Cinéma/TV

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De Hichem Ben Ammar

Moi, la mer, c’est pas mon truc : je préfère la montagne. Autant dire que les histoires de pêcheurs ne m’ont jamais passionné. Mais voilà qu’ici, une magie opère qui dépasse largement les blocages de départ. Le film commence par de très belles images tout à fait séductrices, plaçant les éléments : le vent dans les éoliennes, les pierres que l’on casse, la mer sur laquelle s’élancent les bateaux. Mais voilà que l’on quitte vite cette fibre touristique : un labyrinthe se met en place qui vous happe par la force d’un montage intelligent pour ne pas dire enjôleur, tant…

De Jihan El Tahri

Jihan El-Tahri (L’Afrique en morceaux, Les maux de la faim) sait allier dans ses documentaires un matériel de haut niveau (entretiens avec les plus hauts responsables ou les plus pertinents, archives d’images) et un montage d’une absolue clarté appuyé par un commentaire qui sans être omniprésent n’hésite pas à donner le la. En bref, de l’efficace et une démonstration sans incertitude. C’est ici à l’Arabie saoudite qu’elle s’intéresse, pour éclairer la relation complexe que les Etats-Unis entretiennent avec elle, et partant avec le monde arabe. Le film montre ainsi à force d’arguments historiques combien la monarchie saoudienne a toujours considéré…

De Mohamed Kamel El-Kalioubi

Voici un film qui a remporté toutes les récompenses au festival du Caire. Adapté d’un recueil de nouvelles « Né pour mourir », il raconte effectivement l’histoire d’une vengeance, ou plutôt d’une menace de vengeance : le fils d’Adam est assassiné en plein mariage par un clan rival pour des raisons qui resteront obscures. Chacun pousse Adam à se venger mais il attend son heure. La famille coupable vivra dans la hantise de voir leur fils Sabri assassiné de la même façon, au point de la déguiser en fillette durant les premières années puis de lui interdire toutes sortes de libertés. Le…

De Abdellatif Abdel Hamid

Etonnant cinéma syrien qui choisit souvent la métaphore extrême pour exprimer ce qu’il a à dire, une façon de déjouer la censure. Les paysans sont ici complètement branchés sur l’émission « Ma chanson préférée » à la radio, avec l’espoir d’entendre leur nom dans les dédicaces introduisant les chansons. Cette folle envie d’exister en tant qu’individus les motive à ce point qu’ils ne font qu’en parler et que Wazefi en fait même une condition pour se marier à Saleh ! Le burlesque et l’hyperbole systématiques contribuent à faire de ce petit microcosme familial qu’est la maison d’Abou Jamal le havre de tolérance…

De Jean-Pierre Lledo

Cela commence par Nawal, la fille de Lledo à qui il demande comment elle comprend le mot nostalgie. Lorsqu’il lui indique qu’il signifie « retour » en grec, elle lui répond qu’il cherche en fait à mettre fin à cette période d’exil pour enfin être là. Venu en France en juin 1993 pour fuir la chasse aux artistes et intellectuels engagés, Lledo, homme de cinéma, fait un film pour conjurer ces fantômes qui le forcent à vivre son séjour comme un transit avant un hypothétique retour. Il le construit comme un road-movie : de ville en ville, chaque nouvelle rencontre est une…

De Malek Bensmaïl

Le discours sur la folie, Malek Bensmaïl a baigné dedans quand il était jeune : son père fut un des grands psychiatres d’après l’indépendance algérienne. Ce film lui est dédié : lui qui est mort avant le tournage, mais avec qui Malek avait pu en parler longuement, durant les quatre ans passés à essayer de réunir le financement du film. La maladie mentale en Algérie : le sujet a-t-il déjà été abordé dans le documentaire ? Une version d’une heure d’Aliénations, intitulé Thérapies algériennes, passe sur les télévisions mais sinon ? Dès le début de ce film sélectionné par la Biennale des cinémas arabes 2004…

De Med Hondo

 » Fils d’Afrique, écoutez-moi, levez-vous !  » L’imprécation du griot qui nous accompagnera jusqu’à la fin s’applique à tout le film. En racontant l’histoire de Fatima, c’est la grande Histoire que Med Hondo veut conter, celle de la confiscation des indépendances par des élites corrompues. Il se saisit d’un roman inspiré d’une histoire vraie, écrit il y a une vingtaine d’années par Tahar Cheriaa, que déjà Ababacar Samb Makharam, cinéaste sénégalais aujourd’hui disparu, voulait adapter au cinéma et qui passa même entre les mains de Youssef Chahine. Car la tragédie de Fatima, violée par Souleyman, un sous-lieutenant sénégalais de l’armée française durant la…

Table-ronde à la Biennale des cinémas arabes, 1er juillet 2004

Animée par le documentariste syrien en exil Omar Amiralay, la table-ronde regroupait des représentants de chaînes de télévision, des producteurs et des représentants d’organismes nationaux du cinéma.

De Zézé Gamboa

La chronique : tous les films qui nous viennent aujourd’hui d’Angola révèlent un besoin de témoigner des séquelles de la guerre et des enjeux humains de la période actuelle. Zézé Gamboa s’y attèle ici en suivant à Luanda les pas du sergent Vittorio, un ancien combattant qui a laissé une jambe sur une mine antipersonnel (dont on sait qu’elles infestent encore les campagnes angolaises) et se fera voler la prothèse durement obtenue à l’hôpital local. Le récit le rapprochera d’un gamin dont le père est parti à la guerre mais n’est jamais revenu et que la bande de loubards du…

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Entretien d'Olivier Barlet avec Zézé Gamboa (Angola)

Le film est une chronique très actuelle. Pourquoi ce besoin de réalité aujourd’hui sur le pays ? Tout d’abord parce que l’Angola a vécu 40 ans de guerre civile. Les images du pays ne sont pas bien connues parce que celles qu’on a vues à la télévision représentaient toujours un pays pauvre et en guerre. Or, même avec la guerre, il y a d’autres images. J’ai essayé justement de montrer qu’il y a un grand fossé social, des riches et des pauvres, et qu’ils vivent d’une façon tout à fait différente. C’est ce côté-là, réaliste, que je voulais très présent, pour…

De Dani Kouyaté

Cela commence sur des scènes de rues, des ambiances, des bribes de dialogues, le marché : Ouagadougou est le sujet de ce film, un vrai personnage, mais cela est fait sans prétentions, si ce n’est de témoigner de la vitalité de jeunes d’un quartier populaire luttant dans la bonne humeur pour la survie quotidienne. Tout concourre à retourner l’image misérabiliste colportée par les médias sur les villes africaines : leur groupe est solidaire, débrouillard, plein d’humour. Ils s’ennuient comme toutes les bandes d’ados au monde et montent des coups tordus pour se faire des ronds, comme revendre en pièces détachées…

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© Dani Kouyaté / Didier Berghounoux
© Dani Kouyaté / Didier Berghounoux
© Dani Kouyaté / Didier Berghounoux




Au festival de la création et des arts contemporains africains

L’exil, muse ou démon ? Tel est le thème de l’un des débats qui se sont tenus à l’occasion du Festival du cinéma, de la création et des arts contemporains africains, organisé du 18 au 20 juin derniers dans les locaux de l’Entrepôt, lieu culturel parisien.

De Charles Najman

Pour nous qui avons travaillé d’arrache pied au spécial Haïti d’Africultures (numéro 58, qui comporte d’ailleurs une passionnante contribution de Charles Najman), ce film est du pain béni : il place avec une remarquable clarté les termes du débat que nous avions cherché à éclairer en se situant sur le terrain culturel. Partant d’une situation au moment précis où il est tourné, janvier 2004, juste avant la chute du président Aristide, il permet de comprendre l’histoire complexe et terrible de ce bout de paradis qui s’acharne à rester un enfer. Partant de l’actualité de son exemple, le film va bien…

De Jean Odoutan

Rien d’étonnant à ce que le film débute sur les escaliers de la butte Montmartre, haut-lieu historique du Paris populaire. C’est dans cette lignée que se situe Jean Odoutan, celle d’Arletty (« atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? ») et de tous ces acteurs et actrices au franc parler, à l’art de la formule et à l’accent gouailleur qui firent les grandes heures d’un certain cinéma français, relayés aujourd’hui par ceux de La Haine, Wesh-wesh et autres consoeurs du peuple des banlieues. C’est donc sur les marches que Jean Odoutan (alias Rod) façon chic cravaté baptise la belle Mata Gabin…

De Regina Fanta Nacro

Qu’est-ce qui fait donc l’Afrique se déchirer ? Regina Fanta Nacro est comme ses pairs habitée par les drames de l’Afrique contemporaine et choisit avec courage pour son premier long métrage ce sujet difficile. Admirée et internationalement célébrée pour ses courts et moyens métrages qui allient avec bonheur une vive conscience des situations sociales et un humour décapant fait d’autodérision et de mise à distance (Un certain matin, sur l’écart des codes entre ville et campagne, Puk nini, sur la séduction comme outil d’affirmation de soi, Le Truc de Konaté, sur les préjugés face au sida, Bintou, sur la place…

Conférence de presse d'Ousmane Sembène au festival Ecrans noirs, Yaoundé, 6 juin 2004

Son film Moolade ayant été présenté en son absence pour cause de retard d’avion lors de la séance de clôture du festival Ecrans noirs, Ousmane Sembène a accepté de rencontrer la presse et les spectateurs le lendemain matin au village du festival. Il y a reçu des mains de Bassek ba Kobhio un trophée offert par le PMUCameroun, sponsor du festival, ainsi qu’un chèque représentant le prix Ecrans noirs de l’année.

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Ousmane Sembène et son trophée, avec Bassek ba Kobhio © OB
Ousmane Sembène lors de sa conférence de presse, en compagnie de Bassek ba Kobhio © OB




à Yaoundé, Olivier Barlet

Dans une Afrique qui a si peu l’occasion de voir ses propres images, Ecrans noirs (29 mai – 6 juin 2004) est une rafraîchissante oasis : un festival bien organisé, itinérant dans la sous-région et qui, tout en présentant les dernières productions, permet de rencontrer les cinéastes et multiplie les ateliers de formation. Le voisin nigérian était cette année très présent.

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Jérémie Rénier et Bassek ba Kobhio en conférence de presse © OB
L'actrice Serah Mbaka, Pierre Barrot (Ambassade de France au Nigeria), Bassek ba Kobhio et Femi Odugbemi, président de l'ITPAN en conférence de presse © OB
Yves Bourguignon (ministère des Affaires étrangères) en conférence de presse © OB
Sidiki Bakaba présentant "Roues libres" à la conférence de presse © OB
l'atelier de critique cinématographique © OB
Bassek ba Kobhio dans son bureau au siège de "Les films Terre africaine" © OB
Patricia Moune, administratrice du festival © OB
Le siège de "Les films Terre africaine", maison de production de Bassek ba Kobhio © OB
Au village, le bar de la bière sponsor du festival © OB
l'atelier de critique cinématographique © OB




Entretien d'Olivier Barlet avec Cheick Fantamady Camara à propos de Bè Kunko

Amiens, novembre 2003

Le film met l’accent sur le fait que le camp géré par les Nations Unies reste une zone de non-droit inaccessible à la police et mettant les jeunes délinquants hors d’atteinte. Ces adolescents se retrouvent dans cet espace de non-droit parce que la guerre a fait d’eux de mauvais adultes, des délinquants, avec une vie sur un fil, sans repère ni avenir. Ils ne croient plus en rien, même en dieu. Se sachant protégés au camp, ils font n’importe quoi en ville. Les Nations Unies ne peuvent mettre un policier derrière chaque jeune : c’est la guerre qui est à l’origine…

Interview with Cheick Fantamady Camara about "Be Kunko", by Olivier Barlet

Amiens, November 2003

The film is insisting on the fact that the UN-managed refugee camp remains a no-go area, inaccessible to the police where juvenile delinquents cannot be caught. These teenagers find themselves in this no-go area because war has turned them into bad adults, into delinquents: without references and a future, their life is hanging on a thread. They don’t believe in anything anymore, not even in God. Knowing that they are protected within the camp, they do anything when they are in town. The United Nations cannot have a police officer follow each youth: war is at the root of their…

De Cheick Fantamady Camara

Cela commence avec l’arrivée de réfugiés dans un camp de l’ONU, tournée en vidéo, style reportage. Mais très vite, la caméra se fait plus fictionnelle pour aborder le vécu d’un petit clan, une fratrie. C’est que même si Bè Kunko – qui signifie « un problème nous concernant tous » en bambara – a une forte valeur documentaire, son propos transcende une situation singulière. Il ne situe d’ailleurs ni le lieu ni le temps : le sujet est la violence intégrée par les individus dans la guerre, une violence qui traumatise, obsède, déstructure et acculture. Une violence qui génère la violence, la délinquance,…

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