Les chasseurs, force culturelle mandingue ?

Entretien d'Antoinette Delafin avec Cheik Oumar Sissoko, ministre de la Culture du Mali

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Entretien réalisé à l’occasion de la Rencontre internationale des chasseurs d’Afrique de l’Ouest (Bamako, 27 au 29 mai 2005). Cf également l’article d’Antoinette Delafin « Sortilèges en pays mandingue » sur ce site.

Le serment du Mandé (Extrait Manden Kalikan)
« Toute vie (humaine) est une vie. (…) Elle n’est pas supérieure à une autre vie. (…) Que nul ne cause tort à son prochain. (…) Que nul ne martyrise son semblable. (…) Tout tort causé à une vie exige réparation. »

Pourquoi ces rencontres sont-elles qualifiées de programme majeur ?
A cause de la place du chasseur dans l’imagerie populaire, de son rôle dans l’histoire et de l’existence de la confrérie dans plusieurs pays. Devant la situation de conflits que connaît notre sous-région, et l’utilisation politique qui a été faite des chasseurs, il était important de les impliquer.
Le budget a été réduit…
Aucun autre événement n’a été soutenu comme la rencontre des chasseurs. Mais nous traversons une situation extrêmement difficile, saison des pluies défectueuse en 2004, criquets pèlerin…
L’image pourrait rester de chasseurs transportés par des camions des Nations unies, des bâchés de l’armée malienne et des cars du Palais de la Culture…
L’armée a accepté de participer à cette fête en donnant ses camions. Sinon, dans les lieux de spectacles, il n’y avait aucun homme en tenue. Quelqu’un m’a dit qu’il n’avait jamais vu des gens en si grand nombre respecter ainsi les lieux. C’est la discipline de la confrérie des chasseurs.
Existe-t-il une « Force chasseur » au Mali ?
Elle existe depuis plus d’un millénaire. Il n’est pas dans les mœurs des chasseurs de terroriser ou voler. Leur mission est de préserver la vie et la nature, la justice. Ils n’utilisent le fusil que pour chasser et sont éduqués dans le respect de la loi et du chef auquel ils se soumettent.
La crise en Côte d’Ivoire a-t-elle eu des répercussions au Mali ?
Nous souhaitons qu’une paix teintée d’humanisme soit établie là-bas. Nous craignons surtout les conflits qui amènent des voyous. Les chasseurs ne sont pas des mercenaires. Ceux de Côte d’Ivoire l’ont compris. Ils sont revenus à la juste proportion de leur mission. Le Mali est un pays de brassage qui ne fait pas de distinction entre régions, ethnies et religions. Nous utilisons la critique comme facteur de paix et de stabilité.
Rencontre des chasseurs, festival peul. Est-ce le signe d’un repli identitaire ?
Chacun doit se sentir membre de la nation. Nous laissons les communautés se développer dans le respect mutuel. C’est une richesse qu’il faut entretenir. On se marie entre nous. Vous ne voyez pas les Bambaras porter les boucles d’oreilles des Peuls ? Et les Peuls porter le Bogolan ?
L’intégration régionale n’a-t-elle pas aussi besoin d’espaces pacifiés ?
Nous organisons de grands festivals à nos frontières : Festival du désert, le Tamadage, près du Niger, Théâtre du Balafon, avec le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Sénégal, Safra, Semaine africaine de l’amitié et de la fraternité qui circule dans six pays où les jeunes se rencontrent.
Le chasseur est-il un marchand de rêves ou d’illusions ?
Les chasseurs ont toujours été inaccessibles. Tout le monde n’entre pas dans la confrérie. Leurs exploits sont amplifiés. Ils vont nuitamment seuls en brousse, affrontent les fauves et les diables, la société de l’invisible qu’on ne voit pas mais qui nous voit et agit. On les admire. Ils peuvent transformer une feuille en or, faire bouillir de l’eau sans feu, changer le cours des choses. On les consulte pour connaître l’avenir, se procurer des plantes médicinales. C’est un refuge.

Africultures a publié en 2000 un dossier sur le thème « L’Impact
des chasseurs » Cliquez ici pour en lire le sommaire
Pour lire  » Sortilèges en pays mandingue »Cliquez ici ///Article N° : 4042

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