Événements

Résonances 2008
8e édition

Français

Rencontres du cinéma citoyen

Vendredi 17 octobre

Soirée d’ouverture
Hommage à Youssef Chahine
Décédé à l’âge de 82 ans en juillet dernier, Youssef Chahine est né en 1926 à Alexandrie.
Il a obtenu en 1997 le Prix du cinquantième anniversaire du Festival de Cannes (France) et ce, pour l’ensemble de son oeuvre. À 21 ans, il quitte son Égypte natale pour aller étudier le cinéma aux Etats- Unis. À son retour, trois ans plus tard, l’occasion lui est donnée, grâce à Alvise Orfanell, de réaliser son premier film, Papa Amin. En 1951, âgé tout juste de 25 ans, il débute dans un cinéma d’auteur et inconnu en Egypte. Il est invité pour la première fois au Festival de Cannes en 1951, pour son film Le fils du Nil. Mais le film qui allait marquer sa carrière à jamais fut Gare centrale, en 1958, chef-d’oeuvre qui lui permit d’entrer au Panthéon des plus grands cinéastes du XXe siècle.
Fréquemment confronté à la censure, Youssef Chahine ne cesse néanmoins de dénoncer la bêtise et l’intégrisme, tout en multipliant les choix stylistiques.
Il était dans tous les combats pour la liberté d’expression à travers le cinéma et autres forums qui lui étaient accessibles. Il a fait l’objet de procès d’intimidations et de nombreux interdits pour la projection de ses films de la part d’intégristes de tous bords.

18h30 >
GARE CENTRALE
Égypte, 1958, 85 min, VOSTF, Fiction
Réalisation Youssef Chahine
Scénario Abdel Hay Abid, Mohamed Abou Youssef
Production Gabriel Talhami
Image Alvise Orfanelli
Montage Kamal Abou Ela
Musique Fouad Al Zahiri
Avec Hind Rostom, Farid Chawqui, Youssef Chahine,
Hassan al Baroudi, Abdel Nadji
C’est avec Gare centrale que Youssef Chahine a fait son entrée dans les histoires du cinéma. Il s’agit d’un récit éclaté, aux multiples personnages, centré sur la gare du Caire et les divers échantillons de la population qui s’y retrouvent. Gare centrale mélange les genres, les sentiments et les inspirations. Tout le rapport à la fois généreux et inquiet de Chahine au cinéma et au monde est déjà là.

21h > Avant-première
HUNGER
Grande-Bretagne, 2008, 110 min, VOSTF, Fiction
Réalisation Steve McQueen
Scénario Steve McQueen, Enda Walsh
Production Blast! Films
Image Sean Bobbitt
Montage Joe Walker
Avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Stuart Graham
Distribution MK2 Distribution
Caméra d’or, Festival de Cannes 2008
En 1981 à la prison de Maze, en Irlande du Nord, Raymond Lohan est surveillant de prison, affecté au sinistre Quartier H où sont incarcérés les prisonniers politiques de l’IRA qui ont entamé le « Blanket and Nowash Protest » pour témoigner leur colère (grève de la faim et hygiène corporelle minimaliste). Détenus et gardiens y vivent un véritable enfer.
Avec un premier film au sujet radical et dur, l’anglais Steve McQueen signe un authentique réquisitoire contre l’idiotie des politiques territoriales ainsi qu’un vibrant plaidoyer à toutes les convictions humaines, à ces acteurs de l’ombre qui endurent tous les excès d’une répression extrême.
Hunger, c’est aussi une intriguante poésie sourde, noire comme le jais, habitée par la mort où la moindre étincelle de vie devient un hymne criant à la liberté. Le voyage entre espoir et ode funéraire s’affranchit des codes (religieux, ethniques…) afin de devenir une universelle représentation de l’engagement.
Le premier film de Steve McQueen se pose d’emblée comme un fascinant objet réfléchi et sensitif. Cette réalisation anglaise ne devrait pas passer inaperçue par son point de vue clinique et froid de l’aliénation des hommes ; une représentation de la volonté jusqu’au boutiste qui ne manquera de provoquer des afflux de sang perturbés aux spectateurs les plus fragiles.
L’auteur joue ici la carte des points de vue avec la confrontation de deux personnages. Un gardien bien sûr et l’un des meneurs du mouvement gréviste. Il n’y a bien souvent aucune parole entre les personnages du film, ce qui renforce une promiscuité toute singulière avec les différents protagonistes accompagné d’un sentiment de malaise prégnant à chaque instant. La force d’un récit de cinéma ne se mesure pas à la quantité de mots le parsemant, loin s’en faut. La puissance d’évocation des images et des sons se révèlent bien souvent plus criants de vérité. Le film de Steve McQueen restitue une composition troublante de la volonté, de celle qui transfigure un homme au-delà de ces idéaux jusqu’à faire corps avec les idées elle-même.
Une action individuelle peut en entraîner d’autres, et la puissance de la volonté chère à Nietzsche prend ici une sublimation toute particulière.
Retenez ce nom, Steve McQueen.

samedi 18 octobre

Hommage à Madicoulé Diallo
CINÉ-FAMILLE
Le ciné-famille c’est une séance de cinéma spécialement conçue pour que les parents puissent assister à la projection et à la rencontre cinéma pendant que leurs enfants découvrent dans la salle d’à côté le film jeune public qui leur est destiné.
Ce concept original ravit autant les adultes que les enfants qui terminent leur projection par un goûter en attendant la fin de séance de leur parents.
Adicoulé Diallo, né au Mali il y a 57 ans, arrivé en France en 1968, est décédé en mai dernier plongeant sa famille, ses collègues, ses amis dans la stupeur. Conseiller municipal élu en mars sur la liste « Bobigny pour tous », membre actif de nombreuses associations, il était aussi membre fondateur de l’Association des Africains de Bobigny.
Depuis plusieurs années, grâce à sa collaboration, son dynamisme et son engagement, nous avions créé les séances « Ciné-famille » qui permettent aux parents de la communauté africaine de Bobigny de venir voir des films et de participer à des débats éducatifs le samedi après-midi pendant que les enfants visionnent un film dans une autre salle.
Nous voulons lors de cette séance rendre hommage à ce militant engagé et à ce balbynien qui s’est mis généreusement au service de la Ville et de ses concitoyens.

14h30 > Inédit
LA RIVALE
France, 2008, 90 min, Fiction
Réalisation & Montage Edouard Carrion
Scénario Edouard Carrion, Laurentine Milébo
Production Les Histoires du Mbongui
Image Frédéric Dano
Musique Georgette Panz, Léopold Nakouna, Piotr Wierzejski
Avec Laurentine Milebo, Claude Alexandre Eclar
Distribution Diaspora Service
C’est un long métrage qui retrace la vie d’un couple, Prudence (Laurentine Milébo) et Maurice (Claude Alexandre Eclar) qui, après douze années de vie commune, voit leur mariage s’effondrer à l’arrivée d’une rivale dotée par la famille de Maurice depuis le pays pour remplacer la « vieille ménopausée » Prudence. Pour gérer et étouffer cette venue inopinée au domicile du couple en région parisienne, Maurice, avec la complicité de Papa Simon, présente Thérèse pour la première fois à son épouse comme étant sa cousine. Thérèse profitant du départ de Prudence à New York pour un concours de gastronomie revendique sa place dans la maison, face à Maurice un peu embrouillé par la beauté et la jeunesse de la fille. C’est à partir de ce moment que tous les problèmes vont commencer…
La Rivale est un film inédit qui a vu la participation de jeunes acteurs tels que les Ivoiriens Alphonse Demeho et Tatiana Rojo, du Guadeloupéen Claude Alexandre Eclar et des Congolais Brazzavillois, Laurentine Milébo et Papa Simon qui pour la plupart font leurs premiers pas dans le cinéma à travers ce film africain digne de ce nom qui mérite d’être soutenu.

En présence du réalisateur Edouard Carrion

en même temps pour les enfants
LE ROI ET L’OISEAU
France, 1980, 87 min, Animation
Réalisation & Montage Paul Grimault
Scénario Paul Grimault, Jacques Prévert
Production Maag Daan, Waka Films
Image Gérard Soirant
Musique Joseph Kosma
Avec les voix de Jean Martin, Pascal Mazzotti, Raymond Bussières
Distribution Gebeka Films
Le Roi Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize règne en tyran sur le royaume de Takicardie. Seul un Oiseau, enjoué et bavard, qui a construit son nid en haut du gigantesque palais, tout près des appartements secrets de Sa Majesté, ose le narguer. Le Roi aime les arts. Ainsi qu’une jolie Bergère qui figure auprès d’un jeune Ramoneur sur un tableau qui orne sa chambre royale. Ils sont épris l’un de l’autre et ils doivent s’enfuir pour échapper au Roi… L’aide de l’Oiseau sera t’elle suffisante pour leur permettre de vivre leur amour ?
Séance suivie d’un goûter
En partenariat avec la Maison des parents de la Ville de Bobigny,
l’Association des Femmes-Relais et l’Association des Africains de Bobigny

samedi 18 octobre

18h30
MIRAGES
France, 2008, 46 min, Documentaire
Réalisation & Image Olivier Dury
Production L’oeil sauvage
Montage Christine Benoît
Musique Loïc Carroa
Prix du premier film, FID Marseille 2008
Chaque jour, des dizaines d’hommes porteurs d’un immense espoir, émigrent vers l’Europe. Durant les premiers jours de leur traversée entre le Niger et l’Algérie, ces hommes, en quête d’un avenir meilleur, doivent affronter le terrible désert, guidés par des Nomades/passeurs touaregs qui ont, depuis des générations, dompté l’insaisissable désert. Le désert n’est plus seulement cette immensité qui éconduit des voyageurs aventureux et inexpérimentés, c’est aussi ce territoire du monde contemporain où s’inscrit une épopée silencieuse d’hommes à la recherche d’un ailleurs prospère. Une seule constante : la capacité du désert à générer des mirages, du fantasme, du rêve et finalement de l’espoir.
Cette épreuve qui les traverse fait d’eux des sans-papiers. C’est durant ce trajet que le film les singularise, les détourne un instant de l’invisibilité qui les attend.

En présence du réalisateur Olivier Dury

précédé de
HARRAGAS
Belgique, 2008, 16 min,VOSTF, Fiction
Réalisation & Scénario Grégory Lecocq
Production Ultime Razzia Production
Image Jean-François Metz
Avec Dorsy Rugamba, Sophie Dewulf
Lauréat du concours de scénario Nisi Masa 2006
Amadou, clandestin africain d’une vingtaine d’années, est en route pour l’Europe, caché dans la soute à bagages d’un car reliant Tanger à Bruxelles. Lors d’un arrêt, la porte de la soute s’ouvre brièvement puis se referme. Amadou fait alors une désagréable découverte… « L’idée du film est née du concours de scénarios de Nisi Masa. Le thème imposé était celui du touriste. Cela ne me parlait pas du tout.
Je me suis dit que j’allais prendre le thème à contre-pied en travaillant sur les clandestins, le huis clos et la notion de frontière (géographique, sociale, physique et éthique). Je ne voulais pas faire de politique, parler d’un pays ou d’un conflit particulier.
Ce qui m’intéressait, c’était d’écrire sur les êtres humains et l’universel. » a déclaré le réalisateur durant le Festival de Nisi Masa 2006.
En partenariat avec Périphérie

Soirée Les 20 ans de Politis
21h > Avant-première
LES ENFANTS DE DON QUICHOTTE (ACTE 1)
France, 2008, 77 min, Documentaire
Réalisation & Scénario Ronan Dénécé, Augustin Legrand
et Jean-Baptiste Legrand
Production Centrale électrique
Montage Anita Roth
Son Philippe Grivel
Distribution Bodega Films
Semaine de la critique, Festival de Cannes 2008
Automne 2006 : Augustin Legrand, acteur de son état, son frère Jean- Baptiste et quelques amis décident de prendre physiquement conscience de la galère vécue par les SDF en partageant leur quotidien.
L’expérience est décisive : le grand Legrand, silhouette d’homme de la Mancha, générosité et fol idéalisme à l’avenant, fonde Les Enfants de Don Quichotte afin d’interpeller citoyens et politiques, et d’obtenir des mesures concrètes pour les sans-logis. Des premières vidéos sur Internet au campement de dizaines de tentes au bord du Canal St Martin, par un temps de gueux, entre décembre et janvier, ce documentaire témoignage d’une action humanitaire et politique en marche, retrace les heures exaltantes et difficiles, décourageantes et chaleureuses, épuisantes et victorieuses, hélas temporairement. C’est justement les promesses non tenues qui ont déterminé la sortie de ce film, destiné à l’origine à être une trace, une main courante en quelque sorte. Cela pourrait décourager tout jugement artistique et pourtant ce film se suit presque comme un polar, avec ses héros, ses traîtres, ses lâches, sans que cela nuise, au contraire, à son efficacité.
Certains films constituent le bras armé d’une cause sociale ou politique.
Les Enfants de Don Quichotte (Acte 1) est de ceux-là.
« Quand nous avons commencé ce film, l’idée était d’en faire une caisse de résonance de notre action, de raconter notre tentative au cas où elle échouerait, explique Augustin Legrand. Pour casser des préjugés, expliquer pourquoi le problème des SDF est politique et non pas de charité compassionnelle… Parce que les Legrand and co sont gens de spectacle et que, outre leur indéniable sincérité, c’est aussi cela qu’ils ont mis au service de cette juste cause, ils nous offrent une image à la tonalité signifiante, une vraie progression dramatique, servie par un montage rigoureux et des acteurs, professionnels ou pas, formidables.
En présence d’Augustin Legrand et d’Ingrid Merckx, journaliste à Politis
En partenariat avec Politis, l’Amicale des locataires de Bobigny

dimanche 19 octobre

15h > Avant-première
MASCARADES
Algérie, 2008, 94 min, VOSTF, Comédie
Réalisation & image Lyes Salem
Scénario Lyes Salem, Nathalie Saugeon
Production Dharamsala
Montage Florence Ricard
Musique Mathias Duplessy
Avec Sarah Reguieg, Lyès Salem, Rym Takoucht,
Mourad Khan
Distribution Haut et Court
Valois d’or du Meilleur Film du 1er Festival du Film
francophone d’Angoulême
Mounir Mekbel vit avec sa famille dans un petit village des Aurès.
Très fier et sûr de lui, il n’a qu’un rêve : être enfin considéré à sa juste valeur par ses concitoyens. Son talon d’Achille : sa soeur qui s’endort à tout bout de champ et dont le village est persuadé qu’elle finira vieille fille. Un soir, Mounir rentre ivre de la ville et annonce qu’il a trouvé un riche prétendant. L’organisation de la cérémonie commence… sans marié. Le réalisateur algéro-français signe ici une oeuvre de genre qui se distingue par la fraîcheur et la dynamique des dialogues d’un cinéaste/scénariste qui a fait un bel effort pour s’exprimer dans sa langue (paternelle), l’arabe dialectal. Entre l’être, le paraître, le vouloir et le pouvoir, il y a plusieurs chemins que les personnages traverseront, quittes à tourner en rond, pour atteindre la sérénité de l’âme. Comme dans Cousines, son deuxième court-métrage qui lui a valu un César en 2004, Lyes Salem signe ici une oeuvre qui plaide pour la liberté des femmes comme dans cette expression où il exhortera sa petite soeur « à vivre! ».
En présence du réalisateur Lyes Salem

précédé de
C’EST DIMANCHE
France, 2007, 30 min, Comédie
Réalisation & Scénario Samir Guesmi
Image Pascale Marin | Production Kaléo Films
Montage Pauline Dairou | Musique Shantel
Avec Malcom Douglas Keinodje, Yann Colette, Simon Abkarian
Prix du public au 30ème Festival international de courts métrages
de Clermont-Ferrand 2008 / Grand prix du Festival de Grenoble 2008
C’est dimanche est une jolie et émouvante comédie dramatique qui dépeint les rapports d’un jeune garçon issu de l’immigration avec son père. Servi par une très belle interprétation, ce court-métrage tourné à Paris et produit par Olivier Charvet de la société Kaleo Films, raconte l’histoire d’un jeune garçon, âgé de treize ans, qui est renvoyé du collège et laisse croire à son père qu’il a décroché un diplôme.
En présence du réalisateur Samir Guesmi

18h30 > Avant-première
L’ORCHESTRE DE LA PIAZZA VITTORIO
Italie, 2006, 96 min, VOSTF, Documentaire
Réalisation Agostino Ferrente
Production Bianca Film
Image Greta De Lazzaris, Alberto Fasulo, Simone Pierini,
Giovanni Piperno
Montage Desideria Rayner, Jacopo Quadri
Musique L’Orchestra di Piazza Vittorio
Avec Mario Tronco, Agostino Ferrente, Dina Capozio,
Mohammed Bilal
Distribution Eurofilm
Sélection officielle, Festival de Locarno 2006
Ce documentaire raconte l’histoire de l’orchestre de la Piazza Vittorio, une formation, célèbre désormais depuis quelques années, née à l’initiative de Mario Tronco, clavier des « Avion Travel » et d’Agostino Ferrente. Dans un quartier de Rome où les Italiens sont une « minorité ethnique », ils ont su réunir un groupe de musiciens de rue venant des quatre coins du monde. Cinq ans de documentation, trente musiciens, quinze nationalités, cinq opérateurs, quatre techniciens, trois ingénieurs du son ; un quartier, un cinéma sauvé, une association culturelle, un chef d’orchestre et un réalisateur pour un extraordinaire mélange multiethnique d’histoires, d’humanité et de musique, qui aux yeux de la plupart n’est pas simplement le rêve devenu réalité, mais un choix de vie et de société.
Malgré les cinq ans de tournage de ce documentaire, le réalisateur ne s’est concentré que sur la première année de cet orchestre, et c’est tant mieux. On suit la mise en place de l’orchestre et la préparation pour ce premier concert avec plaisir. La politique est présente.
Difficile de réaliser un documentaire sur l’orchestre de la Piazza Vittorio sans évoquer le gouvernement Berlusconi et les nombreuses manifestations qui ont eu lieu durant le tournage.
Accompagné de la musique agréable et colorée de l’orchestre, le documentaire est un voyage agréable le long d’une aventure originale.

lundi 20 octobre
18h30 >
Yann le Masson, invité d’honneur
REGARDE, ELLE A LES YEUX GRAND OUVERTS
France, 1979-1980, 77 min, Docu-fiction
Réalisation Yann Le Masson
1979-1980, Yann Le Masson partage la vie quotidienne d’un groupe du Mlac (Mouvement de Libération de l’Avortement et la Contraception) à Aix-en-Provence.
La loi Veil votée en 1975 reste inappliquée, les militants du Mlac continuent leur lutte contre toutes les résistances à cette liberté essentielle de chaque femme d’être « maître de son corps » en poursuivant ses avortements selon la méthode Karman. Le groupe d’Aix-en-Provence va vivre un procès retentissant. Yann Le Masson mettra sa caméra au coeur de tous les instants de cette épopée en filmant au plus près la vie qui se manifeste dans les premiers gestes des enfants qui naissent.

précédé de
PLANNING FAMILIAL À GRENOBLE
France, 1961, 15 min, Reportage
Réalisation Jacques Krier
Production INA, ORTF
Collection « Cinq colonnes à la une »
C’est à Grenoble que le premier planning familial s’est ouvert, à l’image de ceux que l’on trouve désormais un peu partout en Europe.
Il s’y dispense des informations sur tout ce qui concerne la vie du couple et la contraception.

20h30 > Avant-première
LES BUREAUX DE DIEU
France, 2008, 130 min, Fiction
Réalisation Claire Simon
Production Les Films d’Ici, Ciné-@, La Parti Production
Scénario Natalia Rodriguez Nadège Trébal, Claire Simon
Image Philippe Van Leeuw, Claire Simon
Montage Julien Lacheray
Avec Nathalie Baye, Nicole Garcia, Isabelle Carré, Béatrice Dalle,
Michel Boujenah, Marie, Laforêt, Rachida Brakni, Anne Alvaro,
Lolita Chammah, Emmanuel Mouret
Distribution Shellac
Quinzaine des réalisateurs, Festival de Cannes 2008
Les Bureaux de Dieu, de Claire Simon, se situe à la frontière du documentaire et de la fiction. La réalisatrice de Ça brûle (2006) y filme une belle brochette d’actrices dans le rôle de conseillères du Planning familial. Nathalie Baye, Béatrice Dalle, Isabelle Carré, Rachida Brakni, Nicole Garcia, Marie Laforêt, Anne Alvaro et d’autres encore, ont à charge de recevoir la parole des femmes qui viennent les consulter. En face d’elles, de jeunes comédiennes non professionnelles leur confient leurs angoisses sur la contraception, la grossesse, l’avortement… Dans une série d’entretiens filmés en de longs plans-séquences, ces duos de comédiennes rejouent ainsi certaines des rencontres auxquelles a assisté Claire Simon pendant le temps qu’elle a passé dans un bureau du Planning familial de Marseille, et qui ont servi de matière à son scénario. Autour, des bribes de fiction s’esquissent, qui façonnent le bureau comme une entité vivante, et donnent au film, comme le pose très justement Nicole Garcia, une structure de « chant polyphonique ».
Nathalie Baye admet ainsi qu’elle était « complètement « out » par rapport au problème du Planning familial ». Et qu’elle a découvert avec ce film le « désarroi, la solitude de ces femmes de tous les milieux confondus qui, à l’heure de l’hyper-communication, quand le sexe est partout, ne peuvent pas communiquer, ni avec leurs familles ni avec leurs amis, autour de la grossesse, de la pilule, etc. » Nathalie Baye s’est laissée surprendre par « l’authenticité, la vérité » dont faisaient preuve, face à elles, les actrices non professionnelles, et qui exigeait en retour une sincérité de leur part à elles, les professionnelles.
Elle compare l’expérience à celle de jouer avec un enfant, ou chez Godard, « qui gomme tous les petits artifices ».
Ce « trouble » qu’ont connu les actrices a sans doute à voir avec le fait que les jeunes femmes avaient toutes vécu des choses qui les rattachaient au texte qu’elles avaient à jouer. Et que les interprètes des conseillères ne les ont pas rencontrées avant le tournage. Le récit de la prostituée bulgare, par exemple, ne reflète pas l’histoire de la femme qui le raconte, « mais c’est quand même bien son job », dit Nicole Garcia, qui avait le sentiment d’être « comme prise en défaut » lors de ces plans-séquences.

Isabelle Regnier, Libération, 21 mai 2008
En présence de la réalisatrice Claire Simon
En partenariat avec l’Observatoire départemental des violences faites
aux femmes du Conseil général de la Seine-Saint-Denis

mardi 21 octobre

Carte blanche au réalisateur
Abraham Ségal
18h30 >
HARLAN COUNTY USA
1976, USA, 120 min, VOSTF, Documentaire
Réalisation Barbara Kopple
Production Barbara Kopple
Image Kevin Keating
Montage Nancy Baker, Mirra Bank, Lora Hays
Musique Hazel Dickens
Oscar du meilleur documentaire long métrage en 1976
Ecrivain et cinéaste, depuis toujours, Abraham Segal est né à Bucarest et a étudié l’histoire et la philosophie à Jérusalem et le cinéma à Paris. Diffusés à la télévision et au cinéma, ses derniers grands documentaires Enquête sur Abraham (1996) et Le mystère Paul (2000), ont suscité un vif intérêt et des débats passionnés. Il a récemment publié Abraham, enquête sur un patriarche (Éd. Bayard, 2003). « Ma propre rencontre avec le Patriarche a été programmée avant ma naissance par mes parents qui m’ont appellé Abraham, en mémoire de mon grand-père maternel. Mais ce sont les images tragiques de l’Intifada, avec le sacrifice d’enfants Palestiniens, qui ont motivé ma relecture de l’histoire d’Abraham dans la Bible et ses nombreuses interprétations. ».
Ce film superbe, d’une facture formelle inédite, rend compte de la longue grève des mineurs du Kentucky qui dura 13 mois (1973-74). Barbara Kopple a mené une enquête à tous les niveaux, le film résultant du tressage subtil de ce matériau impur : le travail des mineurs, des interviews, des films d’archives sur les grèves passées, reportages télévisés sur les élections des leaders de l’UMWA ; et le filmage de séquences de la grève, en situation, dont elle rend compte directement, avec un effet d’instantané, de présence, très proche du suspens des films policiers. Le montage de tous ces éléments ne suit pas les règles d’une temporalité classique, chronologique. Sa modernité est lisible dans un va-et-vient constant entre passé et présent.
Récompensée par deux oscars, dont le premier à vingt-quatre ans, Barbara Kopple est parmi les plus grands documentaristes des Etats-Unis, où les femmes cinéastes sont rares.
Dans la lignée de Lionel Rogosin, Richard Leacock ou D.A.
Pennebaker (elle en fut l’assistante à la caméra), Barbara Kopple n’a cessé de filmer les hommes de son pays en lutte : avec Harlan County USA (Oscar 1976), avec American Dream (Oscar 1991) où elle montre le coût humain du déclin économique des régions industrielles, ou en participant à Winter Soldiers, film collectif sur la guerre du Vietnam.
Film présenté par Abraham Ségal

21h >
Prélude
En introduction à la séance, deux comédiens Anne Quesemand et Laurent Berman proposent une suite aux saynètes qui ponctuent le film La Vie t’en as qu’une, avec un extrait de 15 minutes de leur spectacle Colporteurs d’Images (Compagnie du Théâtre à Bretelles).

LA VIE T’EN AS QU’UNE
France, 1978, 78 min, Fiction-documentaire
Réalisation & Scénario Denis Guedj, Jean-Pierre Pétard
& Abraham Ségal
Production Annie Ségal, Chant du Possible
Image Rafi Toumayan
Montage Vera Memmi
Musique Groupe Longamai
Avec Anne Quesemand, Laurent Berman
En ces temps de commémoration satisfaite où tout le monde y va de son mai 68, où les nécrophages et les attendris se cherchent à l’écran dans les films qui ont eux aussi, pris dix ans, voici venir modestement un film qui nous entretient d’aujourd’hui, de 78.
La vie, t’en as qu’une est un film sans écriture. Un film d’écritures. Un film patchwork dont la fragmentation bigarrée est le principe même : bout à bout l’interview, le théâtre de rue (Le Théâtre à bretelles et ses papiers déroulés dans un cadre peint, vidéo du pauvre, tellement plus belle et poétique que la vidéo des autres), le reportage traditionnel. Ni film militant, ni film proclamation. Les documents drôles, exceptionnels (une mère s’est présentée à la caserne travestie, à la place de son fils appelé ; des atomistes qui élèvent des abeilles dans le périmètre d’une centrale nucléaire sur leur temps de travail, ils tiennent à le préciser) ou, plus traditionnels mais remarquablement filmés (les ouvrières d’une fabrique artisanale de pinceaux et leur innocent directeur) nous renvoient à notre aujourd’hui éclaté, où les seules certitudes sont des certitudes négatives.
La vie, t’en as qu’une est un film éponge : ses auteurs ont su saisir, aspirer, restituer la multiplicité (qui n’est point nécessairement contradictoire) de la marginalité. La somme des refus qui définissent cette gauche extrême, floue, qui n’est ni chiffrable, ni étiquetable, qui tâtonne souvent, mais qui existe dramatiquement, et le film le prouve, sait le reconnaître.
Jean-Pierre Jeancolas, Positif, n° 208-209, 1978

précédé de
LA CHAÎNE SE DÉCHAINE
France, 1978, 12 min, Documentaire
Réalisation Denis Guedj, Jean-Pierre Pétard, Abraham Ségal
Image Rafi Toumayan
Montage Vera Memmi
Musique Groupe Longamai
Avec Anne Quesemand, Laurent Berman, Henri Gruvman
Le sabotage est par excellence l’anti-travail, l’anti-sacrifice. Chacun le prépare en recherchant à la fois son propre plaisir, l’intérêt de tous, un risque calculé, la facilité d’exécution, l’occasion favorable. Il habitue à l’autonomie et à la créativité. Il est le JEU subversif où se brise la récupération bureaucratique. Ce qui s’est passé en 1968 dans une usine d’automobiles proche de Detroit (États-Unis). « On commença à voir dans certaines parties de l’usine des actes de sabotage organisés. Au début, c’étaient des fautes d’assemblage ou même des omissions de pièces, à une échelle telle que de nombreux moteurs étaient rejetés à la première inspection.
L’organisation de l’action entraîna différents accords entre les vérificateurs et quelques ateliers d’assemblage, avec des sentiments et des motivations mélangés chez les ouvriers concernés.
Certains, déterminés, d’autres cherchant une sorte de vengeance, d’autres encore participant seulement pour se marrer. Toujours est-il que le mouvement se développa rapidement dans une ambiance très enthousiaste (…) » Le film entremêle des témoignages de travailleurs sur des formes de résistance au rythme imposé par la chaîne et une mise en images et en musique du compte rendu, fait par les ouvriers de la General Motors aux États-Unis, d’un sabotage collectif devenu fête.

En présence du réalisateur Abraham Ségal, rencontre animée par Corinne Bop
En partenariat avec Les Rencontres documentaires de Périphérie

mercredi 22 octobre

Yann Le Masson, invité d’honneur
18h30 >
LA RÉCRÉATION
France, 1959, 16 min, Documentaire
Réalisation Paul Carpita
Image Yann Le Masson
Montage Monique Gaillard
Avec Michel Fontayne, Rose Mai, Alain Lungo
Venu travailler dans la cour de son ancienne école, un plombier est saisi par ses souvenirs et, en particulier, par celui de son amitié avec Jérôme et des tours pendables qu’ils faisaient ensemble.
Souvenirs poignants car Jérôme, appelé du contingent, est mort en Algérie.

J’AI HUIT ANS
France, 1960, 8 min, Documentaire
Réalisation Yann Le Masson, Olga Baidar Poliakoff
Son premier geste a été de devenir complice d’une tentative, celle de Frantz Fanon, auteur des Damnés de la terre, qui est allé, en 1961, dans les camps de réfugiés le long de la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, recueillir les dessins des enfants. Ce travail, commencé avec René Vauthier deviendra J’ai huit ans, un film de 8 minutes tourné en 16 mm de Yann Le Masson et Olga Poliakoff. Le film sera interdit par la police et saisi 17 fois.
Le visa de censure ne lui sera accordé qu’en 1974, douze ans après la fin de la guerre d’Algérie
.
HELIGONKA
France, 1985, 26 min, Documentaire
Réalisation Yann Le Masson
Patrick, atteint depuis 25 ans du diabète et traité à l’insuline, perd peu à peu la vue. Il a accepté un traitement au laser comme seule alternative à la cécité totale, traitement qui détruit presque toute la rétine pour ne conserver que la vision centrale.
Pendant trois ans, le réalisateur l’a suivi dans sa vie quotidienne, marche vers le noir, où il apprend au jour le jour à toucher, écouter, deviner, sentir, résister. La caméra rétrécit son champ au fil du temps pour voir comme Patrick. Il en résulte un film touchant et généreux.

SUCRE AMER
France, 1963, 26 min, Documentaire
Réalisation Yann Le Masson
Documentaire tragique : le « bon Zoreil » venu de France, éloquente image de foule que l’on pousse comme un troupeau vers la mairie de la grande ville. Documentaire comique : comique, Michel Debré, lorsqu’il essaie de faire croire à tous ses auditeurs, originaires pour la plupart d’Afrique, des Indes, de Madagascar ou de Chine, que leurs ancêtres sont des Gaulois. Documentaire irréfutable enfin, par tous ces témoignages de créoles en colère parce qu’ils n’ont pas reçu leur carte d’électeur et qui citent les nombreux cas de morts qui ont « déposé » un bulletin dans l’urne !
En présence du réalisateur Yann Le Masson

20h30 > copie neuve restaurée
KASHIMA PARADISE
France, 1971, 112 min, Fiction
Réalisation Yann Le Masson, Bénédicte Deswarte
Scénario Benie Deswarte, Yann Le Masson
Production Les Films Grain de sable
Image Yann Le Masson
Musique Hiroshi Hara
Commentaires Chris Marker
Semaine internationale de la critique au Festival de Cannes
1973, Nominé pour les Oscars 1974
Entre Kashima et Tokyo, se construit vers 1970 l’aéroport de Narita : les paysans refusent de vendre leurs terres et affrontent les gardes mobiles envoyés pour les expulser. Yann Le Masson part au Japon rejoindre une jeune sociologue, Bénie Deswarte, qui étudie la société japonaise et particulièrement les formes ancestrales d’échanges, de troc, de dons et contre dons qui sous-tendent les rapports sociaux. Ensemble, caméra et micro déployés, ils vont suivre pas à pas l’émergence, dans ce contexte, d’un immense complexe industriel et la création du gigantesque aéroport de Narita. Lentes transformations, assimilation et adaptation étonnantes, batailles héroïques, paysans, étudiants, soldats dans une même mêlée. Yann Le Masson compose par petites touches un des plus beaux et bouleversants documentaires du cinéma français, magnifié par le puissant commentaire de Chris Marker.
Le film dénonce les violents affrontements entre les forces de l’ordre et les paysans qui refusent de vendre leurs terres au profit de l’expansion économique du pays. Cependant, les officiels japonais, par la violence ou par la ruse, surmontent ces difficultés. Tout semble prouver que, comme à Kashima, c’est le « paradis » pour les trusts.
Filmé en noir et blanc avec une maîtrise qui a fait de ce film la référence du cinéma militant des années 70.
En présence du réalisateur Yann Le Masson
Rencontre animée par Jean-Pierre Daniel

jeudi 23 octobre

18h30 >
NO LONDON TODAY
France, 2007, 77 min, Documentaire
Réalisation, Image, Montage & Son Delphine Deloget
Production Injam Production
Sélecion ACID, Festival de Cannes 2008
No London today est un film qui n’hésite pas à prendre à bras le corps toute la complexité du monde et de sa représentation, à en faire sa matière même. Après beaucoup d’autres, Delphine Deloget a décidé de raconter les histoires de ceux qui viennent à Calais pour se rendre, à tout prix, en Angleterre. Mais comme aucun(e) autre avant elle, elle choisit de montrer toute la complexité de sa relation à ces hommes : comme femme, comme occidentale, comme « privilégiée », comme cinéaste.
Cette relation est au coeur de son travail, elle l’a filmée et n’essaie jamais de la dissimuler au montage. Bien au contraire, elle l’expose et l’évolution de cette relation participe tout autant au récit de ces hommes qui lui livrent des bribes de leur parcours. Elle répond à tous, n’esquive aucune question, elle rit et son rire nous accompagne tout au long du film. Ce rire désigne, sans qu’aucun discours ne soit nécessaire, toute la différence qu’il y a forcément entre des nantis et ceux à qui on refuse tout, et en même temps il permet de la dépasser. À partir de ce rire, elle parvient à tisser des liens très forts, complexes et ambigus, qui nous permettent de partager avec ces hommes la peur, l’attente, les déceptions, les moments de bonheur, d’amitié, de solidarité.

En présence de la réalisatrice Delphine Deloget
En partenariat avec l’Association pour un Cinéma Indépendant
et sa Diffusion (ACID

20h30 > Hommage au poète et écrivain palestinien
Mahmoud Darwish
Mahmoud Darwish, disparu en août dernier, était poète.
Il était aussi palestinien. Son oeuvre comprend vingt grands recueils de poésie ainsi que plusieurs ouvrages en prose et de nombreux articles. Elle est traduite dans plus de quarante langues. Arraché à sa terre à l’âge de 6 ans, il fut ballotté dans la tourmente politique et la guerre de libération.
Porte-parole malgré lui de tout un peuple, ses premiers textes furent associés à la cause palestinienne, sans toujours y avoir été destinés. Sa poésie, adulée dans le monde arabe, chante l’exil, la guerre, la prison, l’amour. Ce succès populaire, il le doit en grande partie aux nombreux artistes qui ont chanté ses vers. Mahmoud Darwish n’a jamais voulu être ni héros ni victime, seulement un homme, apatride, avec ses souffrances et ses joies simples. Mahmoud Darwish réinvente une langue empreinte des modèles de la littérature arabe médiévale ; il réhabilite les muallaqu’ats délaissées par ses contemporains et redonne ses lettres de noblesse à une langue ancestrale en l’ancrant dans un présent qu’il souhaite au plus proche du réel. Un réel violemment rattrapé par l’Histoire : « Notre problème littéraire permanent, à nous, Palestiniens, est que nous sommes condamnés à être les enfants du moment immédiat, parce que notre présent ne se résout ni à commencer ni à finir. »

MAHMOUD DARWISH, POUR MÉMOIRE
Lecture de poèmes
Par le comédien Sid Ahmed Agoumi
Mise en espace par Saïd Ould-Khelifa
Contrebasse Benjamin Duboc
Accompagnement sonore Jean-Luc Guionnet
En présence d’Elias Sambar, écrivain, historien, essayiste et traducteur de Mahmoud Darwish

GAZA SOUVENIRS
France, 2008, 46 min, VOSTF, Documentaire
Réalisation & Son Samuel Albaric
Production Goyave Production
Montage Olga Widmer
Festival de Clermont-Ferrand 2008
« Il est commode pour découvrir une ville de savoir comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt ». Cette phrase de Camus est le fil rouge de ce film, rythmé par les échanges téléphoniques entre un jeune palestinien, Wissam, et Sam, le réalisateur. Ils nous entraînent à travers Gaza, partager l’humour joueur des sauveteurs de la plage, échanger avec les boulangers séducteurs de jeunes filles, pénétrer la crainte des vendeurs de légumes guettés par les Djinns… Un film émouvant sur la vie quotidienne des Palestiniens qui continuent à vivre coûte que coûte.
En présence du réalisateur Samuel Albaric
En partenariat avec l’Aide au Film court, dispositif de soutien
à la création du Conseil général de la Seine-Saint-Denis
et les associations Pour Jérusalem, Réseau Solidarité Palestine/PCF,
Les Amis du théâtre de la liberté de Jénine

vendredi 24 octobre

Soirée de clôture
18h30 > Avant-première
BIENVENUE À BATAVILLE
France, 2007, 90 min, Documentaire
Réalisation & Scénario François Caillat
Production Unlimited, Les Films Hatari, INA
Image Jacques Besse
Montage Sophie Brunet
Son Stephan Bauer, Jean-Jacques Faure, Gilles Guigue,
Myriam René
Distribution Unlimited
Dans un ton volontairement kitsch et plein d’humour, Bienvenue à Bataville dresse le portrait d’une cité ouvrière devenue pendant soixante ans le modèle du capitalisme paternaliste, vision utopiste sortie du cerveau de Thomas Bata, magnat international de la chaussure. Ouvriers, ouvrières, contremaîtres de l’ancienne usine nous font revivre cette « comédie du travail » au son de la fanfare de Bataville, même si certains couacs ici et là sont à entendre…. l’aventure effrayante et joyeuse du paternalisme. L’usine a fermé en 2001.
« Cette fermeture, ce n’était clairement pas le sujet, d’autres films avaient déjà été réalisés sur ce thème », explique François Caillat.
Pour son premier long métrage, ce documentariste, a choisi de se concentrer sur la période la plus faste de l’entreprise, les années 50-60, celle qui correspond aux « Trente Glorieuses ».
Images d’archives exhumées, voix off figurant celle de Tomas Bata et témoignages d’ex-Batavillois à l’appui, Caillat brosse le portrait glaçant d’une ville parfaite dédiée au bonheur et à la productivité, un lieu autarcique créé ex-nihilo par un homme qui rêvait de « chausser l’humanité » et de « façonner un homme nouveau ». Mais au fil des témoignages, pourtant tous nostalgiques, les façades ripolinées aux couleurs du bonheur « bataïen » – jardins au vert éclatant, maison en briques délicatement orangées – finissent par se lézarder, laissant poindre un totalitarisme soft.
Le film est ponctué de slogans d’époque, aux relents parfois douteux : cultes du chef et de la « jeunesse forte », éloge du corps vigoureux, appels à « fortifier la race ». Sans compter le respect de « l’ordre et de la propreté, bases d’une famille saine et heureuse ». « Ce système est fait pour que tout soit lisse et harmonieux mais il ne supporte pas la contradiction (…) Toutes les critiques et les déviants sont écartés », analyse Caillat, pour qui le film entend lever le voile « sur la soumission plus ou moins consentie », la « servitude volontaire » et « l’aliénation où se conjuguent le bonheur et l’exploitation ».
En présence du réalisateur François Caillat

21h > Avant-première
LA TRÈS TRÈS GRANDE ENTREPRISE
France, 2008, 103 min, Comédie
Réalisation Pierre Jolivet
Scénario Simon Michaël et Pierre Jolivet
Production Charles Gassot
Image Pascal Ridao
Montage Yves Deschamps, Charlotte Theilard
Musique Manu Katché
Avec Roschdy Zem, Jean-Paul Rouve, Marie Gillain
Distribution Pathé Distribution
D’un côté, Naterris, très très grande multinationale d’agro-chimie, 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires. De l’autre, Zaccharias, Mélanie, Denis et Kevin, ostréiculteur, aide-comptable, restaurateur, ouvrier… Des gens normaux, quoi. Au milieu, un étang pollué par Naterris, dont nos gens normaux sont riverains. Après deux ans d’une âpre procédure, Naterris est condamnée à leur verser une indemnité ridicule, à eux qui ont tout perdu. À l’inverse des autres plaignants prêts à accepter ce maigre pourboire, ces quatre-là décident de faire appel pour que justice leur soit « vraiment » rendue. Mais pour faire appel, ils n’ont que trente jours et doivent impérativement découvrir un élément nouveau au siège de Naterris, dont l’imposant gratte-ciel domine le parvis de la Défense. Mélanie, Zaccharias, Kevin et Denis décident donc de monter à Paris. Leur mission n’est pas impossible mais s’annonce… très, très difficile ! La très très grande entreprise renoue plutôt avec la comédie italienne des années 1960-1970, par ce qu’elle avait de politique. Avec insolence mais sans la noirceur de Affreux sales et méchants, de Scola, par exemple. Par le biais de la comédie, avec Simon Michaël, nous avons essayé d’écrire un film sur l’engagement. En face de phénomènes qui nous dépassent, il est plus amusant de se battre que de s’écraser. Au départ, le combat de ces personnages est simple : « Je ne suis pas assez dédommagé, j’en veux plus. » En chemin, ils se rendent compte que le combat est ailleurs, au-delà. Le véritable enjeu devient moral et non plus uniquement financier. Voilà le coeur du film : partis à l’attaque de façon relativement poujadiste, ils vont devenir des héros emblématiques et idéalistes.

précédé de
LE SILENCE DES MACHINES
France, 2007, 8 min, Fiction
Réalisation & Scénario Paul Calori, Kostia Testut
Production Filmakademie Baden-Württemberg, SWR / Arte, FEMIS
Image Samuel Lahu, Karine Aulnette
Montage Nicolas Desmaison
Musique Damien Vandesande, Clément Zemtsov
Avec Laurent Schilling, Myriam Berlande, Wally Bohr,
Les ouvrières de « Fil de Soie » sont sous le choc : les machines qui servaient à la fabrication de la lingerie ont disparu, déménagées en douce vers des cieux où le coût du travail est minime. Pour les ouvrières et pour Marc, le chef d’atelier, le choix est fait : il faut se battre !

Actualité

Les Films de l’actualité
LE SEL DE LA MER
France, Palestine, 2008, 105 min, VOSTF, Comédie dram.
Réalisation & Scénario Annemarie Jacir
Production Tarantula Belgique,
JBA Productions, Louverture Films
Image Benoît Chamaillard
Montage Michèle Hubinon
Musique Kamran Rastegar
Avec Suheir Hammad, Saleh Bakri, Ryad Dias
Distribution Pyramide Distribution
Un certain regard, Festival de Cannes 2008
De façon singulière, Le Sel de la mer d’Annemarie Jacir entremêle le récit personnel d’une jeune femme à la recherche de ses origines, à l’histoire du peuple palestinien et aux raisons de son conflit avec l’Etat d’Israël. Véritable Odyssée, ce retour géographique se double d’un voyage dans le temps. Soraya, jeune américaine de 28 ans, née à Brooklyn et d’origine palestinienne, se rend à Ramallah pour récupérer ce qui a appartenu à sa famille, de l’argent, une maison, une terre, abandonnés en 1948. Elle rencontre Emad, enfermé depuis 17 ans en Cisjordanie et qui n’a d’autre rêve que de s’exiler au Canada. Ils réussissent, par un concours de circonstances, à passer la frontière et partent à la découverte d’Israël. La question de l’identité est ici omniprésente : ce que l’on est aujourd’hui, inextricablement lié au lieu d’où l’on vient. Inlassablement, à chaque rencontre, sont posées les mêmes questions: « D’où venez-vous ? », « Et votre famille ? » Et lorsque Soraya répond à la police des frontières : « Je viens de Jaffa », on entend « Et souvenez-vous que vous nous avez chassés ».
Répondre à la question de l’identité exige donc que l’on convoque simultanément l’histoire et la notion de justice pour tenter d’établir une vérité et comprendre la légitimité de positions antagonistes. Elle exige également une mise à distance pour permettre le dialogue. Mais les personnages n’ont pas le temps, confrontés à l’absurdité des situations, à la stricte séparation des populations et à l’urgence de faire des choix. Pour réparer des injustices, ils vont voler et mentir, se mettre hors-la-loi en Israël et en Cisjordanie, être aujourd’hui de nulle part. Le problème n’est pas tant celui de la cohabitation que celui de la connaissance et de la reconnaissance réciproque.
Ce traitement singulier d’un conflit que l’on réduit trop facilement à une incompatibilité entre deux peuples est d’autant plus intéressant qu’il démontre la complexité et la nécessité du travail de l’historien.
SÉANCES : MER 22 18H45 / JEU 23 20H45 / VEN 24 12H
18H15 / SAM 25 18H45 / DIM 26 14H30 / LUN 27 18H45 /
MAR 28 18H45

ENTRE LES MURS
France, 2008, 128 min, Fiction
Réalisation Laurent Cantet
Scénario Laurent Cantet, François Bégaudeau, Robin Campillo
D’après l’oeuvre de François Bégaudeau
Production Haut et Court, France 2 Cinéma, Canal Plus, Ciné Cinéma
Image Pierre Milon, Catherine Pujol, Georgi Lazarevski
Montage Robin Campillo, Stéphanie Léger
Son Olivier Mauvezin
Avec François Bégaudeau et les élèves et professeurs
du Lycée Françoise Dolto, Paris
Distribution Haut et Court
Palme d’Or, Festival de Cannes 2008
Comme son nom l’indique, Entre les murs est un huis clos. Il se déroule exclusivement dans un collège du XXème arrondissement de Paris, le plus souvent dans une salle de classe. Celle de François Marin, professeur de français, avec « ses » 4èmes, une classe assez représentative de celles que l’on peut rencontrer dans l’Est parisien, peut-être un peu modèle en terme de représentation de la diversité, non seulement du point de vue des origines, mais aussi des styles (on y trouve des « rappeurs », un « gothique », etc.) Ce que Laurent Cantet filme avant tout, c’est comment François Marin exerce son métier, et la manière dont ses élèves réagissent à sa « méthode ». Une pédagogie en actes, celle de l’adaptation du prof, de la participation des élèves, beaucoup plus que celle du « cours magistral ». Sans doute parce que la première est plus cinématographique que la seconde. Mais surtout par manque de choix, dans une classe où la plupart des élèves refusent le subjonctif avant même de le connaître parce que ce mode ne sert jamais.
Un film d’échanges, de confrontation, voire, parfois, d’altercation. Si prof et élèves ne sont pas sur un pied d’égalité, François Marin ayant la possibilité du recours éventuel aux sanctions ou d’envoyer un élève irrespectueux dans le bureau du principal. Le prof de français s’expose, prend des risques, parce qu’il en demande au moins autant à ses élèves. Il se retrouve ainsi en difficulté quand il explique par exemple que c’est par intuition que l’on sait quel niveau de langage utiliser.
Qu’apprend-on dans l’école montrée par Laurent Cantet ? L’interrogation est légitime. Le film ne l’occulte pas : François pose la question à ses élèves avant de se quitter. « Qu’avez-vous appris cette année ? » Aucune des réponses ne concerne son cours (mais les maths, l’histoire…). Et une élève vient même lui confier, en tête à tête, qu’elle n’a rien appris. Dénégation de François Marin. « Ce n’est pas possible ». Il ne fait rien de cette phrase qui dépasse son entendement.
On l’a dit, il n’est pas un héros, et c’est bien. Mais la question initiale demeure.
Et les partisans d’une école du savoir trouverons certainement du grain à moudre avec ce film, qui les heurtera vraisemblablement.

Christophe Kantcheff, Politis, 24 mai 2008
SÉANCES : MER 15 15H30 18H 20H30 /JEU 16 18H15 20H45 / VEN 17 20H30 /
SAM 18 16H15 20H30 / DIM 19 16H15 / LUN 20 14H15 18H30 / MAR 21 20H30 /
MER 22 16H15 20H45 / JEU 23 18H15 / VEN 24 12H 20H30 / SAM 25 16H30 20H45 /
DIM 26 17H30 / LUN 27 16H15 20H45 /MAR 21 16H15 20H45

Jeune Public

LA PETITE VENDEUSE DE SOLEIL
Sénégal, 1994, 45 min, VOSTF, Comédie dramatique
Réalisation & Scénario Djibril Diop Mambety
Production Maag Daan, Waka FilmsImage Jacques Besse
Montage Sarah Taouss-Matton
Musique Wasis Diop
Avec Lissa Balera, Aminata Fall, Tayerou M’Baye
Distribution Gebeka Films
À voir dès 8 ans
Depuis fort longtemps, la vente de journaux à la criée dans les rues de Dakar est l’apanage des garçons. Mais depuis ce matin, cette exclusivité est remise en cause. Que s’est-il passé ? Sili a entre 10 et 13 ans, vit sur les trottoirs et se déplace à l’aide de béquilles. Mendiante, elle tend la main là où les garçons proposent des journaux. Humiliée par ceux-ci, elle prend sa décision : elle vendra des journaux comme tout le monde. Ce qui est valable pour l’homme, l’est aussi pour la femme. Elle y rencontrera la douleur, le rêve… et enfin l’amitié.
La Petite Vendeuse vient grossir de façon très lumineuse le rang des femmes et du cinéma. (…) C’est une façon de rendre hommage au courage des enfants de la rue…Les petites gens, c’est important, car ce sont les seuls gens conséquents, les seuls gens naïfs, c’est pourquoi le courage leur appartient. » explique Djibril Diop Mambety Un classique du cinéma africain, où s’entremêlent critique sociale et politique, combat des femmes et des miséreux pour la dignité et le respect, et énergie des enfants des rues…

SÉANCES : MER 15 14H30 / DIM 19 14H15

LE ROI ET L’OISEAU
France, 1980, 87 min, Animation
Réalisation Paul Grimault
Scénario Paul Grimault, Jacques Prévert
Production Maag Daan, Waka Films
Image Gérard Soirant
Musique Joseph Kosma
Avec les voix de Jean Martin, Pascal Mazzotti,
Raymond Bussières
Distribution Gebeka Films
À voir dès 5/6 ans
Le Roi Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize règne en tyran sur le royaume de Takicardie. Seul un Oiseau, enjoué et bavard, qui a construit son nid en haut du gigantesque palais, tout près des appartements secrets de Sa Majesté, ose le narguer.
Le Roi aime les arts. Ainsi qu’une jolie Bergère qui figure auprès d’un jeune Ramoneur sur un tableau qui orne sa chambre royale. Ils sont épris l’un de l’autre et ils doivent s’enfuir pour échapper au Roi… L’aide de l’Oiseau sera t’elle suffisante pour leur permettre de vivre leur amour ? Un très grand classique de l’animation française, adaptation du non moins célèbre conte d’Andersen La bergère et le ramoneur.
Pour le scénario, Paul Grimault a bénéficié de l’aide de Jacques Prévert, qui a écrit également les dialogues du film ainsi que les paroles des chansons…qui sont évidemment savoureux. Une indémodable histoire d’amour et de résistance, où le despote fait les frais de la passion de deux jeunes gens et du soulèvement du peuple opprimé.
SÉANCES : MER 15 14H15 / SAM 18 14H30 / MER 22 14H15 /
SAM 25 14H15 / DIM 26 14 H15 / LUN 27 14H15 / MAR 28 14H15

LA FERME DES ANIMAUX
Grande-Bretagne, 1954, 72 min, VF, Animation
Réalisation John Halas et Joy Batchelor
Scénario Philip Stapp
Production Studios Halas & Batchelor
Image Sid Griffith
Musique Matyas Seiber
Avec les voix de Maurice Denham et Gordon Heath
Distribution Malavida
À voir dès 8 ans
Les temps sont durs pour le fermier Jones, un ivrogne qui traite ses animaux avec tant de cruauté que ces derniers, sous l’impulsion du vieux cochon Major, décident de se rebeller. Les animaux prennent le pouvoir et chassent Jones de sa ferme. Commence alors une période de bonheur où les animaux, menés par l’intelligent cochon Boule-de- Neige, font prospérer la ferme et peuvent profiter pleinement des fruits de leur travail… Mais bientôt, César, un autre cochon beaucoup plus égoïste que Boule-de-Neige, réussit un « coup d’état » et instaure une véritable dictature où « certains animaux sont plus égaux que d’autres »… Encore une adaptation (d’un roman de George Orwell), et encore un grand classique. Plus politique, La ferme des animaux est à l’origine une critique du stalinisme. Mais son message est loin d’être obsolète… La longue lutte des animaux pour leur liberté est terriblement émouvante, et montre le courage et la nécessité de s’élever contre toutes les formes de dictature.
SÉANCES : MER 22 14H30 / SAM 25 14H30 / DIM 26 16H / LUN 27 14H30 /
MAR 28 14H30