La Pépinière du désert

De Laurent Chevallier

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Comme chaque année, le Chevallier nouveau est arrivé. Ce n’est pas vraiment l’aspect création qui intéresse Laurent Chevallier dans sa démarche documentaire mais la rencontre. Il développe volontiers des relations qui lui donneront l’occasion de sujets qui sans être sensationnels captivent par leur valeur exemplaire. Ses films sont toujours de bonne facture : un vrai sens du cadre et de la lumière, une progression dans le récit menant volontiers à une apogée émotionnelle préparée par l’approche humaine développée auparavant. Cette structure le dispense en général d’apparaître dans ses films ou d’y poser un commentaire. La Pépinière du désert n’échappe pas à la règle. On suit l’arrivée de Mostafa, déjà rencontré dans La vie sans Brahim où il était épicier, qui vit maintenant dans une Cité à Evry en banlieue parisienne après avoir renoncé à ce métier pour échapper au racisme. Il rend visite à un autre Mostafa, plus jeune, un citadin qui tente une expérience de développement rural dans une région gagnée par le désert.
La discussion porte sur ses 37 tentatives pour trouver une femme qui veuille bien le suivre, jusqu’à la voir apparaître : « il m’a emmenée au fond du désert ! ». Avec une évidente empathie pour ces gens qui se battent pour vivre ainsi « bouffés par le sable », Laurent Chevallier ne nous livre que peu à peu les éléments, ce qui nous force à l’attention pour comprendre. De détail en détail, le jeune Mostafa s’avère être un homme éminemment sympathique, qui tient des prêches progressistes à la mosquée qu’il a réouverte, tient tête à son père pour ménager son autonomie et répare pompes et éoliennes, « ces armes de construction massives », avec un sens aigu de l’écologie. Si bien que lorsqu’une fête marque la visite des membres de l’association Solidamoun animée par le vieux Mostafa pour soutenir ces paysans, nous partageons leur joie et leur émotion.
Un blues jazzy accompagne cette douce attention aux êtres et aux choses dans un film très solaire à l’image de ces rudes paysages. Et l’on ne peut qu’adhérer au combat du jeune Mostafa, qui a si raison de regretter que tant d’autres se saignent pour réunir les 14 000 euros qui leur permettront de tenter de passer de l’autre côté de la Méditerranée.

La Pépinière du désert a été diffusé sur Arte le 21 février 2009 à 23 h 15, en rediffusions les 5 et 10 mars à 3h.
www.solidamoun.org et http://solidamoun.blogspot.com : sites de Solidamoun, association (loi 1901) créée dans le but de venir en aide aux paysans de la province de Figuig (Nord-Est du Maroc).///Article N° : 8860

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