Combien tu m’aimes (Kedach ethabni)

De Fatma Zohra Zamoum

Lire hors-ligne :

« Les adultes sont compliqués ! » Cette expression de Khadidja, la grand-mère, résume le point de vue d’Adel, un jeune Algérien de huit ans, dont les parents se séparent et qui se retrouve confié à ses grands-parents. C’est avec ses yeux, à son rythme et à sa hauteur que le film aborde la question que pose sa grand-mère : « Combien tu m’aimes ? » Car c’est bien d’amour qu’il est question, de la capacité d’aimer et donc de vivre et désirer, face au patriarcat du grand-père qui craint pour la virilité d’Adel quand Khadidja lui apprend à cuisiner, face aux stratégies nécessaires à Toufik et Farida pour s’embrasser en cachette, face à l’incommunicabilité des parents qui ne peuvent plus s’asseoir pour discuter. Tout cela débouche sur une immense solitude devant des portes fermées, image finale d’un film sensible qui aligne les petites touches intimistes et tranquilles. Personne ne s’énerve et chacun souffre en silence, pour ne pas troubler le petit, pour ne pas faire de scandale. La caméra presque documentaire se passionne pour les gestes quotidiens afin de capter cet état d’entre-deux qui place Adel dans une nouvelle vie dont il perçoit peu à peu qu’il devra s’y résoudre – devenir adulte en somme, loin de l’innocence enfantine. Le cadre toujours sage et les lumières tamisées concourent à réduire la tension pour ne plus laisser cours qu’au regard incisif d’Adel sur un monde que l’on met en cages. C’est à la fois la beauté sincère et l’embarrassante limite d’un film qui peine à trouver l’intensité de son propos. Finalement, tout finit par se dire, parce que ni le récit ni la mise en scène ne l’ont porté. Ce n’est de même que lorsqu’une musique prend en charge la nostalgie que celle-ci s’impose. Entre Khadidja et Adel s’est joué un espace de liberté sans que celle-ci puisse trouver les bases qui lui permettraient de perdurer, emportant le spectateur dans une incommensurable amertume.

///Article N° : 10731

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Les images de l'article
Combien tu m'aimes de Fatma Zohra Zamoum © Les Films à fleur de peau
Combien tu m'aimes de Fatma Zohra Zamoum © Les Films à fleur de peau




Laisser un commentaire