Je te nomme Tunisie

De Tahar Bekri

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Paru chez Al Manar, éditeur auquel le poète reste fidèle (1) depuis 2002, Je te nomme Tunisie (2) est le nouveau recueil de poèmes de Tahar Bekri. Au moment où la Tunisie se réveille, au début d’un printemps qui n’en finit pas de durer, le poète nomme son pays. Peut-être les poèmes précèdent-t-il l’urgence comme le laisse entendre la quatrième de couverture ? Ces poèmes n’ont pas entamé une course contre la montre d’une révolution faite par un peuple en quête de liberté. Certains extraits ont été publiés ailleurs. La poésie fait partie des vents calmes ou des tempêtes qui soulèvent le corps des rêves et ouvrent la porte des souvenirs. Peut-être ces mots ont-ils toujours été là, accompagnant le poète dans ses multiples voyages, ses pas de nomade d’une ville à l’autre. Pourtant, comme l’annonce le Prologue, « L’immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid vint décider de la suite du poème ». Quoi qu’il en soit, ils arrivent à point nommé pour apporter leur musique fraternelle en vue de célébrer la joie de vivre retrouvée. Mais nommer c’est d’abord reconnaître que l’on n’est pas seul, c’est faire le choix d’une pause près d’un être ou d’un objet. Quand il s’agit d’un pays, n’est-ce pas dire la singularité d’une relation ?
C’est de cette relation qu’il s’agit, jamais linéaire, avec ses ruptures et ses points de suspension, ses séparations et ses retrouvailles, comme si le poète emportait sur le chemin du départ des traces qui le ramènent toujours à ses lieux qui ne le quittent pas. Il arrive qu’une émotion longtemps contenue se libère. Un moment où une passion secrète s’exprime par des mots familiers qui désignent le pays adoré. Une prison évoquée comme une blessure. Et les étapes de l’errance. La mer et ses vagues et ses rivages. Mais aussi les terres et les villes traversées. Quand surgit l’interrogation : « Pourquoi avez-vous égaré mon ancre / Les cordes usées de tant d’incendies » le temps des solitudes et de l’errance remonte déjà à la surface. Ce sont les « terrasses des étés », les toits des maisons, les arbres, les oiseaux -merle, mouette, cigogne, corbeau, aigle, goéland…- les oueds et les lacs, les jardins fleuris, les collines et tant d’autres paysages, les sons et les parfums qui forment l’épaisseur des songes et des souvenirs parmi lesquels le pays nommé est plus vivant que jamais.
Le poème, comme « Cette chanson lointaine« , nomme ses musiciens préférés, Haendel ou Jean-Sébastien Bach. Les instruments de musique sont toujours là, flûte et violon et bien d’autres inattendus, peut-être en vue d’une inévitable catharsis. Le poète revient au pays, il parle au « vieux désert« , il reconnaît les siens, il chante avec eux une parole au long souffle au moment où « Les douilles tombaient indignes / Voleuses de souffles et de vies« . Une annotation indique des lieux et dates(3). Hors de toute urgence, l’événement peut accélérer la saison du poème qui veut célébrer la vie et le désir de liberté.

1. Même s’il publie, au cours de cette période, chez d’autres éditeurs comme Elyzad.
2. Paris, Al Manar, mai 2011, poèmes accompagnés par des dessins de Lawand.
3. Tunisie-Bretagne-Paris (2009-2011)
///Article N° : 10267

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