Mantsina sur Scène : « Boxer la situation »

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Du 10 au 30 décembre 2013, s’est tenue la 10ème édition du festival Mantsina sur Scène à Brazzaville au Congo. Résolument orientées vers des œuvres contemporaines, ces rencontres internationales ont mis à l’honneur le geste créateur dans son devenir par l’invitation faite à une jeune génération d’artistes de s’exprimer. Retour sur un festival avec plusieurs volets.

Composée de propositions scéniques dont la pluralité des formes ouvre large le spectre théâtral, la programmation s’est avérée exigeante et généreuse. Performance, danse, théâtre ‒ dont une pièce en langues des signes ‒ a donné une visibilité à la scène brazzavilloise, entre autres à l’équipe du théâtre de l’Université, à l’Agora Théâtre et à Zacharie Théâtre. Un tiers des œuvres retenues, pour la plupart inédites, est venu du Burkina Faso, du Cameroun, de la République Démocratique du Congo, de la France et de la Belgique. On retient le silence tendu du rapt provoqué par les danseurs d’, Au-delà de tes pas se créent des traces, chorégraphié par Jean-Claude Kodia et l’énergie fédératrice qu’a su faire circuler Étienne Minoungou dans, M’appel Mohamed Ali, mis en scène par Jean-Baptiste Hamado Tiemtoré.
Outre les spectacles, une attention particulière est portée à la formation à travers des ateliers de jeu, de dramaturgie, de scénographie et de cinéma qui accueillent les stagiaires pour des sessions d’une à deux semaines avec la possibilité d’une restitution publique. À noter, deux initiatives prometteuses qui excèdent le cadre du festival mais en découlent : les travaux menés par Sylvie Dyclo Pomos sur l’écriture et par Harvey Massemba au niveau du jeu d’acteur. Pour exemple, ce dernier a accompagné pendant deux ans une dizaine de jeunes comédiens dans la mise en scène d’, Ajax, de Sophocle et entend pérenniser cette master class autour de textes classiques et contemporains. Soucieux de transmettre, tous deux ont pris le parti d’élaborer un apprentissage théorique et pratique sur le long terme qui non seulement pallie l’absence de structure institutionnelle dévolue à l’art dramatique à Brazzaville mais engendre des expérimentations susceptibles de créer un précédent.
Mantsina sur Scène, ce sont aussi des lectures, des projections et surtout des rencontres entre les artistes et le public en aval des représentations. Ce sont autant d’occasions de confronter les réceptions, de questionner les arts de la scène au regard de leur évolution historique et sociologique afin de forger des points de vue avisés, que l’on soit artiste ou auditeur, novice ou expérimenté. Apparaissent en filigrane au fil des échanges le départ d’une génération de comédiens qui a quitté le Congo, l’arrêt de carrières initialement artistiques qu’ont sanctionné les guerres civiles, l’acte de résistance qu’implique la création dans ce pays, la nécessité de combler le vide pour que les choses existent. Reformer un vivier d’artistes en renouant le dialogue avec les spectateurs est alors une manière d’inventer in situ d’autres possibles pour le théâtre.
De tous les lieux investis, le Cercle Sony Labou Tansi qui accueille dans son enceinte le village du festival incarne l’esprit de Manstina : il est une expérience à vivre. Des débats aux animations musicales en passant par les spectacles, on y discute devant une Ngok’, on mange, danse et danse encore. Lieu quotidien de répétitions, il est aussi le creuset où se sont formés et continuent de s’expérimenter bien des projets, que l’on soit metteur en scène, chorégraphe ou comédien comme pour les compagnies de percussions et de danse Musée d’Arts de Cognes Mayoukou ou Plante planétaire de Jean-Claude Kodia.
Être à Mantsina en décembre 2013, c’est prendre en cours de route une aventure collective née dix ans auparavant, en novembre 2003, de la volonté de cinq hommes de théâtre réunis dans l’association Noé Culture ‒ Felhyt Kimbirima, Arthur Vé Batouméni, Abdon Fortuné Koumbha, Ludovic Louppé, Dieudonné Niangouna ‒ et alors envisager la ténacité qu’il faut pour qu’envers et contre tout sans soutien financier national ce présent porté à bout de bras existe toujours. C’est encore remonter davantage et suivre le cours du théâtre congolais par la rencontre d’un de ses vivants piliers, Matondo Kubu Touré, chef de la troupe artistique Ngunga, contemporaine du Rocado Zulu Théâtre de Sony Labou Tansi dans les années 1980. Une histoire à écrire.

(1)- La participation de la mairie de Brazzaville et du Ministère de la Culture et des Arts congolais consiste respectivement en la gratuité de l’affichage dans la ville et la mise à disposition des espaces de représentation : Mantsina repose sur des financements extérieurs (Institut Français, Total).///Article N° : 12172

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Les images de l'article
M'appel Mohamed Ali © Amélie Thérésine
Cercle Sony Labou Tansi © Amélie Thérésine




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