Retic 2005 : Tiens bon Bonkano, d’Alfred Dogbé

Mendicité et dépendance

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Interprétée par la compagnie nigérienne Arène Théâtre, Tiens bon Bonkano parle des mécanismes flous de la coopération bilatérale Nord-Sud. La troupe a participé aux Rencontres théâtrales internationales du Cameroun (Retic) en novembre 2005, aux Récréthéâtrales à Ouagadougou (Burkina Faso) en 2003. Elle a travaillé en mars 2005 en coproduction avec le Théâtre Folle Pensée (France).

Un mendiant dans la rue tend la main à un passant. Ce dernier lui répond,  » mais toi, tu ne peux pas aller travailler?  » La scène, visiblement banale, va servir de fil conducteur à Alfred Dogbé pour Tiens bon Bonkano.
Voilà vingt ans déjà que Bonkano le mendiant erre dans les rues de Niamey! Il appelle le bonheur et le salut sur ceux qui ont la générosité de lui donner sa pitance quotidienne. Mais un jour, un passant lui demande son nom. Et là, il réalise qu’il l’a oublié.
Ce sont les mécanismes des revenus dans les pays en voie de développement qui intéressent l’auteur, jusqu’à ceux qui louent leur enfant à ceux qui n’en n’ont pas.. Il s’attarde sur les mouvements du mendiant dans la rue, de la gentille dame qui invite un gueux chez elle pour assouvir ses pulsions sexuelles, du commissaire qui extorque la somme de 800 000 FCFA à un citoyen pour ne pas l’envoyer en taule.
C’est à un seul comédien, Aboubacari Oumar, dit Béto, qu’il appartient de représenter sur scène toutes ces situations. Il interprète remarquablement tous les personnages.. A travers eux, Alfred Dogbé explore la coopération et les mécanismes de l’assistance humanitaire.. Au-delà de la mendicité, ces monologues jettent en effet un regard à la fois amusé et révolté sur les relations de dépendance établies depuis les années 60 entre les Etats du Nord et ceux du Sud.  » Le ministre attend un financement en provenance des institutions de Bretton Woods pour l’exécution du budget de fonctionnement, l’artiste sollicite la subvention pour démarrer son projet, l’homme courtise la femme qu’il désire  » Le comédien ne nous dit-il pas ainsi que  » nous sommes tous des mendiants de quelque chose «  ? Doit-on donner de l’argent à un mendiant? Ceux qui quémandent sont-ils dignes de respect ? Tiens bon Bonkano pose le problème; non pour prétendre donner des leçons mais pour briser l’indifférence.
Le texte est bref, mais dense. Un seul comédien, mendiant n’ayant pour tous biens que son bâton et sa besace. Béto a la morphologie de l’emploi et son énergie donne une extraordinaire vie au spectacle.
Fondée en 2001 à Niamey au Niger par Alfred Dogbé, la Compagnie Arène Théâtre diffuse ses spectacles dans les établissements scolaires.

Distribution : Aboubacari Oumarou dit Béto
Régie lumieres : Cheik Amadou Kotondi
Directeur artistique : Alfred Dogbé///Article N° : 4283

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