soeurs, d’atrocités et d’hypocrisie, de désespoir et de rage.
Nous avions déjà dit le bien que nous pensons de Souko, le cinématographe en carton, du Burkinabè Issiaka Konaté : un vrai bonheur où les militaires ne peuvent rien contre le rêve de cinéma des écoliers. Ainsi que du Truc de Konaté¸ de la Burkinabè Fanta Regina Nacro, qui sait faire d’un film contre le sida une comédie légère et attachante. Dama, du Malien Léopold Togo, explore avec finesse la communication dans le couple, suggérant avec cette femme mariée à un sourd-muet que des silences sont parfois plus riches que la parole. Dans Sabriya, le Mauritanien Abderrahmane Sissako instille par l’arrivée d’une jeune femme un déséquilibre dans une relation sensuelle entre deux hommes que le temps semblait figer…
Sans doute est-ce là qu’est la nouveauté : l’affirmation d’un regard intimiste sur la relation comme sur les drames modernes. Point besoin de gros budget pour ces films en recherche d’indépendance tant formelle que financière. Ils ne posent pas le public comme un absolu mais privilégient le témoignage, en termes d’intimité et de désir : Les Bijoux de Khady Sylla (Sénégal) se déroule essentiellement dans une chambre d’un HLM de Dakar où quatre soeurs et leur mère réagissent différemment au rendez-vous de l’une d’entre elles avec un « homme à la mercédes » ; La Fumée dans les yeux de François Woukoache (Cameroun) pose en suivant un couple le temps d’un week-end la question de la domination dans la relation homme-femme ; Elle revient quand maman de David Pierre Fila (Congo), en hommage à Zao dont on est sans nouvelles, montre le vide laissé par une femme morte du palu à l’hôpital le 1er janvier 2000, symbole d’une mère Afrique en danger de mort…
Même démarche du côté maghrébin avec Le Blouson vert de Djamel Azizi, fable jazzy sur le délit de faciès dans le métro parisien, ou La Femme dévoilée de Rachida Krim et Hamid Tassili, un jeu réussi sur le machisme chez de jeunes Algériens.
Un parallèle s’impose avec les documentaires : Jean-Marie Teno (Cameroun) relie dans Chef ! le politique et la condition de la femme : partant d’une scène édifiante de justice populaire contre un jeune voleur de poulets, il élargit sa réflexion aux inégalités au Cameroun,  » pays de chefs petits et grands « . Quant à Anne-Laure Folly (Togo), on reconnaît dans Sarah Maldoror ou la nostalgie de l’utopie un regard tout en respect et profondeur qui sait, par ce qu’il faut de simplicité et d’écoute, suggérer ce qu’une cinéaste admirable mais très discrète sur elle-même a pu apporter au cinéma en posant un regard personnel dans des films engagés.
Cette référence à une grande dame du cinéma ne pouvait tomber mieux pour nous rappeler que l’intime n’est pas l’apanage des jeunes. Disons seulement que, poussés par la nécessité de définir sa place dans un monde où les identités se dissolvent, ils osent s’en saisir pour l’explorer plus à fond.

///Article N° : 847

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