Nkolo

De Lokua Kanza

De l’opus précédent, les fans retiennent ce malentendu. Plus vivant s’inscrivait sur une ligne de pop en langue de France, à la fois audacieuse et décomplexée. Une orientation inattendue de la part d’un artiste congolais classé world par souci de langage mesuré. Lokua a toujours rêvé de riffs de guitare rock et de mélodies parigotes taillées en sous-sol selon ses proches. Il fit appel à des plumes alertes pour cet album notamment, celles de Marie Nimier, prix Médicis, et de Camille, feu follet de la chanson hexagonale. Mais les critiques et les fans, à l’instar d’anciens producteurs, lui en ont sérieusement voulu, au point de le faire ressentir dans les bacs. À Parisiens du Monde, Lokua confie qu’il a alors  » senti une sorte de racisme latent chez certains critiques sur l’air de  » tu peux nous parler en français mais on préfère quand tu chantes avec tes langues bizarres « . Le pire, c’est que de l’autre côté, les Africains me reprochaient de les avoir abandonnés !  » L’artiste aurait, semble-t-il, écoulé moins de disques, en conséquence. Mais il en faut probablement plus pour terrasser une voix aussi habitée…
Pascal Lokua Kanza nous revient donc du Brésil, où il réside depuis bientôt deux ans, avec un album aspirant à l’éternité. Nkolo, qui signifie  » Dieu  » en lingala, charrie de la douceur et de l’apaisement. Elanga ya muinda, le titre en ouverture, invite à partager la lumière enfouie en chacun de nous. Une musique qui parle de spiritualité sur un temps suspendu. Cinq années d’absence n’auront pas non plus entamé sa foi en cette vie ici-bas. Amour, subtilité et légèreté sont les maîtres-mots de ce sixième album. De Mapendo en swahili au titre Soki, en passant par Famille, le tempo replace l’humain au cœur d’un répertoire qui se refuse à la violence du monde. Kalimba aquatique, cuica brésilienne, ondes Martenot, cristal Baschet, nourrissent en profondeur cet univers épuré, aérien, toute de sobriété et de fragilité vêtu. Des échos subtils de rumba étirée se promènent tout au long de l’album, comme pour rappeler une histoire de legs et de terroirs d’enfance. Deux duos accrocheurs à signaler, l’un en langue portugaise, avec Vander Lee, déclaration d‘amour pour une langue d’adoption récente, l’autre avec Fally Ipupa, un complice patriote, au nom de l’intimité retrouvée. Deux de ses frères et sa fille, Malaïka, sont là, à ses côtés. Lokua rêve de sérénité et de zénitude à haute voix. La mélancolie l’étreint cependant, lorsqu’il égrène le long chapelet de l’immigré sur le retour dans Nakozonga :  » Un jour viendra où nous rentrerons / dans le pays qui nous a vu naître / auprès de ceux qui nous aiment « . Mais peut-être est-ce une manière pour lui d’annoncer son projet futur d’une école de musique à Kin.

Nkolo de Lokua Kanza, (World Village / Harmonia Mundi)///Article N° : 9586

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