Ku Klux Klan, une histoire américaine

Comprendre la face sombre de l'Amérique

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Diffusé le 13 octobre 2020 sur Arte, ce passionnant documentaire historique sera rediffusé le 9 novembre à 01 h 25 et est à voir ou revoir en replay sur Arte jusqu’au 11 décembre. Il est composé de deux parties de 56mn chacune : Naissance d’un empire invisible (à voir ici) et Résurrections et (à voir ici) . Il sera en outre disponible bientôt en dvd.

De remarquables séries documentaires audiovisuelles ont contribué ces dernières années à remettre en cause le récit national français en contournant les mythes et les dénis pour rappeler voire dévoiler la cruauté de l’Histoire et affirmer le rôle des esclavagisés et des colonisés dans la construction du monde moderne : Noirs de France de Pascal Blanchard et Juan Gélas (France, 2011, 3x52mn), Les Routes de l’esclavage de Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant (France, 2018, 4x52mn), Décolonisations de Karim Miské et Marc Ball (France, 2019, 3x52mn, à voir ici), Décolonisations, du sang et des larmes de Pascal Blanchard et David Korn-Brzoza (France, 2020, 3×50’mn).

C’est justement le même David Korn-Brzoza qui cette fois s’intéresse sous le même angle à l’histoire américaine. Pour ceux qui veulent mieux comprendre notamment le meurtre de Georges Floyd le 25 mai 2020 à Minneapolis (Minnesota) et la réaction mondiale contre le racisme systémique des Etats anciennement esclavagistes ou colonialistes, il importe de mieux connaître l’histoire de la principale organisation des suprémacistes américains.

On pense généralement que le nom de Ku Klux Klan vient du grec ancien kuklos, « le cercle ». Sans doute est-ce la référence des six jeunes vétérans sudistes de la guerre de Sécession qui ont créé cette société secrète en 1865 dans le Tennessee. Au départ c’est un jeu, mais le Klan devient vite une organisation criminelle. Se voyant comme une confrérie de chevaliers du Moyen-Âge, il est une réaction à l’application des droits constitutionnels des Afro-Américains garantis par plusieurs amendements au lendemain de la Guerre de Sécession. Ses membres se parent de tuniques blanches et de cagoules pointues pour parader et pour leurs cavalcades nocturnes, si bien qu’il se dit chez les Noirs que ce sont les fantômes des Sudistes blancs.

Ils se cherchent un chef. Le général Robert E. Lee, en mauvaise santé, décline l’offre mais conseille de nommer le Klan l’Empire invisible et de prendre Nathan Bedford Forrest, un ancien marchand d’esclave devenu officier confédéré. Il est élu « Grand Sorcier de l’Empire ».

Et voilà le Klan prêt pour ses basses besognes. Le gouvernement fédéral ferme les yeux sur les lynchages qui connaissent vite leur paroxysme. En attaquant aussi des Blancs, le KKK s’affirme comme un groupe terroriste politique dont le but est de perpétuer la domination raciale. Des actions judiciaires sont menées mais échouent car les jurys sont composés de sympathisants et que les témoins se rétractent par peur de représailles. Cette composition blanche des jurys sera une permanence pour conforter l’impunité durant toute l’Histoire du KKK.

Le président Ulysses S. Grant s’attaque cependant aux exactions du Klan qui sera finalement interdit en 1877. Les anciens États confédérés sont cependant repassés sous le contrôle des Sudistes et maintiennent la ségrégation par les lois Jim Crow.

« Le ventre est encore vivant d’où est sorti la bête immonde », écrivait Brecht. Le Klan renaîtra lorsqu’en 1915, le premier « blockbuster », Naissance d’une Nation de D.W.Griffith, est vu par 50 millions d’Américains. Le KKK y trouve sa légitimité et sa pleine notoriété. Le message du film est clair : les Noirs menacent d’enlever et violer les femmes blanches dans tout le pays ; le KKK en défend la vertu et la moralité. Lorsque l’organisation noire NAACP en demande l’interdiction, le président démocrate Wilson s’abstient pour ne pas s’aliéner le vote du Sud…

Le succès du Klan puise dans ce sous-texte sexuel : lors de nombreux lynchages, le pénis du Noir est coupé et placé dans sa bouche. Mais il tient aussi à un habile système d’intéressement dans le recrutement (reversement d’une partie du coût de l’adhésion) qui permet au Klan de passer rapidement à 300 000 membres et de disposer de très gros moyens. Il devient l’une des plus importantes organisations politiques du pays, tout en étant anti-immigrants, antisémite, anti-urbain et anti-catholiques (« les papistes »).

Il atteindra vite quatre millions d’adhérents, tous nés aux Etats-Unis, Blancs et Protestants. Avec ses radios, sa presse, se rodéos, ses kermesses, sa musique, il devient une composante majeure de la vie culturelle américaine. Ce vernis de respectabilité ne l’empêche pas de poursuivre ses crimes, mais ses liaisons avec les organisations pronazies durant la guerre le condamnent.

http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ds.12491

En réaction au mouvement des droits civiques, il renaît pour la troisième fois pour assurer par tous les moyens la suprématie blanche. Il est appuyé en cela par le chef du FBI J. Edgard Hoover qui ne voit dans le mouvement égalitaire que des communistes. C’est l’objet de la seconde partie qui montre combien l’impunité encourage sans cesse la violence jusqu’à ce que son implication et les liens avec la police soient enfin révélés.

Le film poursuit jusqu’à aujourd’hui son investigation car le KKK continue sous la forme d’une constellation de groupuscules suprémacistes blancs. Mais la résistance est de plus en plus vive, ce qui les renvoie à l’action sur internet et au soutien à Donald Trump.

Ce film ne s’oublie pas. Il alterne une grande richesse documentaire avec des interviews de témoins et de spécialistes. Ces archives et analyses ainsi que le commentaire dit par Lucien Jean-Baptiste retracent à travers le KKK l’Histoire de la face sombre de l’Amérique.

Elle a comme nous du mal à la reconnaître.

 

Vidéo faite par Brut :

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