entretien d’Olivier Barlet avec Melvin van Peebles (Etats-Unis)

Festival Racines noires, Paris, juillet 1998
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Comment en êtes-vous venu à faire du cinéma ?
La première raison qui m’a fait faire du cinéma était la révolte que je ressentais face aux images du Noir visibles sur les écrans. Lorsque j’étais jeune, j’avais honte : les films hollywoodiens ne montraient que des Noirs cons, stupides, méchants ou  » banboula  » ! Jamais des gens travailleurs, courageux etc comme j’en connaissais ! Je voulais changer ça mais à l’époque, le cinéma était un mythe inabordable. Alors que je travaillais dans une société de San Francisco, j’ai fait un essai sur ma vie comme travailleur. Il a été publié et a eu un certain succès. MJ’y avais mis des photos avec les textes et on me fit remarquer que c’était presque un film ! Cela m’a donné envie d’en faire alors que je n’y connaissais rien ! C’est sans doute cette liberté qui m’a permis de faire Sweet Badass et les autres films.
Qu’est-ce qui a motivé votre séjour en France ?
Dans le cinéma indépendant américain, il était à cette époque assez mal vu de faire de la fiction, et quand j’ai montré mes trois premiers films de 11 minutes à Hollywood, on m’a offert une place de gardien d’ascenseur. Je suis donc retourné à ma deuxième passion : l’astronomie et les mathématiques ! Je suis allé en Hollande pour poursuivre mes études où la cinémathèque française m’a écrit pour me proposer de faire du cinéma ! Je suis venu à Paris en stop, sans un rond ni parler le français mais, peu à peu, je me suis intégré. J’ai même écrit des livres car une loi prévoyait qu’un réalisateur y avait droit pour transposer ses propres oeuvres à l’écran ! Lorsque le cinquième roman fut publié en français, j’ai obtenu ma carte de cinéaste ainsi qu’une subvention qui m’a permis de faire un long métrage. Ayant quitté San Francisco en 1957, j’y suis retourné en 67 comme délégué français !
C’est alors que vous avez pu retourner aux Etats-Unis ?
Oui, car on me proposait beaucoup de travail. J’ai accepté de faire Watermelon man, une comédie sur le racisme, pour la Columbia. Le film a eu son succès et j’ai signé pour trois autres histoires. C’est alors que j’ai fait Sweet Sweetback’s Baadasssss Song.
Le film s’attaque directement à l’image du Noir : trouvez-vous que les choses ont changé depuis ?
Je ne l’ai pas fait en tant que Noir mais il se trouve que Melvin est Noir et qu’il est un peu blagueur : je reprenais les plus grands cauchemars des Blancs américains ! C’est mon côté hara-kiri ! On y voit ensuite le symbolisme que l’on veut. Sinon, dans la société, à mon avis, pas grand chose n’a changé ! Quelques Noirs ont pu percer ici et là et des améliorations se font parfois sentir mais quand il y a un pas en avant, il y a souvent deux pas en arrière…
Que pensez-vous du  » cinéma de ghetto  » actuel ?
C’est un cinéma dicté par les Blancs : sans ce genre de scénario, pas d’argent à Hollywood.
C’est donc ça ou rester dans le cinéma indépendant…
Oui, mais petit à petit, comme autrefois avec le cinéma de Blaxploitation on apprend le métier ! Avec la vidéo, ça bouillonne un peu partout.
Quelles sont vos perspectives actuelles ?
J’ai un projet de film mais j’ai aussi un nouvel orchestre à New York avec lequel je veux travailler. En dehors de ça, j’ai aussi un projet de long métrage ici en France intitulé Bonne à tout faire, tiré d’un des romans que j’avais écrit en France. Le tournage va se dérouler dans le Sud. J’aime bien la France : je m’y sens chez moi ! La technique du cinéma y est plus proche de ma sensibilité : c’est très plaisant.

///Article N° : 2496

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