Salut Alfred, ton sourire ne nous quittera pas !

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Il allait avoir cinquante ans et une sournoise maladie l’a fauché sans crier gare. C’est un choc pour la grande famille du théâtre franco-africain qui voit disparaître un dramaturge à l’inspiration sans pareille, mais aussi un homme rare, un de ces hommes tendres et enthousiastes qui vous donnent le sentiment d’être votre ami de longue date dès la première rencontre. On se souvient de ce sourire éclatant et de ce rire cristallin qui avait l’art de désamorcer les tensions les plus délicates et pourtant si fréquentes dans le monde des arts. C’est qu’Alfred avait le sourire du bonheur… et ce sourire imprégnait son écriture et ses choix dramatiques. Son univers théâtral inspiré de l’actualité politique convoquait presque toujours la farce et le grotesque. Il avait aussi un sens du burlesque que l’on retrouvait autant dans son théâtre que dans ses nouvelles, de Don Quichotte qui lui avait inspiré un recueil d’histoires aux Conquêtes du roi Zalbarou, une pièce qu’il publie en 2002. Cette veine comique irriguait son écriture et faisait toute la saveur des textes jeune public auxquels il se consacrait de plus en plus.
Originaire du Niger, il y avait longtemps enseigné les lettres, mais ces dernières années, il vivait au Togo est s’investissait dans la création théâtrale, pratiquant la mise en scène autant que l’écriture dramatique. Il avait même créé sa compagnie en 2005. En 2010, il avait co-écrit avec Evelyn Fagnen un spectacle de marionnettes, Déroutes, pour l’Institut Culturel Français de Bobo Dioulasso et avait bénéficié en 2011 d’une résidence d’écriture au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis. On se souvient aussi de son Richard III, qui avait marqué les Récréatrales de 2004 et fait une tournée en Europe en passant par la Belgique et la Suisse. Auteur populaire, il aimait faire rire : ses comédies, Boucan et cancan, Burocrassie, Pour le Fauteuil… ont fait les beaux soirs des Centres Culturels Français à Niamey, Ougadougou ou Lomé. Et Alfred Dogbé avait plus d’une corde à son arc : il écrivait aussi pour la télévision et avait co-écrit les scénarios de plusieurs séries à succès au Niger comme au Burkina Faso, telle Souéba ou Commissariat de Tampi.
Les lettres perdent un auteur, les arts de la scène perdent un artiste et les artistes perdent un ami. On se souviendra longtemps de son sourire et des rires de son théâtre.

///Article N° : 10635

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Alfred Gobé, au CCFN Jean Rouch, le 21 sept 2011 © Loïc Quentin




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