Livres et Auteurs du Bassin du Congo : vers la fixation d’une « présence africaine » au Salon du livre de Paris

Entretien de Raphaël Thierry avec Aminata Diop et Pauline Pétesch

Au lendemain du 33e Salon du livre de Paris, j’ai sollicité une entrevue auprès des organisateurs de l’espace « Livres et Auteurs du Bassin du Congo » ; un espace qui en était cette année à sa quatrième édition. Aminata Diop et Pauline Pétesch, membres de l‘équipe organisatrice, ont répondu favorablement à ma demande. Notre entretien a ainsi donné lieu à un intéressant échange portant sur le « LABC » vu « de l’intérieur ». L’occasion d’en savoir un peu plus à propos de cette structure, aujourd’hui devenue un passage obligé du SDL.

Raphaël Thierry : J’ai aujourd’hui le plaisir de m’entretenir avec deux membres de l’équipe du stand « Livres et Auteurs du Bassin du Congo » (LABC). Avant toute chose, vous serait-il possible de vous présenter pour les lecteurs d’Africultures ?
Aminata Diop : Il faut tout d’abord préciser que l’espace « Livres et Auteurs du Bassin du Congo » est organisé par le groupe Bassin du Congo SA. Sa directrice est Bénédicte de Capèle, qui est aussi la responsable du stand. Pour ma part, je suis chef de projet, responsable de la programmation.
Pauline Pétesch : Durant le Salon du livre, j’ai assisté Aminata et ai été en charge de la coordination des tables rondes, des dédicaces et des intervenants. Avec Rose Marie Bouboutou nous avons également participé à la programmation.
R.T. : Quel est votre bilan de cette quatrième édition ?
A. D. :
Nous sommes globalement satisfaits, même s’il faut dire que plus on avance dans les années et plus, c’est compliqué ! Cette année, nous avons encore réussi à relever le défi. Ce qu’il faut aussi souligner, c’est que la satisfaction est également au rendez-vous en termes de fréquentation et d’auteurs que nous avons pu faire venir. Mais il faut toutefois noter que plus on avance, plus le stand existe et plus la gestion de l’organisation s’avère complexe. Quand nous en étions à la première édition, il est certain que c’était déjà un travail minutieux : il ne fallait pas se tromper dans la programmation, etc. Mais à cette époque, nous ne disposions pas d’éléments de comparaison. Aujourd’hui, après quatre participations successives, le stand marche bien et c’est maintenant que les choses deviennent difficiles, car nous avons beaucoup plus de demandes, de nombreuses sollicitations au niveau des auteurs, mais également au niveau des maisons d’édition qui souhaitent être représentées… Nous sommes donc obligés de faire un tri et des choix ; ce qui n’est pas toujours facile, parce qu’il y a beaucoup d’auteurs qui se sont approprié le stand au fil des éditions et qui estiment que, la sortie d’un nouveau livre est une garantie pour eux de faire partie de la programmation. Nous essayons donc de leur expliquer que l’on choisit les thématiques en fonction de l’actualité, etc.
R.T. : Et concernant les retours du public ? Il y avait un certain nombre de célébrités culturelles sur le stand, cette année…
A. D. :
Effectivement. Nous avons invité Passi, Grand Corps Malade, Clément Ossinondé, Lo-Benel, Paul Bonga Bonga, etc. et des écrivains comme Alain Mabanckou, Emmanuel Dongala, Nimrod… des grands noms. Ce qu’il faut savoir, c’est que ces grands noms, nous ne les avions pas aux débuts : Emmanuel Dongala est venu cette année, Alain Mabanckou l’année dernière, par exemple. Je pense que certains de nos partenaires ont joué un rôle important dans le succès de notre stand, particulièrement « Continents Noirs » (Gallimard) avec Jean Noël Schifano et Jacques Chevrier. Ce sont deux personnes qui nous sont fidèles depuis le début et qui nous ont toujours accompagnés sans aucun problème. Ensuite, il y a eu certains auteurs qui au début ne savaient pas trop, ne nous connaissaient pas… Il y a donc eu un peu de réticence au départ. Et puis, ils ont ensuite vu, au bout de deux, trois ans le travail réalisé par le stand. C’est peut-être ce qui explique qu’aujourd’hui, une certaine notoriété aidant, des auteurs qui avaient décliné notre invitation lors de la première ou de la deuxième participation l’ont finalement accepté pour la quatrième édition.
R.T. : Après quatre éditions, y a-t-il une évolution du public ?
A. D. :
Oui, je pense que le public a beaucoup évolué et s’est diversifié. Il n’appartient plus essentiellement à la diaspora, aussi bien en ce qui concerne les tables rondes, que pour l’achat des livres. Nous avons beaucoup de visiteurs du Salon du livre qui manifestent aujourd’hui de l’intérêt pour la littérature francophone africaine. Je pense que le public change, évolue et que des gens qui ne venaient pas forcément nous voir les premières années nous rendent aujourd’hui visite. Il y a un public qui se développe chaque année.
Cette littérature n’était pas encore très bien représentée au salon. C’était apparemment une bonne initiative puisque, comme on peut l’observer depuis un an ou deux, d’autres pays tels que la Côte d’Ivoire ou la Guinée développent des stands et demandent à être situés à côté du nôtre. On sait alors que notre travail sert à quelque chose.
R.T. : Il me semble que votre stand est également arrivé à une « vitesse de croisière », si je puis m’exprimer ainsi. On a pu retrouver un peu le même espace que l’an passé au niveau du visuel, de la taille, etc.
A. D. :
Vous évoquez le fait que l’on retrouve le même aménagement et les mêmes coloris. Cela a été voulu. Nous avons souhaité établir une identité visuelle. À un moment donné, les décorateurs nous ont demandé si l’on souhaitait changer ; nous avons alors pensé que, par rapport aux premières années, le public avait en tête ce stand avec beaucoup de vert, des animaux stylisés, etc. C’est progressivement devenu une identité et c’est ce que nous avons voulu conserver. C’est un choix.
En terme d’espace, nous avions 135 m² lors de la première année [ndlr : en 2010]. L’année suivante, le stand bénéficiait de près de 230 m² et, à partir de la troisième année, de 280 m². Ainsi, pendant trois années nous nous sommes agrandis, et là, nous avons trouvé la bonne taille. La surface idéale qui nous permet d’avoir un bon espace d’accueil, des tables de conférences, un espace convivial, etc. Nous restons donc sur cette dimension pour le moment, car cela répond à nos attentes.
En ce qui concerne les auteurs, comme je le disais tout à l’heure, nous avons eu des soutiens de poids de professionnels du monde de l’édition, qui nous ont ouvert leurs carnets d’adresses. Ensuite, c’est du relationnel ! Nous sommes parvenus, petit à petit, à mettre en place un fichier d’auteurs et après, ce sont des auteurs qui nous sollicitent parce qu’ils ont découvert notre stand sur le salon ; ou des auteurs qui ne sont pas disponibles une année et qui répondent positivement à l’invitation l’année suivante.
Par ailleurs, le stand en s’agrandissant accueille de plus en plus de personnel. Et qui dit « personnel plus conséquent » dit « plus de choses à gérer ». Finalement, nous sommes contents de la gestion des équipes car les choses se passent bien dans l’ensemble. Et si l’on rencontre de nouveaux petits soucis par rapport à la gestion des auteurs, on dira que cela fait partie de la rançon du succès !
R.T. : J’ai relevé plusieurs éléments au sujet de l’organisation thématique des conférences : vous avez choisi de mettre en avant l’actualité (je pense en particulier à cette table ronde consacrée au Mali et à Tombouctou (1) mais aussi à cet aspect « géopolitique » très présent durant les quatre journées. Nous sommes d’ailleurs actuellement dans les locaux de la revue Géopolitique africaine ! J’ai aussi remarqué cet important focus professionnel dans l’organisation du LABC, avec cette mise en avant de l’édition et ces réflexions autour du rôle du livre dans le développement des pays africains. Qu’est-ce qui sous-tend une telle programmation, finalement pas tellement centrée autour de la littérature congolaise, de la littérature du bassin du Congo, ou encore de la littérature africaine ? Nous sommes là autour de thématiques très ouvertes et pas forcément resserrées autour d’une simple « identité africaine »…
A. D. :
Nous sommes en effet très attentifs à la programmation, parce que c’est avant tout ce qui fait vivre le stand. Comme vous avez pu le constater tout au long des quatre jours, notre programmation s’est étirée de 10 heures du matin jusqu’à 18 heures, non-stop. Comment mettons-nous en place une telle programmation ? Vous avez évoqué l’aspect géopolitique : il faut savoir que Géopolitique Africaine est partenaire du Groupe du Bassin du Congo SA. Ce groupe est une entité qui regroupe deux librairies, deux galeries, une agence de presse : l’Agence d’information d’Afrique centrale – ADIAC, un quotidien Les Dépêches de Brazzaville et le stand « Livres et Auteurs du Bassin du Congo ». Pour revenir au canevas des conférences, chaque année depuis trois ans, nous consacrons quatre thématiques à la géopolitique. C’est une manière de faire venir des personnalités issues d’autres univers (Dov Zerah, Alain-Gerard Slama, Sandra Coulibaly-Leroy, sous directrice de la diversité de l’OIF, Jean Digne, directeur du musée de Montparnasse, etc.) (2).
Ensuite, concernant l’édition, le lundi est une journée professionnelle et nous nous adaptons donc, sachant que le matin nous n’aurons pas du grand public mais des professionnels. Nous essayons de mettre en place des thématiques qui vont intéresser ces derniers et c’est à ce moment-là que l’on organise des tables rondes consacrées à l’édition professionnelle.
À partir de la seconde année, nous nous sommes raccrochés (si je puis appeler les choses ainsi) aux thématiques du Salon du livre. Chaque année, le Salon du livre propose cinq axes thématiques. Nous essayons donc de faire au mieux pour inclure d’une manière ou d’une autre ces thématiques à notre programmation, et cette année, c’est la première fois que nous réussissons à intégrer dans notre programmation cinq tables rondes ou animations en lien avec les cinq axes thématiques du salon. Le premier axe était consacré aux « Lettres roumaines », nous avons donc mis en place une table ronde avec des auteurs congolais et roumains (3). Le second axe avait pour thème « Barcelone ville invitée », nous avons alors fait venir un chef africain et un chef catalan pour réaliser une dégustation autour de tapas (4). Il y avait ensuite « La création éditoriale française », nous avons organisé une rencontre autour de « La création éditoriale africaine » (5). Le dernier axe concernait « Les beaux livres » et nous avons consacré une table ronde à l’art et aux beaux livres (avec notamment Jean-Paul Wabotaï et Wilfried Massemba) (6). C’est un clin d’œil à notre manière à l’équipe du SDL.
R.T. : Vous avez d’ailleurs réussi à réunir six axes, puisque vous avez mis en place une thématique disparue du Salon du livre en 2011, en l’occurrence le pays « invité d’honneur ». Votre pays invité d’honneur était cette année le Sénégal…
A. D. :
Tout à fait, c’était une nouveauté 2013 ! Tout à l’heure nous évoquions les raisons de ce qui fait que le stand a du succès, et cela tient aussi au fait que, chaque année, nous incluons une nouveauté. En 2012, nous avons créé le prix « Mokanda » et, cette année, nous avons ajouté un pays à l’honneur et avons fait venir des auteurs comme Ken Bugul ou encore Tidiane Ndiaye. L’identité est donc la même, la surface est la même, et c’est maintenant que nous pouvons réfléchir à l’organisation de la vie du stand pour évoluer, année après année.
R.T. : J’aimerais que nous parlions un peu de ce fameux prix « Mokanda » et de son édition de 2013. L’an passé, la lauréate était Ananda Dévi. Cette année, c’est Emmanuel Dongala qui a été récompensé. Que représente cette récompense, accordée à une « ancienne plume congolaise » ? Emmanuel Dongala n’était d’ailleurs pas en compétition avec des inconnues !
A. D. :
C’étaient Bessora et Aminata Sow Fall. Le prix « Mokanda » est totalement indépendant : c’est un jury qui l’organise et nous n’intervenons pas dans leurs délibérations. Nous assistons seulement aux réunions. Ce jury était présidé par Henri Lopes et sept autres jurés. Le but du prix n’est pas de récompenser une œuvre ou un livre mais un parcours. Il ne s’agit d’ailleurs pas de forcément récompenser un auteur africain (vous évoquiez Ananda Dévi, qui est mauricienne) mais un écrivain qui a écrit à propos de l’Afrique et qui manifeste une sensibilité africaine. Cette année, nous avions donc en tant que finalistes, Emmanuel Dongala, Aminata Sow Fall et Bessora. Cette dernière est venue nous voir d’ailleurs pour nous dire qu’elle était très touchée de compter parmi les finalistes, « parce qu’elle était face à deux pointures » et que c’était pour elle « un honneur » !
Pauline Pétesch : Le prix décerné à Emmanuel Dongala a également été un moment d’émotion, puisqu’il a expliqué que c’était la première fois qu’il était récompensé pour l’ensemble de son œuvre !
A. D. : Le prix a donc été lancé l’année dernière. Cette récompense a tout son sens et je pense qu’elle représente une reconnaissance pour les auteurs.
R.T. : Il y a un mois et demi se sont tenus les Étonnants Voyageurs à Brazzaville et j’ai l’impression qu’il y a tout de même une continuité entre ces deux projets… Une continuité qui m’intéresse d’ailleurs pour une raison bien précise : les Étonnants Voyageurs mettent en avant le décentrement : « nous ne sommes pas à Paris, nous ne sommes pas en France… » Et, autant, dans le cadre des « Livres et Auteurs du Bassin du Congo », nous nous recentrons complètement : à Paris, au salon du livre…
Aminata Diop :
Il faut bien avoir conscience que les Étonnants Voyageurs ne sont pas organisés par notre groupe. Nous avons accueilli le projet au Congo dont nous avons d’ailleurs été partenaires. Nous les avons aidés dans la logistique mais nous n’avons pas du tout pris part à la programmation et au choix des invités. Les Étonnants Voyageurs ont été libres de leurs choix et de leur programme. Il faut avoir cela à l’idée. Ce sont deux projets complètement différents. Nous ici à Paris, ne sommes pas non plus une continuité des Étonnants Voyageurs au Congo. C’est donc le même principe qui s’applique au sein des « Livres et Auteurs du Bassin du Congo », où Étonnants Voyageurs n’ont pas leur mot à dire. Ce sont deux entités complètement différentes.
R.T. : Mais il y avait tout de même des auteurs qui étaient présents au sein des deux événements… Avez-vous eu des retours de ces écrivains ?
A. D. :
Pas à notre connaissance.
R.T. : J’aurais souhaité aborder un point qui m’intéresse très particulièrement. En effet, il n’y avait pas seulement des livres d’auteurs africains sur votre stand : il y avait aussi des livres africains, cette année ! J’ai ainsi été très sensible au fait de trouver l’association d’éditeurs africains Afrilivres très largement représentée sur les tables du LABC. Et il n’y avait d’ailleurs pas seulement des éditeurs d’Afrilivres mais aussi d’autres maisons d’édition africaines. Voilà donc une nouveauté supplémentaire de cette année 2013 : l’an passé on pouvait bien trouver les éditions Hémar ou Lemba [ndlr : deux maisons d’édition de Brazzaville], mais cette année, c’était une grande partie du stand qui était dédiée aux livres africains !
A. D. :
(Rires) Eh bien en fait, je me souviens qu’après le salon du livre de l’an passé, j’ai eu l’occasion de lire un article publié sur le site d’Africultures et qui proposait une réflexion assez intéressante ! J’ai donc pris contact avec l’auteur, je ne sais pas si vous le connaissez !
R.T. : Cela me dit quelque chose ! (7)
A. D. :
Nous avons donc eu un entretien téléphonique, il a cité Afrilivres et c’est à partir de tout cela que nous avons eu l’idée de nous rapprocher un petit peu plus de maisons d’édition africaines, afin de leur permettre d’être un peu mieux représentées.
R.T. : Comment cela s’est-il passé pour faire venir tous ces livres ?
A. D. :
Très simplement. Comme vous le savez, les éditeurs africains n’ont pas forcément leurs livres présents ici, à Paris. Ils ont donc apporté eux-mêmes leurs ouvrages. Ils sont simplement venus avec leurs livres sous le bras et, une fois sur place, nous avons pu récupérer les livres à la librairie. Cela a d’ailleurs donné lieu à une réflexion intéressante, puisque les organisateurs du Salon du livre nous ont demandé pourquoi le stand ne s’inspirait pas de certaines régions comme l’Île-de-France, PACA ou Rhône-Alpes, qui ont des petites tables dédiées aux maisons d’édition locales. C’est donc une réflexion intéressante, même si c’est assez compliqué à imaginer pour le moment. En effet, la problématique qui se pose alors à nous est la suivante : nous souhaitons rester totalement maîtres de notre stand. Si nous devenons, en quelque sorte, partenaires mais que chaque maison d’édition s’installe et a son mot à dire, cela deviendra assez compliqué à gérer, je crois.
Ce qui nous permet aujourd’hui de développer une programmation ouverte tient au fait que nous pouvons dire « oui, cela correspond à notre thématique ». Nous souhaitons éviter de nous retrouver dans la position où un éditeur pourrait nous dire « Ah non ! C’est notre auteur, il faut le placer ! » Nous risquerions alors d’être un peu « coincés »… Aujourd’hui, nous nous inspirons de l’actualité pour rédiger notre programme. Vous parliez tout à l’heure de la table ronde sur Tombouctou, qui illustre cet exemple : nous restons vigilants et faisons nos choix sans aucune obligation. Si, soudainement, nous avons plusieurs pays et différentes maisons d’édition qui prennent part à l’élaboration de notre programme, elles vont logiquement vouloir promouvoir leurs auteurs…
Pauline Pétesch : Peut-être qu’alors, dans le cadre du pays à l’honneur, nous pourrions également mettre à l’honneur une maison d’édition du pays…
Aminata Diop : Effectivement, même si cela risque d’être assez compliqué car nous avons des maisons d’édition partenaires, par exemple Présence Africaine… Je pense que quand on a un pays à l’honneur, il y a des auteurs de ce pays qui sont édités par plusieurs maisons d’édition, qui sont donc forcément représentées sur le stand. Donc pour l’instant, les choses sont comme cela et les éditeurs viennent avec leurs livres parce qu’ils n’ont pas de stocks, ici à Paris. Il y avait d’ailleurs certains éditeurs qui n’avaient pas beaucoup de livres à déposer, mais c’est un début ! On sera mieux organisés l’année prochaine.
R.T. : Voilà donc déjà une bonne nouvelle ! Vous comptez reconduire cette initiative, l’année prochaine !
A. D. :
Oui, nous allons encore accueillir les maisons d’édition. Pour les accueillir tant que nous gérons le stand, il n’y a aucun souci. Ce qui est plus délicat, je le répète, c’est que chaque maison d’édition dispose d’une table et gère son propre espace. À mon avis, ce n’est pas encore à l’ordre du jour, même si cela peut se faire peut-être un jour : qui sait ?
R.T. : Y a-t-il eu des retours du public concernant cette présence inédite de livres africains sur votre stand ?
A. D. :
Oui, et cela a été positif ! Il est vrai que ce sont des livres que l’on ne trouve pas à Paris. Et je dois avouer qu’il y avait des maisons d’édition dont je n’avais encore jamais entendu parler ! J’ai acheté des livres pour mes enfants à cette occasion et je trouve cela formidable. Il y a des livres jeunesse qui sont partis comme des petits pains ! Ce sont des ouvrages que l’on n’a pas souvent l’occasion d’acheter, et je pense que cela a été un vrai succès.
Pauline Pétesch : C’est vrai que cela a été important, parce que le Salon du livre n’est justement pas une grande librairie où l’on peut trouver exactement les mêmes livres qu’à la FNAC, par exemple…
R.T. : Vous avez évoqué tout à l’heure le voisin ivoirien qui était juste à côté de votre stand. Il me semble que la Côte d’Ivoire suit une dynamique similaire à celle des « Livres et Auteurs du Bassin du Congo ». Quelles ont été les relations avec ce stand qui en était à sa deuxième édition ? On a par exemple pu retrouver certains auteurs sur les deux stands ; certains livres étaient également présents sur les deux espaces…
Aminata Diop :
Tout à fait. L’an passé la Côte d’Ivoire avait juste un stand pour exposer ses livres, sans animations. Quelque temps avant le salon, ils nous ont fait part de leur souhait d’organiser des tables rondes cette année, et nous ont proposé une collaboration sur certains événements. Il y a effectivement eu des auteurs qui ont été présents aussi bien sur notre stand que sur celui de la Côte d’Ivoire. Il n’y a pas eu véritablement de table ronde organisée en commun, et chacun a fait sa programmation séparément. Ce qu’il faut préciser, c’est que nous avons une programmation tellement dense que nous n’avons pas la possibilité d’organiser des tables rondes avec d’autres exposants, pour le moment.
R.T. : On pourrait donc parler de relations « encore à renforcer »… Au cours d’une table ronde organisée sur le stand de la Côte d’Ivoire, j’ai entendu quelqu’un demander « pourquoi n’y aurait-il pas un stand de la CEDEAO au Salon du livre de Paris ? »
A. D. :
On nous l’a effectivement proposé pour cette année, mais nous avons refusé. Cela rejoint notre volonté de rester maître de notre programmation et de l’organisation de notre stand. Un stand de la CEDEAO, qu’est ce que cela implique ? Cela représente plusieurs pays et il faudrait alors décider ensemble de la programmation commune, du choix des auteurs à inviter, etc. Cela nous paraît très compliqué.
R.T. : Avez-vous également eu des échanges avec le stand de l’Union du fleuve Mano ?
A. D. :
Ils sont venus nous voir sur notre stand et nous leur avons également rendu visite. Avant le salon il n’y a pas eu d’échanges, nous avons échangé nos coordonnées. Il y a eu prise de contacts. À suivre…
Pauline Pétesch : Nous avons notamment organisé une table ronde consacrée à la littérature jeunesse africaine, avec Marie Paule Huet, des éditions Ganndal, qui nous a été recommandée par Viviana Quiñones. Et puis, cela était intéressant qu’il y ait un pôle de stands Afrique-Caraïbes : les visiteurs venaient nous demander où se trouvaient les autres stands et nous pouvions leur indiquer par exemple la Côte d’Ivoire ou l’Outre-mer, qui se trouvait juste à côté.
R.T. : Effectivement ! Il y avait d’un côté les stands du Maghreb qui étaient regroupés et, de l’autre, les stands de l’Afrique subsaharienne et, comme vous l’évoquez, de l’Outre-mer. Donc, peut-être, une sorte de « foyer » au sein du salon du livre.
Aminata Diop :
Oui, c’est très intéressant. Petit à petit nous assistons au développement d’un « espace Afrique » au sein du Salon du livre… Ce qui risque par contre d’être plus délicat, c’est que tous ces pays se retrouvent sur le même stand. Mais dans la même zone, c’est une très bonne chose.
R.T. : Observez-vous une évolution de la relation du stand avec les organisateurs du Salon du livre au fil des années ?
A. D. :
Oui, tout à fait. Nous avons de bonnes relations avec l’équipe d’organisation du Salon du livre, ils nous soutiennent et nous accompagnent dans nos différents projets et c’est important de le souligner. Depuis le début, ils nous encouragent, et trouvent que nous faisons du bon travail.
R.T. : Même si vous sortez à peine de l’édition 2013, avez-vous déjà des perspectives, des pistes pour 2014 ?
A. D. :
Déjà se reposer ! (rires) Et plus sérieusement, nous allons déjà essayer de consolider toutes les nouveautés que nous avons lancées. Je peux déjà vous dire que le pays à l’honneur l’année prochaine sera un pays d’Afrique centrale…



Cet entretien est proposé dans le cadre du dossier consacré à l’édition africaine au 33e salon du livre de Paris, réalisé par Amande Reboul et Raphaël Thierry.
Le site Web des « Livres et auteurs du Bassin du Congo » :
[www.livresdubassinducongo.com]

1. Table ronde autour de la poésie et de la bibliothèque de Tombouctou :  » La poésie en tant que moyen d’expression « , avec Eric Joël Békalé, poète et écrivain, Cris et passions inassouvis, éditions Alpha-Oméga, 2012 ; Ibrahima Aya, co-directeur de la Rentrée Littéraire du Mali, co-auteur de l’anthologie de poésie Voix hautes pour Tombouctou, Éditions Tombouctou, 2013. Modératrice : Valérie Marin La Meslée, journaliste.
2. Table ronde Géopolitique Africaine :  » L’Afrique, géant économique de demain « , avec Alain Gérard Slama, essayiste, journaliste et historien ; Jean-Joseph Boillot, Chindiafrique, Odile Jacob, 2013 ; Dov Zerah, président de l’Agence France de Développement ; Stephen Decam, secrétaire général du Cian. Modérateur : Lucien Pambou, journaliste.
3. Table ronde La poésie contemporaine vue du Congo et de la Roumanie, et leurs interférences lyriques Autour de l’ouvrage Du Congo au Danube anthologie bilingue, français-roumain, de poésie du Congo-Brazzaville et de la Roumanie, Éditions ARC-Dagan, 2013.
4. Thématique  » Barcelone, ville invitée  » : Dégustation de tapas réalisés à base d’ingrédients africains, par un Chef catalan et un Chef africain. Présentation d’une série de livres de recettes africaines.
5. Table ronde en partenariat avec Afrilivres :  » La création éditoriale africaine : La problématique de la diffusion et de la distribution du livre en Afrique « . Avec Marcellin Vounda Etoa, directeur des éditions Clé, Dramane Boare, directeur général de la maison d’édition Les Classiques Ivoiriens, membre de l’association d’éditeurs Afrilivres, Stéphane Marill, présidente de ScoLibris livre solidaire, Enjeux de la professionnalisation des filières du livre dans les pays Afrique-Caraïbes-Pacifique, Scolibris, 2013. Modérateur : Luc Pinhas, Maître de conférences à l’Université Paris XIII, Éditer dans l’espace francophone, Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants, 2005.
6. Table-ronde Thématique :  » Arts et Beaux Livres « . Avec Wilfrid Massamba, directeur de l’espace culturel Basango, Les Artistes invisibles, Les Manguiers, 2013 ; Jean-Paul Wabotaï, Notre Histoire du Gospel, témoignages du XXIe siècle, Enfants du Congo, enfants du monde, 2013, Jean Digne, président de l’association  » Hors les murs  » et fondateur du magazine Stradda. Modérateur : Jean-Luc Aka Evy, philosophe, Directeur général de la culture de la République du Congo.
7. Raphaël Thierry,  » L’édition africaine au 32e Salon du livre de Paris Une édition mieux représentée mais encore infime dans cette grande librairie…  » (en ligne) : Cf. [article n°10666]
Entretien réalisé le 26 mars 2013 à Paris.///Article N° : 11506

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