« Du jazz africain en toute connaissance de cause »

Entretien d'André Ottou avec Ray Lema

à propos de son nouvel album Very Special New Production
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Avant le concert qu’il donne avec son quintet le 7 février 2013 au New Morning, le pianiste et compositeur congolais s’est confié à Africultures.

Votre nouvel album a un titre particulier : Very Special New Production. Doit-on conclure qu’il marque une étape exceptionnelle de votre carrière ?
On peut l’interpréter de plusieurs façons. Il y a avant tout un clin d’œil à Herbie Hancock dont l’œuvre musicale est une source d’inspiration pour moi. C’est une référence au V.S.O.P, entendez, Very Special Old Production qu’il a produit avec son quintet en 1977. Ce travail que j’ai écouté au Congo m’a marqué par son innovation dans le jazz classique. Au niveau personnel, mon album marque une rupture. Il est le premier où je suis dans une attitude différente que celle de « Word music ». En Occident, tous les Africains sont classés « world music ». C’est gentil, mais quand on est dans le métier c’est très embarrassant. Tu te retrouves alors dans le même panier que Magic System et Manu Dibango. Pour cette fois, je devais choisir : repartir en « World Music » ou assumer ce qui me met le plus à l’aise, à savoir faire du jazz. À mon âge, le choix est vite fait. Et pour y arriver, je me suis beaucoup appuyé sur le bassiste, Étienne Mbappé.
On vous a connu en solo, en duo, trio, quartet et aujourd’hui en quintet. Cherchez-vous à densifier votre musique ?
Je ne cherche rien de particulier. J’ai beaucoup tourné en solo. Je dirais même que c’était le plus difficile, être seul avec son instrument face au public. Cette expérience confère une grande confiance en soi. À partir de là, j’ai pu au gré des rencontres, me produire en duo, en trio… Ca ne me pose plus aucun problème. Je reste ouvert et croyant. De cette façon, je suis adapté à plusieurs formules.
Dans ce nouvel album, vous rendez hommage à un oncle décédé au Congo à l’âge de 127 ans en 2010. Comment vivez-vous votre attachement à la RDC ici, à Paris ?
L’hommage que je rends à mon oncle est l’expression de mon attachement au Congo qui comme vous le savez, traverse des moments pénibles. Je me suis rendu en RDC il y a deux ans dans le cadre du projet Station Congo qui m’avait été commandé par un festival. Je dois reconnaître qu’après trente-deux ans de vie en Occident, j’appréhendais de ne pas pouvoir retrouver de repères. Tout s’est plutôt agréablement passé. Dès les premiers regards croisés avec les douaniers de l’aéroport de Kinshasa, j’ai retrouvé tout mon venin congolais (rires). C’était sidérant pour moi. J’ai compris que la culture est en moi et je ne me pose plus de question à ce sujet. Le projet Station Congo s’est bien et mal passé à la fois. Nous avions quatre jours pour monter un spectacle et finalement les groupes traditionnels n’ont pas pu nous suivre. Il s’est avéré impossible de faire jouer les traditionnels, les rappeurs et les autres en si peu de temps. Bien heureusement, cela m’a amené à rencontrer Freddy Massamba qui représente la jeune génération de chanteurs congolais. Aujourd’hui nous continuons de collaborer et je m’en réjouis.
À quoi faut-il s’attendre le 7 février au New Morning ?
Les musiciens du quintet sont à comparer aux tigres. Ils ont beaucoup d’énergies et s’ils sont bien nourris, ils font très mal. Étienne Mbappé, Nicolas Viccaro, Irving Acao et Sylvain Gontard. Mes quatre gars font très mal. Je vous conseille d’écouter l’album et d’être présents au New Morning, en toute connaissance de cause !

///Article N° : 11286

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Les images de l'article
Couverture de l'album VSNP de Ray Lema quintet © photo Emanuel Bovet




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