Cinéma/TV
Après l’embellie de 97, la quasi-absence des films d’Afrique pointe le faible nombre de films produits et leur marginalisation.
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Après l’embellie de 97, la quasi-absence des films d’Afrique pointe le faible nombre de films produits et leur marginalisation.
Ce long métrage de 61 minutes agit comme un concert. J’ai pensé à la clarinette de Dollar Brand quand elle s’élève solitaire pour capter l’essentiel ou au même Abdullah Ibrahim quand il se met à prier sur scène d’un seul mouvement. Les mots de la prière sont de Césaire et la musique va de Salif Keïta à Schubert mais qu’importe : la musique, celle de la bande son mais aussi celle des gestes en douceur du village de Sokolo comme celle, violente, des incantations de Césaire, se fraye un passage dans une image plutôt statique tant elle désire capter mais respecter…
Une image résume à elle seule l’ambiance suffocante, éprouvante, qui pèse sur les trois protagonistes du dernier Nouri Bouzid, un film presque insoutenablement émouvant. Amina, Aïda et Fetiha – trois amies, trois femmes ‘modernes’, passionnées, qui luttent, chacune à leur manière, pour préserver leur liberté d’esprit dans une société semblant, à travers le mariage, décidée à les étouffer à petit feu – quittent la ville pour fuir un bref moment le poids de leur quotidien. Ensemble, elles se retrouvent dans la coquille vide d’une épave à la fois symbolique et réelle échouée sur la plage. Les vagues bouillonnantes viennent se…
Un peu français, beaucoup burkinabè, certainement polonais, La Revanche de Lucy est, à l’image de son auteur, tout cela à la fois. Un séduisant tissage du monde, un mélange potentiellement explosif trouvant sa traduction première en un humour véritablement corrosif auquel rien n’échappe : les Africains, les Occidentaux, les Polonais, les chefs, les serviteurs ambitieux, la démocratisation en Europe de l’Est ou au Sud du Sahara, l’Etat-de-droitisation dans les mêmes terres, les ancêtres, les femmes, les Etats-Unis, la France, etc., tous ont droit à leur lot de remarques acidulées. L’histoire du couple militaro-présidentiel formé par Adama (interprété non par un acteur…
Heureuse initiative du Festival de Films de Femmes de Créteil pour ses vingt ans d’existence : un hommage aux films trop souvent occultés des réalisatrices d’Afrique ! Centrée sur une rétrospective de l’oeuvre de la Sénégalaise Safi Faye, pionnière cinéaste en Afrique subsaharienne, le festival offrait une large sélection plutôt hétéroclite. Un seul regret : l’étrange absence des films des réalisatrices nord-africaines. Ce qui frappe d’abord, c’est la volonté clairement affichée par les réalisatrices de restituer à l’écran les voix des exclus : les Africains, les femmes, et surtout les Africaines – « les Oubliées », pour reprendre le titre du dernier documentaire de la Togolaise…
Montréal – Le » verglas » du début d’année passé (qui avait complètement paralysé le pays et dont les traces sont encore visibles partout), Montréal revivait sur un air de printemps pour ces 14ème journées africaines et créoles. Elles ont permis de visionner ce qu’il est difficile voire impossible de voir ailleurs : des productions télévisuelles africaines, des vidéos amateur et les productions du monde créole (Antilles, Réunion, Maurice). Grand prix à Bent familia du Tunisien Nouri Bouzid, qui sort en France le 3 juin sous le titre Tunisiennes (cf critique) et prix spécial à Faraw ! Une mère des sables du Malien Abdoulaye…
Nous quittons pour quelque numéros notre démarche transversale en centrant notre dossier sur une discipline artistique. Il s’agit d’honorer par un travail de recherche les partenariats développés avec les festivals qui nous semblent aujourd’hui faire réellement progresser la connaissance des cultures africaines. C’est le cas du festival Racines noires que présente ici sa principale instigatrice.
Au long et savant arrachement des racines, les cinéastes d’Afrique répondent par la réappropriation. Et font avancer l’humanité.
Le Festival Racines rend hommage à celles sans qui le cinéma serait sans mémoire. Bribes de paroles tous azimuts.
Le premier film américain noir introduit un nouveau langage radicalement différent des normes en vigueur. En se les appropriant.
Le nouveau Tarantino étonne par sa maturité : il délaisse les clins d’il racoleurs et les montées d’adrénaline calculées de Pulp Fiction pour installer dans le temps une réflexion en douceur sur le vieillissement. Pour ce faire, il choisit des acteurs représentant chacun tout un pan de l’histoire du cinéma américain. A tel point qu’on finit par se demander si ce ne sont pas les acteurs eux-mêmes le sujet du film. Dans Jackie Brown, chacun dit son âge sans tricher. Mais alors que la star De Niro est un personnage finissant condamné à une mort certaine, Pam Grier et Robert Forster…
Pourquoi ce titre, Le Passage du milieu ? Il vient du terme anglais Middle Passage qui désignait le deuxième temps du voyage triangulaire Europe-Afrique-Antilles-Europe. Les esclaves passent d’un continent à l’autre, en rupture définitive avec la terre des ancêtres, ce que certains auteurs antillais ont décrit comme la mort de l’Africain et la renaissance d’un être nouveau. Pourquoi le situer au début du XIXe siècle ? Ce qui importait avant tout était de raconter la traversée et de symboliser toutes celles qui se sont déroulées en trois siècles et demi. Il était plus aisé de trouver un bateau de cette époque. Quelle…
L’heure n’est pas encore à la fiction : les films des Grands Lacs sont documentaires. Nécessité de témoigner, de comprendre. Une avalanche d’images, en général tournées par des Occidentaux. Flash sur quatre d’entre elles.
Comment avez-vous pu réaliser le Métis ? Le Métis a été coproduit par la Radio-télévision nationale du Burundi et Lorelei avec un financement Coopération française et ACCT. Comment a-t-il été reçu quand il a été diffusé à la télévision burundaise ? La nouveauté du sujet a été appréciée. Alors qu’on parle toujours d’antagonisme entre les deux ethnies, le film montrait à travers le personnage d’Eric qu’elles peuvent avoir un avenir commun. Les changements politiques ont ouvert un processus de paix et de dialogue dans la société qui rendent ce message recevable. Les deux groupes sont-ils toujours considérés comme des ethnies ? Absolument. On…
Homme-orchestre, Daniel Kamwa est à la fois le réalisateur et l’acteur principal du Cercle des Pouvoirs. Signalons quand même la présence comme premier assistant de Jean-Pierre Dikongué-Pipa, auteur de l’admirable Muna Moto (1976). Même si le film n’a pas, loin s’en faut, cette force poétique et pêche par un dialogue trop verbieux ôtant toute émotion, Le Cercle des pouvoirs s’impose par son contenu. Un journaliste vertueux dérange tout le monde en mettant le nez dans diverses corruptions affairistes et politiciennes. Avec une impressionnante aisance, il est le seul à surnager au-dessus des cercles de pouvoir qui enferment la société africaine.…
Comme tes autres films, Le Cercle des Pouvoirs est une description assez acerbe de ta société. J’ai toujours un regard critique sur notre société car elle est de plus en plus mal en point ! Si nous n’exprimions pas un désir de changement, la masse nous le reprocherait plus tard : nous nous serions contentés de regarder sans rien dire. Cela n’empêche pas un clin d’il humoristique pour ne pas tomber dans l’ennui militant. J’espère ne pas donner l’impression de donner des leçons mais de donner à regarder. On a effectivement l’impression d’un constat d’urgence par rapport à la société camerounaise. Pas…
Avec Watani, Med Hondo retourne à un style agit prop qui avait fait le succès de son premier film Soleil Ô (1969) : images illustratives sur des textes chantés, expression symbolique du vécu de l’immigration, mise en avant de l’humain et cette façon d’enfoncer le clou qui a isolé le réalisateur dans une catégorie aujourd’hui décriée : la radicalité. A l’écran comme dans la vie, Med Hondo a son franc parler. Révolté contre l’injustice du monde, il en dénonce les perversions et appelle à l’action. Rappelant l’humanité de sa culture d’origine, il ne la pose pas en alternative mais comme un enrichissement…
Watani rappelle ce cri qu’était ton premier film, Soleil Ô. Soleil Ô parlait du racisme à une époque où l’Afrique était en lutte pour sa libération. Aujourd’hui, les formes sont différentes. Ma préoccupation reste celle de l’homme, immigré ou pas. Watani fait le parallèle entre deux vies : un Blanc cadre supérieur d’une banque et un immigré éboueur. Ce sont les deux situations d’une même société : le supposé riche et le prolétaire. Ce dernier finit par être expulsé et l’autre par être manipulé par des extrémistes de droite. La référence à la traite négrière en fait-elle une réflexion moderne sur l’esclavage ?…
Tiré d’un roman de Henri-Frédéric Blanc dont on connaît la verve décapante, Combat de fauves reste engoncé dans un amas d’intentions finissant par peser lourd. Un cadre supérieur macho (Richard Bohringer) reste coincé dans un ascenseur et se rend vite compte qu’il est prisonnier de la belle propriétaire de l’appartement qu’il venait visiter (Ute Lemper). Les deux acteurs sont effectivement bien coincés dans cette tentative de rapport entre maître et esclave à la Pinter. Lamy n’est pas Losey et les images ne sauvent pas des dialogues convenus. Ni tension ni émotion dans ce film dont même le dénouement déçoit. Reste…
Réponses noires à l’écran noir occidental mais que montrer de la traite négrière? Et si le sujet était la mémoire elle-même