entretien d’Olivier Barlet avec Souleymane Cissé

Et documents sur l'UCECAO et l'ARP

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Nous sommes sous une paillote à l’hôtel Indépendance, avec Brigitte Baudin (Le Figaro) et Renaud de Rochebrune (Jeune Afrique), en discussion informelle avec Souleymane Cissé. Notes partielles sur les réponses de Cissé lors d’une conversation à bâtons rompus.

Notre cinéma est en train de se casser la gueule : il faut s’arrêter pour voir ce qu’on fait. J’ai fait « Waati » en 1995 et n’ai pas tourné depuis sept ans, malgré l’envie très forte de faire un film. Pour relancer le cinéma africain, nous avons créé l’UCECAO en 1997, et vais maintenant en déléguer la gestion pour me pencher sur mon prochain film qui portera sur un petit garçon.

Quelque soit la nouvelle technologie, il faut un gros budget. C’est la grande aventure qui paye le mieux au final : il n’y a pas de gâchis. Si la volonté politique de créer un film en 35 mm est encore soutenue, ce sera avec plaisir !

Notre métier peut créer des emplois. Il ne faut pas se faire piéger davantage : réunir les potentialités régionales pour partir pour de bon et sortir de l’assistanat. On perd sur tous les plans quand on se tire dans les pattes. Il faut réunir les potentialités de faire du cinéma. Le cinéma brésilien s’est relevé en deux ans grâce à une volonté politique. Tout le monde s’est coordonné et on le voit maintenant sur tous les écrans, avec des produits qui le font vivre et avec des meilleurs.

Le DVcam est une chance pour les jeunes : il faudrait créer de petites structures où ils puissent produire et que le public s’adapte à ce produit. L’expérience nigériane existe : on y vit du cinéma et on y mobilise le public, même si la qualité n’y est pas. Il faut faire avec les pauvres moyens de nos pays une maison du cinéma. Nous invitons en janvier 2004 les professionnels du cinéma africain et les décideurs à en discuter à Bamako.

Le nouveau ministre du Mali est un politique. Il est venu au cinéma pour asseoir sa politique. Cela clôt la discussion à ce propos. Ce n’est pas à nous de le juger. Il est bienvenu pour faire avancer les choses.

C’est une génération que je dois soutenir, mais il ne faut pas les encourager à croire qu’on fait du cinéma avec un million. Le cinéma, c’est de la technique et il en faut les moyens pour qu’il fasse rêver et voyager.

On ne peut pas s’isoler pour que ce métier avance. Je l’ai dit en 97 quand on m’a traité d’ennemi public numéro un. C’est le seul combat qui reste aux jeunes. La FEPACI est le corps syndical des réalisateurs mais pas celui des producteurs ou des diffuseurs.

« Yeelen » est le film le plus contemporain que j’ai réalisé : c’est une histoire intemporelle qui se relance dans le futur. L’image doit ouvrir à cette conception de la vie. J’ai pu y dire ce que je voulais. Dans les autres films, c’est peut-être incomplet ou trop dit. Ceux qui l’ont perçu on compris sa portée.

Dans « Waati », j’ai touché du doigt un problème que je n’aurais pas dû poser : l’apartheid était considéré comme fini. Il y a des films sur la guerre et les nazis, mais là, on a pas la même conscience : les problèmes posés par un Africain n’ont pas la même réception. Si « Waati » était fait par un Noir américain, ce serait différent. Les Blancs sud-africains ont lutté fort mais le film restera. Si je le refaisais, j’irais encore plus loin. Avec le recul, je crois avoir mieux compris les choses.

Montrer un apaisement en Côte d’Ivoire a gêné. On sait que les étudiants sont plus cravatés dans ce pays. Cela a gêné : le paradis en Côte d’Ivoire et l’enfer en Afrique du Sud. Si on devait le refaire, il faudrait parler des escadrons de la mort. Une nouvelle version est en préparation qui fera 1 h 50 au lieu de 2 h 20, avec un nouveau mixage et une nouvelle bande son.

Quand je faisais « Yeelen », je n’ai jamais pensé que cela serait exotisé. J’avais le souci de dialoguer d’abord avec moi-même, pour savoir quelle sera mon existence dans le futur. Les problèmes posés dans ce film ne font que se clarifier aujourd’hui. Ce qui change, c’est le rapport à la magie. Si je dois faire un film aujourd’hui, il faut que j’arrive à pousser l’être humain dans la vision du monde.

Il y a des forces qui mènent à se moderniser. Je n’ai aucun complexe. La calebasse a des portées pour notre environnement. Je ne dois pas avoir honte quand je veux parler de moi-même.

Chaque fois que je fais un film, j’ai la chance de ne pas avoir à gérer avec quelqu’un. Toscan a été le seul coproducteur. J’ai toujours produit moi-même.

Je vis un univers éblouissant qui me pousse à aller de l’avant dans l’expression.

Propos recueillis par Olivier Barlet

DOCUMENTS sur l’UCECAO et L’RP communiqués par Souleymne Cissé :

Union des Créateurs et Entrepreneurs du Cinéma

U C E C A 0
et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest

Résolutions des Rencontres cinématogr » phiques
des 1 7 et 18 Février 2003
à Bamako. (MALI)

Réunis les 17 et 18 février 2003 au Palais des congrès de Baniako, les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel membres de l’UCECAO et de l’A-RP, se sont accordés pour organiser dans le courant du mois de janvier 2004, une grande rencontre.

Cette rencontre devra, à partir d’actes préparatoires dressant un bilan exhaustif de la situation en Afrique de l’Ouest, permettre l’élaboration d’un programme pluriannuel de renaissance d’une filière cinématographique et audiovisuel dans la région.

Mobilisant des cinéastes et des professionnels venus de pays de la CEDEAO, les représentants des pouvoirs publics à l’échelon national, régional et international, les partenaires européens traditionnels de l’Afrique de l’Ouest, les représentants de l’Agence de la Francophonie et du Commonwealth, cette réunion a dégagé les résolutions suivantes

1. Le marché du cinéma

L’engouement de la population (du public) pour certains films africains montre bien l’existence d’un marché.

Mais comment reconquérir ce marché ?

– En se donnant les moyens de produire un cinéma à l’écoute de son public et non un cinéma tourné vers les desiderata des bailleurs de fonds,

– Par l’implication de l’Etat avec :
un soutien plus soutenu via ses services techniques, l’acquisition et la mise à disposition des équipements et matériels de production
l’engagement à faire connïcitre les dispositions légales qui existent et la volonté de les faire appliquer

– En organisant et en mcttant en place d’un système de distribution avec billetterie centralisée

– En mettant en place une banque de films où des cinéastes céderaient dans une phase transitoire leurs droits cinématographiques et vidéo à l’UCECAO. L’UCECAO pourra ainsi tester et construire un réseau de distribution et dresser des orientations dans le domaine.

En appui à cette démarche, il faut noter la bonne disponibilité de l’AR-P qui propose une de ses salles « Le Cinéma des Cinéastes » pour la diffusion de films africains à Paris.

– En luttant contre le piratage des œuvres :
. piratage vidéo par la production d’originaux qui concurrencent en qualité-prix les copies illicites,
. piratage cinéma, en contrôlant et en réprimant la reproduction et l’exploitation illicite des films.
– En s’adaptant au marché :

L’Etat et les structures étatiques disposant de peu de fonds pour le cinéma et ayant d’autres urgences, il faut s’acheminer vers des productions à faible coût en utilisant la vidéo et les Nouvelles Technologies de l’information et la communication.

– En mettant en place un fonds de soutien alimenté entre autres ressources par une redistribution judicieuse des recettes cinéma pour soutenir l’activité cinématographique à tous les niveaux, des taxes, des redevances.

– En aidant à la création d’une industrie du cinéma dans une filière organisée
En disposant de salles de cinéma et les rendant accessibles en pratiquant des prix attractifs.

– En mettant en place an niveau des bureaux locaux UCECAO, de structures capables d’informer sur les potentialités existantes dans chaque pays, de conseiller et de soutenir les acteurs de la filière : producteurs, réalisateurs, distributeurs et exploitants.

2. Développer le partenariat :

– local au niveau de chaque pays : entre professionnels, entre professionnels et Etat, entre professionnels et opérateurs économiques avec, une aide et un soutien aux -jeunes créateurs.
– régional et international

3. Mettre à disposition au siège de l’UCECAO, toutes les informations disponibles sur la filière cinéma dans les pays.

4. Assurer un contact permanent entre l’UCECAO, les départements techniques des ministères, les opérateurs économiques, les banquiers et les bailleurs de fonds.

5. Susciter un partenariat avec les télévisions locales à travers :

– La coproduction de films. La télévision pourra y participer par la mise à disposition de son équipement et bénéficier des droits de diffusion du film après un temps donné.

– La promotion des films lors de leur lancement.

6. Mettre en place une commission de suivi des résolutions du séminaire composée des départements techniques de l’Etat et des bureaux locaux de l’UCECAO.
Cette commission doit avoir plusieurs rencontres annuelles pour faire le point.

7. Le séminaire lance un appel pressant à tous les acteurs de l’industrie du cinéma et de l’audîovisuel à :

– se réconcilier, se regrouper et exiger les moyens indispensables à l’industrie du cinéma,
– s’investir dans le fonctionnement de l’UCECAO,
– conjuguer leurs efforts et leurs expériences pour aider la filière cinématographique à trouver ses marques pour assurer son évolution et son indépendance.

8. Le séminaire remercie l’état malien des efforts de mise à disposition d’un terrain à l’UCECAO pour son siège et exhorte le bureau à rechercher les moyens pour la réalisation de ce centre de ressources pour la sous-région, pôle de formation et unité de production et de distribution.

9. Le rendez-vous est pris pour une nouvelle rencontre les 22, 23, 24, 25 janvier 2004 au palais des congrès de Bamako pour faire le point sur les résolutions et dispositions prises.

10. La CEDEAO ayant signifié de bonnes dispositions de partenariat, il appartient à l’UCECAO de prendre des mesures nécessaires pour répondre à ses recommandations.

Etant donné l’existence de nombreuses initiatives de formation, de production, de promotion et de communication en Afrique de l’ouest qui apportent des solutions spécifiques, ponctuelles et locales, qui n’ont cependant ni une dimension régionale, ni une cohérence de filière, il est donc indispensable de créer un cadre permettant une synergie entre les structures déjà existantes et par ailleurs développer des structures complémentaires.

Nous devons donc d’une part créer les conditions économiques et juridiques viables et assurer autre part la permanence des solutions au niveau régional et la capitalisation des connaissances et expériences.

C’est dans ce cadre que nous collaborons avec l’ARP pour partager son expérience réussie dans la double perspective de :

– démontrer que les préoccupations économiques et culturelles sont complémentaires
– démontrer que ce type de combat ne peut véritablement réussir et générer des solutions pérennes qu’à un niveau régional.

Fait à Bamako, le 18 février 2003,

Rencontres ARP – UCECAO

L’ARP et l’UCECAO souhaitent s’associer afin de permettre aux professionnels du cinéma et de l’audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest de mettre en place avec le concours des pouvoirs publics de chacun de ses pays et l’appui des pays développés une politique de soutien à leurs secteurs d’activité.

Cette politique passe par le développement de trois axes :
– un axe national : incitation des Etats à inscrire le cinéma et l’audiovisuel dans le code des investissements et à prendre des mesures fiscales et budgétaires spécifiques, mise en place d’une billetterie centralisée, obligations d’un investissement des chaînes de télévision,…
– un axe régional : protocole de coproduction, création d’une agence régionale de promotion, structures régionales déformation…
– un axe nord-sud : soutien de l’Union Européenne, de l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie, de pays développés à tous les stades des filières cinématographique et audiovisuelle.

Dans cette perspective et en référence aux Rencontres Cinématographiques de Beaune, l’ARP souhaite apporter son concours et son soutien aux professionnels du cinéma de l’Afrique de l’Ouest regroupés au sein de l’UCECAO afin de permettre l’organisation à l’horizon 2004 d’une grande rencontre entre professionnels de l’Afrique de l’Ouest, responsables politiques de ces pays et représentants de l’Union Européenne, de l’Agence Internationale de la Francophonie et des pays développés.

Afin de préparer cette rencontre, deux étapes intermédiaires sont nécessaires :
– Etape n°1 : organisation à Bamako au mois de février 2003 (cf ci-après) d’un séminaire de travail entre les membres de l’UCECAO et une délégation de l’ARP,
– Etape n°2 : Fespaco (Ouagadougou), conférence de presse présentant les résultats de ce séminaire, annonçant les grandes lignes des rencontres à venir et présentant le programme de travail.

Organisation de l’étape n°1
– Dates :17 et 18 février 2003
– participants : le bureau de l’UCECAO (un membre par pays, un réalisateur), 2 membres de l’ARP,
– lieu : Palais des Congrès de Bamako
– documents préparatoires : synthèses des différents rapports sur la situation du cinéma et de l’audiovisuel en Afrique de l’Ouest.

programme détaillé :
· première matinée : état des lieux des filières cinématographiques et audiovisuelles dans les pays de la CEDEAO. Cet état des lieux couvrira l’ensemble de la filière, de la formation à la diffusion et présentera les politiques menées par les différents états, les collaborations régionales, les politiques de coopération ;
· première après-midi.- élaboration d’axes de propositions concernant la formation, les industries techniques et la production sous le triple angle de la politique des pays, la coopération sud/sud et la coopération nord/sud ;
· deuxième matinée : élaboration d’axes de propositions concernant la diffusion en Afrique de l’Ouest (salles, télévision, vidéo) et à l’étranger sous le triple angle de la politique des pays, la coopération sud/sud et la coopération nord/sud,-
· deuxième après-midi : élaboration d’un ordre de jour pour la rencontre de 2004.

L’ARP, société civile des auteurs – réalisateurs – producteurs, a été fondée en 1997 par Claude Berri, elle regroupe aujourd’hui plus de 160 membres, sa présidente est Coline Serreau.

Sa mission est de défendre les intérêts économiques et moraux des auteurs – réalisateurs – producteurs et de promouvoir dans l’ensemble des instances nationales et internationales la diversité de la production et la préservation de la production indépendante.

L’ARP exploite à Paris deux salles de cinéma, le Cinéma des Cinéastes et le Studio des Cinéastes – Les Ursulines, largement ouvertes à tous les genres cinématographiques et aux cinématographies du monde entier.

L’UCECAO, Union des Créateurs et Entrepreneurs du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest a été créée le 13 janvier 1997, son siège est à Bamako et son président est Souleymane Cissé.

Les pays membres : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire Gambie, Ghana, Guinée Conakry, Guinée Bissau, Libéria, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.

Ses objectifs :
– regrouper les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel de la CEDEAO ;
– promouvoir le développement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel et particulièrement du cinéma africain ;
– inciter et renforcer le partenariat entre cinéastes, producteurs, distributeurs et exploitants de cinéma et de l’audiovisuel de la CEDEAO, dans les différents domaines de l’industrie cinématographique.

///Article N° : 2785

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