Habib Koité : « Mon peuple va vers la stabilité »

Griot moderne, Habib Koité a foi dans la refondation de son pays le Mali. Avec son nouvel album Soo (Contre-Jour, 2014) il pose une pierre à cet édifice…

Ne vous fiez pas à son air grave sur la pochette du disque Soo. Dans ce nouvel album, Habib Koité rend hommage au brassage des cultures de son pays : « Le Mali est truffé de micro-cultures. Il y a des micro-séparations entre ces cultures que je veux faire tomber. Je veux qu’on soit plus proches les uns des autres. », affirme-t-il par ailleurs. Dans Soo, cet artiste complet fait bruisser avec ses cordes vocales et de guitare les rythmes et les langues. Il chante dans sa langue maternelle, le khassonké, mais aussi en bambara, en malinké, et, pour la première fois, en dogon sur « Drapeau ». Un titre où il parle d’unité, dans « une diversité qui crée du lien », bien loin des tentations cocardières de certains nationalismes : « Tous unis autour du même drapeau / J’essaie de faire converger les mentalités. » Sur le titre : « Terere », il convie deux autres figures de la musique malienne : Toumani Diabaté et Bassékou Kouyaté. « Ce sont des amis. On a grandi ensemble à Bamako. Dans le morceau, je rends hommage aux instruments traditionnels. Je cite les vieux qui ne sont plus là, comme le père de Toumani, Sidiki, qui ont été des virtuoses de la kora, du ngoni, originaires de la Gambie, du Sénégal, de la Guinée Conakry, du Mali. J’évoque ensuite la jeune génération. »
Une oreille sur le monde
Griot lui-même, originaire de la région de Kayes, à l’ouest du pays, Habib Koité découvre les musiques occidentales dès son plus jeune âge, dans la rue, muni de son transistor : « J’écoutais Radio France. Il n’y avait pas encore la bande FM. J’ai découvert Percy Sledge, Clarence Carter, James Brown, les Jackson Five, Stevie Wonder mais aussi les Rolling Stones, les Beatles, Queen, Genesis… Dans les années 1980, je me suis amusé à réécrire leurs paroles phonétiquement, en onomatopée. Mais en fait je ne savais même pas ce que je disais ! » De l’école de la rue il passe à l’Institut national des arts de Bamako. En octobre 1982, il devient enseignant de guitare classique, presque par accident. « Mon professeur est décédé. J’étais son meilleur élève. On m’a demandé de prendre sa place. Ce monsieur faisait partie d’une génération formée à l’école de musique de Cuba : piano, guitare classique, flûte, congas. Je ne me trouvais pas assez formé mais j’ai accepté, sinon la section guitare allait fermer. J’apprenais à la maison les cours que je donnais le lendemain. Ça a duré quatorze ans ! » Parallèlement, le jeune griot développe sa carrière : « J’ai beaucoup joué dans les clubs de Bamako, des airs à la demande comme « Take five ». Si je ne connaissais pas un morceau, la personne m’apportait la cassette. La semaine suivante, je le jouais. Je ne dormais pas beaucoup à l’époque. »
Face à la crise
Comme le musicien est aussi citoyen, Habib a vécu de plein fouet la crise qu’a traversée le pays en 2012 : « C’est une crise tellement forte et multiple que les Maliens ne savaient plus où donner de la tête. On a mis nos têtes entre nos mains et on a réclamé au bon dieu la paix. » Côté musique, il ressent l’inquiétant changement de climat en janvier 2012, lors du Festival au désert de Tombouctou, dont il est ambassadeur : « Il y a eu des enlèvements dans cette région. On se demandait s’il fallait le faire. On a décidé d’y aller quand même. Beaucoup de consulats ont dégagé leur responsabilité. Malgré tout, beaucoup d’étrangers sont venus. La population malienne était au rendez-vous. Ça s’est bien passé. Après, la situation s’est corsée. L’édition suivante n’a pas eu lieu. J’espère que, petit à petit, ça reprendra à Tombouctou ! » Malgré ces soubresauts, Habib demeure optimiste « Je suis plein d’espoir. On fait en sorte d’être unis comme avant. »
Cet optimisme et son engagement citoyen pour le Mali, à travers ce nouvel album, est une continuité dans la carrière de l’artiste dès son premier album Muso ko, en 1995, édité par le label belge Contre-jour (qui produit également Kareyce Fotso et Dobet Gnahoré NLDR) Dès le début des années 1990, des tensions éclatent dans le nord. « J’ai chanté une histoire d’amour : « Fatma » Un jeune homme tombe amoureux fou d’une fille dans ses rêves. Il va voir un marabout pour savoir si elle existe vraiment. Le marabout lui dit : « Cherche là dans ton pays et tu la trouveras. » C’est une chanson qui parle de paix. » Beaucoup de musiciens ont chanté la paix à l’époque. C’était un beau symbole qu’un jeune khassonké chante dans une langue du nord : le songhai. Ce titre a été dansé dans les boîtes de nuit. Ça a eu un vrai impact. » se rappelle-t-il. La suite on l’a connaît. Une renommée internationale et une kyrielle de bons albums, enrichis par son orchestre : le Bamada. Récemment, il a fusionné avec le bluesman américain Éric Bibb sur le projet : Brothers in Bamako. Pour Habib, le lien entre ces deux musiques est naturel : « Les musiques à consonance blues sont caractérisées par les notes, les gammes pentatoniques, l’esprit du chanteur solitaire, la voix mélancolique qui donne cette impression nostalgique, le son de l’instrument à cordes. Il y a beaucoup de musiques comme cela au Mali. On croirait presque que c’est John Lee Hooker ou Robert Johnson. Sauf que la langue de l’artiste malien est le bambara et que souvent il ne connaît pas ce mot de Blues ! »
Pour le futur, Habib est bien décidé à continuer à écumer les scènes avec un nouvel orchestre, qui inclue des membres du Bamada : « J’ai mélangé un peu. L’eau était trop chaude. J’ai mis un peu d’eau froide » conclut-il avec son sens de l’image et une pointe d’humour.

En concert, dimanche 16 mars 2014 au Cabaret sauvage à Paris avec Dobet Gnahoré et Kareyce Fotso

Plus d’infos : http://www.habibkoite.com/index2.php///Article N° : 12077

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© Contre-jour
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