Événements

Doc à Tunis 2008
3ème édition

Français

Le jeu et l’enjeu

DOC A TUNIS existe grâce à l’accueil que lui réserve, chaque fois, un public sevré d’images authentiques et crédibles, en phase avec la complexité du réel. La demande de ce public sans lequel DOC A TUNIS n’aurait pas survécu, mérite beaucoup plus et beaucoup mieux que le respect et la générosité.

La programmation de cette session se veut, une fois de plus, un hommage à la résistance à travers des films qui dénoncent l’arbitraire, analysent les causes de l’injustice, s’interrogent sur l’absurdité des conflits actuels en développant des écritures et des approches originales qui interpellent les consciences.

En cette troisième édition, je réalise, plus que jamais, l’importance de l’enjeu que représente la croissance de ce festival dont les répercussions pourront être jugées à très brève échéance selon le cours que prendra la création documentaire naissante en Tunisie et dans toute la région. On constate déjà une augmentation quantitative de la production tunisienne en matière de documentaire. Il faut bien sûr s’en réjouir mais, certainement aussi, se prémunir contre l’impact à double tranchant que pourrait constituer l’opportunité d’un tel festival.

Il est donc indispensable que DOC A TUNIS place la barre le plus haut possible afin que ses orientations servent de garde-fou et de modèle aux réalisateurs, aux producteurs et aux décideurs. J’en appelle donc à tous les cinéastes concernés par l’avenir des formes d’expressions citoyennes en Tunisie, au Maghreb, dans le Monde Arabe, au sud de la Méditerranée pour qu’ils se mobilisent, se consultent, se concertent afin de s’approprier légitimement cet acquis et transformer cette manifestation encore balbutiante en un véritable vivier démocratique.

Un festival de documentaire suppose en effet une forme de gouvernance conforme à l’éthique du genre, une collégialité impliquant toutes les forces vives sans quoi le festival pourra toujours avoir l’air mais pas la chanson.

Par: Hichem Ben Ammar
Direction artistique



Objectif : canalyser le désir

L’aventure continue et nous voilà pour la troisième année consécutive à Tunis pour célébrer ce genre cinématographique qui témoigne d’une vivacité hors pair et d’un regain d’intérêt international.

Après deux éditions où le public Tunisien a su témoigner son intérêt au documentaire en assistant massivement à nos projections, nous avions compris que l’aventure ne fait que commencer et que le festival est tenu d’être encore plus exigeant dans ses choix pour présenter une programmation à la hauteur de nos succès précédents.

Cette année on a mûrement réfléchi nos programmations précédentes en vu de les améliorer et de les approfondir. Le festival se veut avant tout un catalyseur de désir chez nos jeunes cinéastes pour qu’ils découvrent dans un premier temps se qui se fait en matière de documentaire à travers le monde et de susciter chez eux ce désir précieux de mettre la main à la pâte et de se lancer dans de nouvelles aventures cinématographiques.

Ainsi nous avons élargi notre écran « promesses documentaires » vers d’autres horizons en intégrant d’autres jeunes venus du Maghreb, du Moyen Orient et de l’Europe. Pour donner l’occasion à ces jeunes cinéastes de présenter leurs premiers pas en vue d’être repérés et soutenus. L’élargissement géographique des promesses permet aussi de tisser des liens entre les différents jeunes cinéastes, mettant ainsi la Tunisie au cœur de son environnement Euro-méditerranéen en termes de promesse !

Notre attention s’est portée aussi à la production arabe. Face à l’intoxication fiévreuse des informations alarmistes, n’est-il pas nécessaire de prendre le temps de voir de plus près ce qui se passe ici et là au niveau des individus, au niveau de la petite histoire ? N’est-il pas nécessaire d’entendre les voix des réalisateurs issus de cette région pour voir le monde sous un autre angle qui contraste avec les analyses hâtives de l’actualité fournies par les chaînes d’information de tous bords.
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Les films tunisiens sont naturellement à l’honneur : comme chaque année notre cérémonie d’ouverture est dédiée à un film tunisien, tout en se félicitant de l’intérêt exponentiel que nos réalisateurs témoignent au documentaire.

Sans oublier notre précieuse sélection internationale qui nous transportera vers d’autres horizons tout en ouvrant nos yeux sur d’autres écritures documentaires, sur d’autres réalités…

Cela occasionnera des débats sur la place du documentaire dans nos sociétés contemporaines. Un débat essentiel, fait de voix et de regards pluriels.
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Kaouther Ben Hnia,
Co-direction artistique



Voir la réalité en face

Au seuil de cette troisième édition de DOC A TUNIS, on est en droit de se réjouir du simple fait qu’elle ait lieu, en temps et heure. Tenir ses engagements vis-à-vis du public et de ses partenaires figure en priorité dans le cahier des charges de l’équipe.

On serait, également, en droit d’espérer, que, passé le temps de la mise en place et du rodage, rien ne puisse empêcher la manifestation d’atteindre sa vitesse de croisière, si, toutefois, les choses se passent comme prévu. Mais comme rien n’est jamais acquis, la prudence reste de mise.

Croisons donc les doigts et voyons voir ce qui a été prévu. Une année durant, sentinelles en éveil, les membres de l’équipe ont été à l’affût de ce qui se produisait sur la planète Doc. Participation aux principaux festivals, suivi de l’actualité, contacts avec les réseaux personnels et professionnels, repérages, visionnages de nouveaux films, voire même d’extraits de travaux en cours. Rien, somme toute, de plus, que le travail de prospection et de préparation nécessaire à une programmation.

Au final, une moisson qui se décline en près de 75 titres représentant 17 pays. La répartition géographique ne signifie pas grand chose en l’occurrence. De par sa dimension universaliste, le documentaire détient ce pouvoir de transgresser toutes frontières. Une Finlandaise évoque le conflit oublié en Tchétchénie ; un musicien tunisien se porte témoin de la guerre du Liban, un Palestinien résidant au Royaume-Uni découvre, à Cuba, une version quelque peu inattendue de sa problématique identité, identité que deux jeunes réalisatrices françaises, à leur tour, tentent de cerner dans un camp de réfugiés au Liban ; le passé du Soudan et la situation actuelle au Darfour sont abordés par un Suisse et une Française, un Allemand piste, à travers plusieurs continents, des fous de cinéma ; des portraits intimistes en Tunisie, en France, en Egypte, révèlent des destins collectifs forgés par les turbulences de l’Histoire…
Le documentaire ne recule devant rien, il se mêle de ce qui ne le regarde pas, mais comme tout le regarde, c’est ce qui fait sa force de frappe.

Mais devant la multiplication des propositions, la fragmentation des sources, des images et la diversité des représentations du réel, comment savoir séparer le bon grain de l’ivraie ? On sait qu’en la matière, il n’y a pas de mode d’emploi, pas de recette toute prête.

Pour ceux qui avaient en charge la sélection, seule la qualité a valeur de critère. Quel que soit le sujet abordé, c’est la pertinence du traitement artistique, la rigueur de l’investigation, le regard porté sur les hommes et les évènements évoqués, le processus de mise en confiance des protagonistes, la valeur de leurs témoignages qui se conjuguent pour produire ce frisson qu’on appelle coup de cœur et qui fait dire : c’est ça !

Plusieurs thématiques sont développées au travers d’une large palette de regards et d’approches. Ouvrant autant de pistes de réflexion, elles parcourent, en filigrane, les différentes sections. Selon ses centres d’intérêt personnels, chacun pourra forcément y trouver matière à s’informer, à s’interroger, à s’émouvoir, à réfléchir, à prendre du plaisir, à réagir sur la réalité et les multiples façons qu’a le documentaire d’en rendre compte.

Pour DOC A TUNIS, cette programmation se veut en cohérence avec un objectif essentiel : proposer des films suffisamment forts pour interpeller de façon telle qu’ils arrivent à purger, ne serait-ce que le temps d’une projection, les regards et les esprits du flot d’images abrutissantes, tendancieuses ou mensongères qu’ils subissent à longueur d’année.

Pour l’Association Ness El Fen
Houria Abdelkafi



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